Alerte Rwanda
+

Le 16 février 2007, alors qu’il donnait des cours à l’Université laïque adventiste de Kigali (UNILAK), il a été arrêté dans sa classe, poursuivi pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat", "ségrégation" et "sectarisme" . Il a fallu de vigoureuses protestations, dont celles de Reporters Sans Frontières, pour que le professeur Idesbald Byabuze Katabaruka retrouve sa liberté après plus d’un mois d’emprisonnement dans les prisons rwandaises. Il fut expulsé du territoire rwandais puis déclaré "persona non grata".

Les deux autres signataires de l’article sont respectivement une sœur congolaise de l’est de la RDC et sa consœur italienne. 

Le texte est d’actualité. Il a le mérite de résumer presque tous les maux dont souffre la société rwandaise depuis l’accession au pouvoir du Général Paul Kagame et son parti, le Front patriotique rwandais (FPR).

DES RAISONS POUR ALERTER….

Le Rwanda vit une situation de forte oppression. Si elle était consultée par le Gouvernement sur le retour des Hutus dans leur pays, la population de l’est de la RDCongo ne pourrait que souhaiter la chose, vivement et sans délai. Néanmoins, la Communauté internationale doit être consciente que si de fortes pressions ne sont pas exercées sur le Gouvernement rwandais, encourager la rentrée des Hutus signifiera les envoyer au danger et à l’injustice, et dans ce cas, les risques d’embrasement de ce pays et des pays voisins demeurent.

1. LA FUITE DES HUTUS RWANDAIS

Ces derniers mois, depuis le fonctionnement des juridictions gacaca, on assiste à une fuite des Hutus du Rwanda vers les pays voisins à savoir, l’Uganda, la Tanzanie, et surtout le Burundi. Dans ce dernier pays, leur sort a changé tout au long de ces semaines car après les avoir d’abord accueillis et avoir envisagé de les transférer à l’intérieur du pays, les autorités burundaises cédant aux pressions rwandaises, les ont gardés près de la frontière en leur niant le statut de réfugiés[1]. Vers la mi-mai 2005, un grand nombre d’eux a été contraint, contre les principes du droit international, à rentrer au Rwanda, mais ils se sont à nouveau enfuis en retournant au Burundi. Les autorités burundaises ont mis en garde la Croix Rouge et le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), qui avaient dénoncé les intimidations dont ces réfugiés étaient l’objet en les contraignant au retour forcé vers le Rwanda[2]. A présent, au Burundi, les réfugiés Hutus seraient entre 7000 et 10.000[3].

Les autorités rwandaises déclarent qu’il s’agit des personnes voulant échapper au juste jugement des tribunaux gacaca. La télévision burundaise a montré des images de pauvres gens : essentiellement des mamans et des enfants dont il est bien difficile de penser qu’ils soient des « génocidaires ». Même ceux auxquels la conscience ne reproche rien ont peur, ceratains se cachent ou cherchent à quitter le pays. Le gacaca est une rude épreuve, mieux, un cauchemar aussi pour ceux qui doivent y assister. Même de nombreux Tutsis s’enfuient d’un pays où le climat social est de plus en plus insupportable sur fond d’intoxication[4]. Les fuyards ne sont pas que de personnes passibles du gacaca, un fugitif interviewé en Uganda a déclaré fuir les arrestations arbitraires[5].

2. LES GACACA

Par le passé, les mécanismes des gacaca concernaient la propriété des terres et les conflits fonciers, les vieux témoignaient à qui elles appartenaient. Aujourd’hui, avec l’appui financier et moral de la Communauté internationale[6],’ le pouvoir rwandais a déclaré vouloir en faire un instrument de réconciliation après le génocide de 1994, à l’exemple de l’Afrique du Sud, et le meilleur moyen pour désengorger les prisons, mais toute autre est la réalité.

Le gacaca actuel consiste en un meeting qui se tient normalement un jour par semaine, et des jours divers selon les Communes, en présence des autorités. Tous les habitants du lieu sont contraints à y assister sous peine d’être considérés comme des complices des «génocidaires ». Ces gacaca externes (car il y en a aussi dans les prisons) jugent d’abord les personnes qui sont « encore » en liberté.

Lors du gacaca, on donne la parole aux rescapés, c’est-à-dire aux Tutsi ayant survécu au génocide[7]. L’un d’eux peut dire : «Moi, j’ai vu un tel tuer telle ou telle personne ». Même des jeunes qui à l’époque avaient entre 5 et 8 ans peuvent déclarer : «Moi je t’ai vu, tel jour, à telle heure, tu portais tels habits, tu as tué mon père »[8]. Parfois, c’est la jalousie envers quelqu’un qui a réussi à se construire une maison ou à monter un commerce qui pousse à le salir par ces fausses accusations[9].

L’accusé peut alors se défendre ou être soutenu par quelqu’un. On lui demande s’il a des témoins à décharge, mais comment en trouver dans ce climat de peur ?[10][10] Si au terme du débat il n’y a pas de témoignages contre l’accusé, celui-ci est acquitté. S’il était déjà prisonnier, il retourne toutefois en prison tant il y a encore de longues procédures à suivre avant qu’il ne soit libéré. S’il est déclaré coupable, l’accusé est conduit en prison et le procès ordinaire se poursuit.

