La déportation du roi Yuhi Musinga
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Vers la fin du règne de Kigeli IV Rwabugili (1853-1895), Kanjogera était sa femme la plus favorite. Il mourut en 1895. Son successeur, Mibambwe IV Rutalindwa, n’a pas de mère. Kanjogera, sa marâtre, fut désignée comme reine- mère. Celle-ci avait cependant un fils : Musinga. Kanjogera et ses frères que sont Kabare et Ruhinankiko organisèrent un complot connu sous le nom de « Coup d’Etat de Rucunshu » (commune Nyamabuye, préfecture de Gitarama). Rutalindwa fut assassiné et Musinga fut intronisé roi. Encore jeune, son oncle Kabare et sa mère Kanjogera assurèrent la régence. Les missionnaires blancs étaient arrivés à la cour et redirigés à Save. Ils étaient soupçonnés de chercher des enfants à manger. De ce fait on leur envoyait des enfants orphelins ou abandonnés. Konjogera avait ordonné de couper les seins de toutes les femmes hutu qui côtoyaient les missionnaires. Les hommes qui fréquentaient les missions catholiques étaient considérés comme des impurs et de ce fait infréquentables.

Devenu majeur, Musinga prit les rênes du pouvoir. Après la mort de Kabare en 1911, Musinga ne sut pas se défaire de l’emprise de sa mère. Maladroit et mal conseillé, il s’attaqua clairement au clergé. Il considérait que ses sujets ne pouvaient pas obéir à deux rois à la fois : lui et Dieu. Un jour, il s’en prit même à un Père Blanc et tira méchamment sa longue barbe en lui reprochant d’être venus, lui et ses collègues, prêcher l’insoumission parmi ses sujets.

Musinga ne digérait pas en général la présence belge au Rwanda pour une autre raison à savoir que les Blancs  avaient aboli le droit de glaive. Le roi n’avait plus le droit de vie et de mort sur ses sujets. Il ne pouvait plus nommer qui il veut aux hautes fonctions politiques sans l’assentiment du colonisateur. Ses relations avec la Tutelle se détériorèrent. La tradition lui interdisant de traverser les cours d’eau, Musinga ne répondit pas régulièrement aux convocations des Européens qui l’invitaient dans diverses réunions et manifestations à Kigali et à Butare.

Son opposition au christianisme et son manque de collaboration avec les autorités coloniales aboutirent à son éviction par le Gouverneur Voisin sur instigation de Monseigneur Classe. Musinga fut destitué le 12 novembre 1931. Le 16 novembre, Rudahingwa, endoctriné par Mgr Classe, fut nommé Roi.

Musinga fut sans délais déporté à Kamembe à Cyangugu, face à la ville congolaise de Bukavu avec ses 5 femmes et ses 9 enfants.

La destitution de Musinga provoqua une résistance dans une certaine frange de la population, notamment les protecteurs de la tradition, qui continuait à le considérer comme roi et lui apportait des cadeaux à Kamembe, déguisés en commerçants ambulants le jour du marché. En outre, Musinga et ceux qui lui étaient restés fidèles avaient confiance aux Allemands quand éclata la deuxième guerre mondiale. Ils espéraient que ceux-ci remettraient le roi au pouvoir. Il fut d’ailleurs pour cela incarcéré deux fois à Kamembe. Ce mouvement pro-allemand fut tellement pris au sérieux par les Belges que le Gouverneur Général prit une ordonnance le 18 juin 1940 de transférer Musinga au Congo, tout près de Kalemie, dans la contrée de Moba, décision qui fut exécutée trois jours après.

Au Congo, Musinga fut encore une fois incarcéré car la population congolaise le soupçonnait d’avoir l’intention de s’introniser roi dans leurs territoires. Sa mère Kanjogera était déjà morte à Kamembe à Cyangugu le 2 octobre 1933. Quant à Musinga, il mourut à Moba le 25 décembre 1944.

Gaspard Musabyimana, le 25/2/2008

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Un commentaire

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safari ben / 13 septembre 2019 à 14 h 41 min

c’est une bonne histoire

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