Les gacaca sont une institution à sens unique : ils ne jugent que les Hutus, le plaignant s’y retrouve juge et partie[11]; la loyauté et la sincérité en sont absentes, car, au lieu de servir à la réconciliation dans la vérité, ils sont des lieux d’intimidation, de terreur et d’injustice[12].

3. LES PRISONNIERS

La Communauté Internationale a cru que les gacaca auraient résolu un problème crucial : le grand nombre de prisonniers entassés dans les prisons rwandaises depuis le génocide de 1994.[13] Au contraire, au lieu de se vider progressivement, les prisons enregistrent sans discontinuer de nouveaux arrivants. Au nom de l’ «idéologie génocidaire», on ramasse des gens qui n’ont même pas vu ce qui s’est passé ou qui étaient à l’étranger. Sont ainsi accusés beaucoup de Hutus qui avaient même accueilli favorablement la victoire du FPR en 1994 ou qui exerçaient tranquillement ces dix dernières années leurs activités au Rwanda ou à l’extérieur. Les autorités estiment que 10% de la population méritent de passer par les gacaca et affirment par ailleurs qu’il faudrait mettre en prison entre 500.000 et 700.000 autres personnes[14].

La prison centrale de Butare, pour ne citer que celle-ci, renferme 13.000 prisonniers dont 1500 non génocidaires.[15]. Ils sont en majorité des Hutus[16] ramassés parmi ceux qui n’avaient pas fui le pays au moment de la prise du pouvoir par le FPR après le génocide de 1994. D’autres ont été tout simplement emprisonnés en 1996 après le rapatriement des Hutus par le HCR[17]. Tous ces Hutus, vrais ou faux génocidaires, sont accusés de génocide et viennent donc de passer plus de huit ou dix ans en prison sans être jugés. Parmi eux, il y a des intellectuels et des analphabètes, des hommes et des femmes dont la plupart sans dossier judiciaire, n’ont aucun espoir de comparaître devant le juge.

4. LES GACACA EN PRISON

L’utilisation du système Gacaca pour les inculpés de génocide a commencé à l’intérieur des prisons. On avait promis aux prisonniers que ceux qui s’accuseraient personnellement de génocide et demanderaient pardon seraient libérés. Déjà un grand nombre de prisonniers a fait cet aveu ; ils n’ont pas été libérés, loin s’en faut, ils ont plutôt été enfermés dans un secteur de la prison appelé « Arusha »[18] où ils jouissent de conditions meilleures que celles des autres prisonniers. Là, ils sont encore interrogés pour qu’ils donnent tous les détails des meurtres qu’ils ont avoués.

On a aussi poussé les prisonniers à dénoncer des personnes en liberté. Il s’agit parfois de quelqu’un qu’on visait. Dans ce cas, on promet aux dénonciateurs une réduction de peine ; il n’est pas rare aussi qu’ils dénoncent parce qu’ils y sont contraints par la torture. Des prisonniers ont alors fait des accusations, aidés en cela par de faux témoins. Le fait que des Hutus accusent d’autres Hutus donne du poids aux raisons du Pouvoir : « Voyez comme ce sont eux-mêmes qui s’accusent, donc c’est vrai ».

Au Rwanda, les prisons doivent non seulement s’autofinancer, mais deviennent aussi une affaire pour l’Etat rwandais. Les Directeurs des prisons négocient des contrats avec des employeurs et envoient les prisonniers travailler dans les constructions, dans des ateliers se trouvant près des prisons, ou dans des champs dont la récolte sera vendue. A la fin de l’année, le Directeur de la prison remet 80% des recettes à l’Etat et 10% à l’ensemble des prisonniers[19]. S’il est vrai que ces sorties des prisons permettent aux prisonniers de humer l’air doux de l’extérieur, il ne reste pas moins vrai que les travaux auxquels ils sont soumis sont des travaux forcés.

En janvier 2003, avant les élections, le Président Kagame décréta la libération de certains prisonniers. Malgré que sa famille politique eût négligé ce décret, 20.000 détenus avaient été libérés provisoirement sous réserve de passer préalablement deux mois dans un camp de formation appelé « ngando ». Cependant, la plupart d’entre eux se retrouvent à nouveau en prison pour les mêmes accusations après que les «rescapés» du génocide aient manifesté contre leur libération, mais aussi à la suite de l’activation des Gacaca.

5. LA VIE EN PRISON

La prison est organisée avec soin et la surveillance est stricte. L’équipe de direction (bunyobozi) a sous son contrôle une équipe de surveillants armés qui veillent à ce que les prisonniers ne s’évadent pas, sinon ils tirent sur eux et c’est là un ordre avec lequel il est prudent de ne pas plaisanter[20].

Dans la prison, il y a aussi un service de renseignement dirigé par un homme du FPR. Parmi les services assurés par le personnel de l’Etat se trouvent les services sociaux externes qui peuvent par exemple accorder une visite extraordinaire. Parallèlement à l’équipe externe, une direction interne des prisonniers (nyobozi) collabore étroitement avec le bunyobozi[21].

Les prisonniers sont logés dans des compartiments de type pigeonnier, superposés et juxtaposés, pour un espace de 200cmx40cmx50cm chacun et par individu.[22] Les toilettes ne sont pas couvertes, elles n’ont pas de portes et les prisonniers font la file pour y avoir accès. La nourriture est fournie surtout par le Comité International de la Croix Rouge (CICR) à raison d’un gobelet de 300 g par jour et par prisonnier : mélange de graines de mais et de petits pois secs assaisonnés d’un peu d’huile et de sel. Quelques fois, on ajoute à la ration un gobelet de bouillie de sorgho sans sucre[23].

Les services religieux de toutes les confessions sont assurés. Pour les Catholiques, il y a même la préparation aux sacrements. Depuis que le CICR fait le recensement des prisonniers, il n’y a plus eu de disparus alors qu’avant, on en conduisait des dizaines à la mort en cachette.

L’état d’esprit des prisonniers est partagé : parfois les plus instruits et d’autres prisonniers honnêtes reconnaissent leurs fautes personnelles ou de groupe et affirment : « Ce que nous avons fait n’est pas bon, mais notre emprisonnement vient de durer longtemps ; nous voudrions sortir et pouvoir participer à la reconstruction du pays ». D’autres cultivent par contre le désir de vengeance. D’autres, plus pessimistes ou défaitistes n’attendent que la mort. D’autres enfin, pour survivre, se consolent en affirmant avoir oublié la vie de l’extérieur : « Nous considérons la prison comme l’unique chez nous ».

Dans la ville de Butare, apparemment tout va bien, mais en regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il y a surtout des femmes et des enfants, les maris sont en prison. Beaucoup d’enfants naissent alors hors du mariage pendant que les prisonniers souffrent doublement de l’abandon et de l’absence de leurs épouses.

6. PAS D’ETHNIE AU RWANDA

On déclare officiellement qu’il n’y a pas d’ethnies au Rwanda, mais les témoignages rapportent plutôt le contraire. Sous l’actuel régime, la question ethnique est machiavéliquement renforcée en faveur de la minorité tutsi au détriment de la majorité hutu et les signes pour le démontrer sont multiples : les actes infractionnels ou supposés tels commis par des Hutus sont punissables alors qu’à quelques exceptions près, tel n’est pas le cas si commis par des Tutsis[24]. Immédiatement après le génocide de 1994, on pleurait le massacre des « Hutus modérés et des Tutsis ». Aujourd’hui, on fait valoir en toutes circonstances de lieu et de temps le seul génocide des Tutsis. C’est ce qui fait dire à ce représentant de la Société civile rwandaise : « La réconciliation n’est qu’un discours pour l’étranger».

L’opinion dominante est que tout Hutu est Interahamwe, ou pire, un « Igiterahamwe », c’est-à-dire, de la saleté. Le schéma « Tutsis victimes, Hutus génocidaires » dirige la vie publique : l’on commémore les victimes tutsis, les monuments ne rappelant que leur massacre. Le « dédommagement des victimes du génocide » ne prévoit qu’une liste de Tutsis[25]. Personne ne peut contester ce dogme sans être accusé de complicité avec les génocidaires. Le droit à la mémoire n’est pas reconnu aux Hutus quand bien même dans les familles hutu, il y a eu de très nombreux tués. Si on le déclare, on devient « négationniste ».

Le manque de deuil public pour les Hutus massacrés au Rwanda avant, pendant le génocide et après la prise du pouvoir par le FPR a causé d’énormes souffrances à ce groupe. Par ailleurs, les meurtres, massacres et diverses violations commis par les Tutsis au Rwanda et en RDCongo sont considérés par eux comme de la « légitime défense ».

En juin et en octobre 2004, l’association des Batwa[26], nommée Carwa (Communauté des Autochtones Rwandais), ayant son siège dans un quartier pauvre de Kigali, a été sommée par le Ministère de la justice et par l’Administration locale à suspendre sans autre forme de procès et délai ses activités.

Selon les autorités, sa dénomination et son statut contiendraient des mots à connotation divisionniste et seraient en cela contraires aux principes de la Constitution rwandaise ![27]

7. ÉLECTIONS ET PARTIS POLITIQUES

Le 25 août 2003, après environ dix ans de « Transition », ont eu lieu les élections présidentielles. Paul Kagame, qui depuis 1990, à la tête de l’Armée Patriotique Rwandaise avait guidé, après le meurtre de Fred Rwigema, l’avancée des réfugiés tutsis de l’Ouganda vers la prise de pouvoir à Kigali, et qui l’avait effectivement pris à la fin du génocide de 1994, a été confirmé Président de la République avec un score trop flatteur de 95,05% des suffrages volontairement et de cœur joie exprimés contre un total de 4,95% des voix pour ses deux adversaires réunis. Malgré les multiples témoignages au sujet des contraintes subies par les électeurs ou dénonçant d’autres irrégularités, la Communauté internationale jugea acceptable l’élection et félicita Paul Kagame.[28]

De même, à la fin de septembre 2003, les Rwandais ont voté pour les Législatives en « élisant » leurs députés au suffrage universel. Le Front Patriotique Rwandais, le parti-armée du Président a gagné avec 73% de voix. Le Parlement issu desdites élections fut salué comme un modèle très avancé de démocratie et d’intégration des femmes dans la gestion de la chose publique: 24 députés sont femmes… Le Président Kagame a entre autres raisons, reçu pour cela le prix de la bonne gouvernance offert aux Présidents de moins de cinquante ans. Cette reconnaissance n’aurait pas été possible sans le soutien diplomatique offert au Président des USA au moment où il en avait besoin autant pour sa gestion du « dossier congolais » que pour aider à l’évolution de la reconciliation au Rwanda…

Des témoignages affirment qu’aucun parti politique ne peut s’installer en dehors de Kigali (sauf le FPR) et qu’à Kigali, les partis doivent impérativement faire partie d’un forum des partis politiques présidé par le FPR. Les responsables des sept partis politiques autres que le FPR dûment autorisés par la loi sur les partis, se sont alignés derrière Paul Kagame et le FPR. Enfin, l’armée rwandaise actuelle comprend 75% de Hutus et 25 % de Tutsis mais le commandement est à ces derniers.

8. UN PAYS LANCE….

Au Rwanda, certaines choses marchent. A titre d’illustration, les salaires sont payés et ne sont pas anormalement misérables comme dans certains Etats voisins. La sécurité des biens et des personnes est formellement garantie à chacun tant qu’on n’est pas encore arrêté. Les militaires et la police sont disciplinés, soumis aux chefs, et ils ne tracassent pas la population. Un certain droit et une bonne organisation existent tout de même.

On a diminué le nombre des fonctionnaires en faisant la chasse aux effectifs fictifs mais aussi en débarrassant la fonction publique d’éléments indésirables. La privatisation concerne tous les secteurs : des investissements remarquables sont réalisés dans le domaine de la communication auquel l’on consacre des dons importants venant de l’extérieur.[29] Le plus important point négatif de la vie au Rwanda concerne l’injustice envers les Hutus et les Batwa, ce qui va normalement de pair avec la logique universelle de la marginalisation des pauvres.

Plus ou moins 900.000 personnes habitant Kigali sont en train d’être chassés d’une manière ou d’une autre de la Ville ; ce sont les pauvres, les petits. Les tentacules du grand marché de la Ville ont été supprimés et les vendeurs sont renvoyés dans les marchés de périphérie. Personne ne peut vendre sur la rue son panier de haricots, de patates ou de riz, tout commerce doit être enregistré et payer des taxes élevées au Ministère du commerce.

Kigali et les autres villes attirent beaucoup de jeunes à la recherche d’un peu d’argent, aussi le nombre de chômeurs grandit-il fiévreusement. Le Gouvernement essaie de freiner ce phénomène en renvoyant les personnes sans des papiers en règle sur les collines et en raflant les enfants de la rue. D’autres citoyens sont priés de quitter leurs lieux d’habitation en recevant en échange une petite somme par laquelle ils pourraient à peine acheter un terrain pour bâtir leur logis[30]. Le fossé entre les riches et les pauvres s’agrandit de plus en plus, et dangereusement !

9. LA LOI FONCIÈRE

Lorsqu’on passe sur les grandes routes du pays ou dans la capitale, on voit que les gens sont en train de construire et cela donne l’impression d’un niveau de vie croissant alors que la réalité est bien différente pour la majorité de la population. Le Rwanda a une population essentiellement agricole. Dans le temps, les gens cultivaient des marais organisés en coopératives. A présent, ces espaces ont été concédés à de riches propriétaires qui les exploitent d’une manière moderne. Les salaires qu’ils paient aux ouvriers ne sont pas suffisants. « Le sol appartient à l’Etat », déclare-t-on, ainsi, on a construit des villages pour les rescapés tutsis sur des terrains appartenant à des particuliers.

La loi foncière rwandaise a obligé tout paysan possesseur d’un lopin de terre à le donner au Gouvernement. Les politiciens en profitent. On construit des fermes modèles où les vaches produisent jusqu’à 40 litres de lait par jour. Face à la qualité et au prix du lait des fermes, les pauvres, en particulier des Hutus réunis dans leurs villages, dépossédés, ne peuvent faire face à la concurrence ni vendre le peu de lait de leurs pauvres vaches. Pourtant, les Tutsis n’avaient jamais eu de terres. La Communauté internationale s’est félicitée de l’existence de ces fermes appréciées comme des signes de développement[31].

10. LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

Dans une lettre du 31 mars 2005, venant de l’intérieur du pays, on pouvait lire : « … Priez beaucoup pour les Rwandais, surtout pour les simples gens qui ont tellement peur à cause de ce qui se passe maintenant dans le pays». Le climat qui règne est celui de la crainte, de la méfiance mutuelle, même entre des personnes de la même ethnie[32].

Lorsque les gens se rassemblent pour un deuil ou pour une fête, ils ne sont pas à l’aise pour parler. Il suffit de peu pour être accusé de « divisionnisme », d’ « idéologie génocidaire ». Dans ce cas, tout moyen de défense devient impossible car l’accusation est abstraite et on ne saurait sur quoi asseoir sa défense. Le résultat est facilement la prison »[33].

Cette méfiance se vit aussi au niveau des écoles. Parfois on juge un élève hutu parce qu’on l’a découvert avec une lame de rasoir ou un couteau de table, quoi de plus normal dans un internat. Très souvent, l’élève est chassé de l’école. Paradoxalement, une pareille accusation ne peut être portée contre un enfant tutsi. Ceci ne peut étonner quiconque se souvient de cette déclaration du Président rwandais voici deux mois, répercutée par les grandes chaînes de radio « comme leurs géniteurs, les enfants des génocidaires sont potentiellement dangereux pour l’avenir de la nation rwandaise ». Les enfants des autres ! La presse est entièrement sous contrôle gouvernemental. En mai 2005 a eu lieu à Nairobi, un important congrès international de la presse. Le fait que le Président Kagame ait été invité à adresser la parole aux journalistes présents avait suscité une vive réaction dans les milieux de la presse. Les journalistes qui ont osé décrier ses pratiques inacceptables avaient été menacés ou emprisonnés. Il suffit de presque rien pour être accusé de diffamation et de divisionnisme. Certains journalistes ont été tués comme Apollos Hakizimana, qui avait osé dénoncer les exactions de l’armée[34].

11. SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

En août 2003, le Rwanda a été élu à la vice-présidence de la Conférence des chefs d’Etats et ensuite à celle de la Commission permanente de l’Union Africaine. Depuis le début de 2004, le Rwanda fait pleinement partie de la COMESA, le Marché Commun des Etats d’Afrique Orientale et Australe. Toutes les taxes à l’entrée sur les marchandises produites dans les pays membres ont été supprimées. Aujourd’hui, un Rwandais est en course pour la présidence de la Banque Africaine de Développement[35]. Le Club de Paris vient de décréter en faveur du Rwanda l’effacement total de sa dette étant entendu que bon élève volant de performances en performances, le pays a rempli les conditions prévues. Une décision analogue avait été prise auparavant par le FMI et la Banque Mondiale.

12. LES PAYS DU NORD

Les Etats Unis ont livré récemment au Gouvernement rwandais[36] un présumé responsable de génocide tout en sachant qu’il y a un Tribunal Pénal pour le Rwanda qui juge ce crime, et qu’au Rwanda, cet homme risque la peine de mort. Pour sa part, le Gouvernement rwandais a récemment donné un espace dans le territoire de Bugesera au Gouvernement des Etats-Unis pour la construction d’un aéroport international. Les travaux auraient dû commencer en février. Le but est de permettre aux USA d’avoir une base pour la surveillance militaire de l’Afrique centrale. Cet aéroport sera destiné aux passagers alors que l’actuel de Kanombe servira de base pour les militaires[37]. Concernant le retour des Hutus rwandais, il semble que les USA soient cette fois-ci décidés de demander à Kagame de l’accepter.

Des responsables belges venus en avril au Rwanda chercher des témoins pour un procès de génocide en cours ainsi que sur le massacre des Belges ont trouvé 80 à 100 rescapés qui pourront témoigner en vidéo-[38]conférence. Mr. Louis Michel, Responsable UE de la coopération, avait reçu à Kigali du Président Kagame, l’assurance que les Hutus innocents pouvaient rentrer au pays et seraient bien accueillis alors que les génocidaires seraient soumis à procès. Il était rentré en Belgique tout content se disant qu’un partage du pouvoir n’était plus impossible tant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), signataires de l’Accord de Rome, lui avaient fait savoir leur détermination à participer à l’espace politique de leur mère patrie[39]. Leurre ou réalité, l’avenir nous le dira !

13. LA RENTRÉE DES HUTU AU RWANDA

Depuis 1994, des centaines de milliers de Hutus rwandais se sont réfugiés et installés en RDCongo. Beaucoup ont été tués dans les camps ( Kashusha, Kibumba, Mugunga….) et sur la route (Tingitingi…) dans leur fuite par l’armée rwandaise qui avançait avec l’AFDL de Laurent Désiré Kabila. Certains survivants s’étaient bien installés au milieu de la population congolaise. En 1998, lorsque l’APR commença la deuxième guerre en RDCongo aux côtés des troupes du Rcd, les Hutus ont encore beaucoup souffert. On demandait à des citoyens congolais de dénoncer la présence des Hutus et on les récompensait avec de l’argent. C’est ainsi que des garçons et des hommes Hutus ont été tués. La Communauté internationale est restée indifférente au sort des Hutus. Certains ont rejoint d’autres pays, d’autres se sont réfugiés dans les forêts de l’est de la RDCongo.

Selon la Monuc[40] les Hutus Rwandais en cette région seraient environ 45.000 dont 30.000 au Nord-Kivu et 15.000 au Sud-Kivu[41]. Selon RFI captée le 30.04.05, depuis le mois de novembre 2004, environ 900 Hutus sont rentrés de la RDCongo vers le Rwanda, dont 149 ces jours-là ; d’autres viendraient du Burundi. Le HCR serait en train de préparer des camps pour accueillir ceux qui arriveront au Rwanda. Il existe aussi la difficulté des Hutus mariés à des femmes congolaises. Ceux qui sèment la terreur dans le Sud-Kivu, sont des hommes de Paul Kagame, envoyés en RDCongo et aidés par des bandits congolais pour servir de prétexte à l’insécurité du Rwanda et pour diaboliser les FDLR.

Par les Accords de Rome du 31 mars 2004, signés avec le Gouvernement congolais, les Hutus du FDLR ont décidé d’abandonner la lutte armée, de rentrer au Rwanda et de devenir un parti politique. Mais beaucoup d’eux ont peur de rentrer. D’ailleurs, dans les conditions actuelles des partis politiques, quel espace pourraient trouver les FDLR ? Ce qui attend ces Hutus, qu’ils soient coupables ou non, ce sont probablement les Gacaca et certainement pour la plupart, la misère[42]. L’Institut de recherche International Crisis Group a appelé le Rwanda à négocier avec les FDLR, mais le Gouvernement rwandais a déclaré qu’il ne négociera jamais avec eux, qu’au contraire, à leur retour, ils devront répondre de leurs actes.

14. LA CLÉ DU CHANGEMENT

Le jour n’est pas lointain où on le reconnaîtra : le régime de Paul Kagame a fait tant de mal à son pays, à ses concitoyens et à la population congolaise, mais ce régime n’en portera pas seul la responsabilité. Un jour, on reconnaîtra aussi avec du retard que la Communauté internationale a commis un grand tort en fermant les yeux sur les méfaits de ce régime, mais plus encore, en fabriquant et en encourageant cet «homme fort ». On l’a considéré comme stabilisateur en fermant les yeux sur une réalité tout à fait contraire et, en tout cas, sur le prix de cette prétendue « stabilité ». « En ces années de tueries mutuelles, on a été tous perdants et ce n’est qu’en le reconnaissant que nous pourrons rebâtir notre pays », a dit une maman rwandaise. Pour la paix en RDCongo, pour que la rentrée au Rwanda des Hutus rwandais ne devienne pas une nouvelle tragédie pour la population congolaise et pour eux-mêmes, il est nécessaire qu’un espace de liberté et de véritable dialogue soit ouvert au Rwanda.

Pour l’obtenir, il n’est pas nécessaire que la Communauté internationale envoie des armées. Il suffirait qu’elle renonce une bonne fois à ses propres intérêts et qu’elle exerce sur ce régime la pression par la suspension de l’aide budgétaire ainsi que la vraie pression diplomatique. Mais les satellites, les diplomates, les voyages des ministres, les rapports de l’ONU, les documents de la Société civile congolaise pas plus que ceux de la rwandaise ne semblent jusqu’ici beaucoup servir : on vient en effet de féliciter la performance du Rwanda en effaçant totalement sa dette extérieure. Et pendant ce temps, dans l’indifférence totale, des Rwandais massacrent sauvagement des populations congolaises à Walungu, à Nindja et d’autres Congolais meurent à ne pas compter en Ituri et ailleurs en RDC. Et pendant ce temps, près de 4.000.000 de morts en RDC par la faute d’un homme et d’un pouvoir assassin sont ignorés.

Pendant ce temps, aucune compassion pour le pauvre peuple congolais dont la dette extérieure ne cesse de s’alourdir. Que dans Sa miséricorde infinie, Dieu daigne sauver le Rwanda, le Burundi, 1’Uganda et la RDCongo pour un avenir radieux entre nos peuples.

par Idesbald BYABUZE Katabaruka, Vicky CIHARUTA et Teresina CAFFI
Bukavu, le 8 juin 2005

———————————————————————

[1]Ce statut a exigé qu’ils soient éloignés à au moins 150 km de la frontière.

[2]Cf. RFI 24.05.05: le Gouvernement burundais déclare ne pas vouloir de situations qui puissent troubler le climat au moment où le pays se prépare pour les élections prévues au mois d’août 2005. Selon RFI du 29.05.05, les Rwandais qui ont fui au Burundi ont été regroupés de force dans l’unique camp de Songore, à 20 km de la frontière rwandaise. Human Rights Watch affirme qu’ils ne doivent pas être contraints à rentrer et que les autorités burundaises doivent s’inquiéter de la peur de ces personnes et en analyser les causes. La Tanzanie pour sa part, les a tous renvoyés au Rwanda (RFI 31.05.05).

[3]Cf. RFI 24.4.05 : Déjà au 26.04. 05, 5000 Hutus rwandais s’étaient enfuis au Burundi et 1.118 en Uganda. Un témoignage recueilli le 28.4.05 affirme que si ceux qui fuient sont rattrapés par la Sécurité rwandaise, ils sont tués sur place; c’est pourquoi ils partent les mains vides en laissant tout chez eux, sauf un peu d’argent.

[4]On nous a rapporté qu’on voulait contraindre une maman tutsi dont un enfant et d’autres membres de la famille avaient été tués lors des événements de 1994, à accuser l’assassin. Elle n’a pas voulu : «Moi, j’ai donné mon pardon ». «C’est parce qu’on t’a donné de l’argent que tu refuses de l’accuser », lui a-t-on dit. « Comment pourrais-je vendre mon pardon ? », a-t-elle répliqué

[5]RFI 27.4.04

[6]Dont l’Union Européenne, cf. RFI 26.04.05.

[7]Aucun Hutu ne peut être considéré comme un «rescapé

[8]Des Hutus se demandent si leurs enfants sont alors des idiots : « Ma fille avait 8 ans lorsque nous avons quitté le Rwanda, dit une maman – . A notre retour au pays après 6 à 8 ans, l’enfant n’a reconnu ni les membres de la famille, ni les voisins. Comment se fait-il alors que le témoignage d’un jeune tutsi qui à l’époque était enfant soit considéré comme authentique ? Et comment se fait-il que des jeunes hutus qui à l’époque avaient entre 9 et 10 ans soient accusés d’avoir fait partie à cette époque-là des Interahamwe ? Et même si un enfant de 10 ans avait commis des méfaits, était-il responsable au point d’être jugé dix ans après? »

[9]Après avoir vécu une telle expérience, un jeune tutsi burundais déclare : « C’est maintenant que je comprends que beaucoup de Hutus qui sont en prison sont innocents ».

[10]Des mamans Hutus ont fait cette réflexion : «Nous voyons qu’aussi longtemps que tous les hommes actifs ne seront pas en prison ou morts, Kagame ne sera jamais content ».

[11]RFI 26.4.05 : Un mot utilisé est « ruharwa »qui signifie : il mérite la mort. Même au Hutu qui n’a pas tué ou collaboré, on demande : « Il faut que vous nous disiez ce que vous avez vu ».

[12]De l’avis général des personnes ressources contredisant la position de la LDGL (Ligue des droits de la personne dans les Grands Lacs) qui tout en soutenant le droit au statut de réfugiés des Hutus partis vers le Burundi, défend néanmoins le système des Gacaca (Doc." Exposé sur la panique et l’exil de certains Rwandais…"), fin avril 2005.

[13]Le chiffre de 130.000 dont on parlait après le génocide n’a probablement pas diminué. Rien que dans la province de Butare, en plus de la prison centrale dont nous parlons plus bas, il y a une autre grande prison à Nyanza et d’autres moins grandes. On peut multiplier celles-ci par la dizaine des provinces du Rwanda.

[14]RFI 26.4.05 et plusieurs témoignages dignes de confiance, entre autres celui d’un homme politique. Amnesty International a dénoncé le fait que tous les Hutus bien placés sont maintenant indexés ou mis en accusation. Le droit à la défense n’est pas respecté, pas plus que le principe universellement admis de la présomption d’innocence (cf. RFI 31.05.05).

[15]Ceux-ci ont plus de chance d’être libérés car leurs fautes sont considérées moins graves par rapport au génocide, (témoignage d’avril 2005).

[16]Dans la prison centrale de Butare, on a remarqué moins d’une dizaine de Tutsis, essentiellement des jeunes emprisonnés parce que fumeurs de chanvre ou parce qu’accusés de viol sur des personnes mineures. Les prisonniers tutsis sont souvent relâchés sans jugement alors que les hutus restent longtemps en prison avant d’être jugés.

[17]On leur promettait la réinsertion pour qu’ils quittent la RDCongo et retournent au Rwanda. Arrivés à l’aéroport de Kanombe (Kigali), ils ont été directement embarqués dans des véhicules et conduits en prison.

[18]Du nom de la ville de Tanzanie où siège le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

[19]Par ex. à Butare : à la fin de l’année passée, on a acheté trois téléviseurs pour les trois secteurs de la prison.

[20]D’après un témoin direct : si un prisonnier s’évade, le gardien qui tire sur lui a droit à une prime et à deux jours de congé cependant qu’en guise de punition collective, tous les prisonniers seront privés de toute nourriture pendant une journée. Voici un cas particulier à la prison centrale d’une ville du pays : les visiteurs rencontrent les prisonniers en plein air à l’extérieur de la prison dans un espace entouré d’une part du mur de la prison et de l’autre, des gardes dont quelques uns ont le fusil pointé sur le détenu pendant qu’il parle avec son visiteur. Or, un samedi, lors de la visite de sa femme, un prisonnier a remis à celle-ci une lettre avec ses dernières pensées et volontés avant de se mettre à courir. Le troisième coup tiré par un gardien l’avait atteint, il est mort une balle clans la tête en fuyant vers la liberté !

[21]Les prisonniers ont la charge de la cuisine et de l’entretien. Les services sociaux internes donnent des conseils aux prisonniers pour qu’ils s’adaptent à la vie en prison. D’autres prisonniers sont chargés des soins en collaboration avec la Croix Rouge ; si un prisonnier est hospitalisé, ils l’assistent et s’il meurt, ils pourvoient à son enterrement. Les prisonniers sont repartis en blocs dirigés chacun par un kapita (chef d’équipe).

[22]Toujours selon un témoin direct qui ajoute : « Des planches y sont jetés en guise de pavement pour supporter les matelas individuels faits de sacs cousus par les prisonniers eux-mêmes ; ils sont bourrés de feuilles mortes de bananiers… Ces logements ne sont pas suffisants de sorte que certains prisonniers dorment dans les couloirs à la belle étoile ou dans les douches ».

[23]Comme cette nourriture ne suffit pas, ceux qui ont un peu d’argent, de la famille ou quelques amis proches, peuvent se procurer de la nourriture venant de l’extérieur. L’insuffisance alimentaire a poussé des jeunes prisonniers sans ressources à se mettre au service, au besoin sexuel, des prisonniers plus âgés et disposant de moyens. Cela ne semble pas inquiéter le Gouvernement, qui, selon une voix de la Société civile, serait plus intéressé que ces personnes meurent en prison. « S’ils sont libérés, c’est à cause de la pression internationale ».

[24]Par ex, on a vu en prison beaucoup de Hutus arrêtés pour avoir dit ou pour avoir été calomniés d’avoir dit : «Ah, vous, vous êtes Tutsis ! », ils ont été directement punis. Or, les Tutsis méprisent et insultent facilement les Hutus sans être punis pour ce qui n’est plus injure mais simple plaisanterie. Le 7 avril 2005, lors de la commémoration annuelle du génocide, le Président rwandais a dit qu’il ne faut pas oublier ce qui s’est passé au Rwanda avec le génocide : « Oublier cela est un péché, on peut peut-être pardonner ».

[25]La commémoration du 10è anniversaire du génocide a démontré cela avec le maximum d’évidence : nos sources dignes de foi nous ont signalé du Rwanda qu’à l’occasion, un peu partout dans le pays, des gens venus de l’étranger ont réalisé des films en reconstituant, grandeur nature, des scènes du génocide, avec des Rwandais recrutés ci et là à travers le pays. On a créé une pièce de théâtre jouée par des Rwandais et dirigée par des Allemands. Des cérémonies de déterrement et de nouvel enterrement des cadavres ont eu lieu, et il ne s’agissait, aux dires des autorités, que des Tutsis, alors que les massacres de dizaine de milliers de Hutus tués par le FPR au Rwanda et dans l’ex-Zaire, dans les camps des réfugiés et dans les forêts, n’ont pas été mentionnés. Selon un témoignage du 04.04.05, jusqu’à présent, seuls des orphelins et des veuves tutsis du génocide sont soutenus économiquement grâce aux aides de l’Union Européenne.

[26]La troisième ethnie du pays, fortement minoritaire et marginalisée: 30.000 personnes sur 8 millions de Rwandais.

[27]Le 08.11.04, le Médiateur rwandais qui intervient dans des cas de conflit avec l’Etat a donné raison au Ministère. Grâce à l’aide internationale, l’association Carwa promeut et soutient financièrement l’insertion scolaire des Batwa, encore faible, ainsi que différents projets de développement. En avril 2005, l’assemblée de Carwa devait se réunir pour considérer l’impasse. Cette prise de position du Gouvernement a produit un gel de l’aide internationale, car, dit un responsable d’une ong irlandaise qui soutenait les Batwa, « nous suivons les instructions du Gouvernement qui nous demande d’appuyer des associations qui sont légales ». L’Observatoire international pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, ne voyant dans Carwa aucune menace pour la société rwandaise, a demandé au Gouvernement rwandais de ne pas arrêter les activités de l’Association. Cf. Syfia/Grands Lacs, « Rwanda : les Batwa revendiquent leur identité pour s’en sortir », avril 2005.

[28]Le 12 septembre 2003 eut lieu sa prestation de serment : des fastes d’un pouvoir absolu ! Neuf chefs d’Etats et de nombreux dignitaires venus d’un peu partout au monde y ont assisté. Face à l’incroyable pourcentage des voix en faveur de Paul Kagame, un haut représentant de la politique française avait
commenté : « Quand même, il a un peu exagéré ! ». Pourtant, depuis la dissolution forcée du parti « Mouvement Démocratique Rwandais » (MDR), l’Union Européenne avait refusé son soutien financier à la Commission électorale rwandaise. Un haut représentant d’un parti rwandais a déclaré : « Dans ce pays on ne dit plus rien, on ne peut critiquer ni le FPR, ni Kagame sans être accusé de divisionnisme ».

[29]Maintenant qu’il est difficile d’exploiter les richesses de la RDCongo comme au beau temps des rébellions imaginées et entretenues par le pouvoir rwandais, des signes de difficultés apparaissent évidemment, ainsi de belles maisons demeurent inachevées, des salaires payés de plus en plus difficilement, des véhicules de luxe de l’Etat vendus…

[30]Même pour construire une maisonnette à la campagne, il faut une autorisation, et il y a une taxe à payer. Même pour couper un arbre dans sa propre parcelle, il faut demander l’autorisation.

[31]Information venue de la Société civile et d’une autorité politique de la Région.

[32]Depuis l’ancien régime, la société rwandaise est fort organisée et contrôlée : la Commune se divise en secteurs et ces derniers en cellules qui éclatent en zones de dix familles surveillées par le «Nyumbakumi » (=dix familles). Avant l’élection du Président de la République, on a élu les chefs de ces structures de base, sauf les Nyumbakumi, qui, d’après nos informations, sont nommés. A travers ces élections, « on s’est arrangé pour que la plupart des ces responsables soient des Tutsis » (un témoignage).

[33]Cette accusation est aussi une arme de vengeance : si une personne a une dent contre une autre, il lui suffit de l’accuser d’ «être en connivence ». Voici un exemple de texte d’accusation : « Etant dans la ville de…, en des moments divers de l’année 2004,…a publiquement manifesté dans ses paroles qu’au Rwanda il y a eu double génocide en minimisant grossièrement le génocide, faits prévus et réprimés par l’art. 4 de la Loi n° 33 bis/2003 du 06/09/2003 réprimant le crime de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre ». L’accusé de cette et de pareilles fautes, n’a été déclaré non coupable qu’après sept mois de prison, et pendant ce temps, il avait perdu son poste de travail.

[34]Témoignage du 25.05.05 à RFI de Mr.Ismael Mbonigaba, ancien directeur du journal rwandais Umuseso, actuellement en exil.

[35]Cf. RFI 23.05.05. Même pour ce qui concerne le sport, un marathon international vient de se tenir dans la capitale rwandaise.

[36]Nouvelle RFI 27.4.05

[37] En substitution de la base de Kamina en RDCongo (Témoignage recueilli le 24.4.05). Il semble que les USA ne soutiennent plus la guerre à outrance de Paul Kagame en RDCongo suite à leur amère expérience en Iraq.

[38]Cf Radio Okapi 1.5.05.2005.

[39]Cf Radio Okapi 1.5.05.2005.

[40]Les Forces de l’ONU en RDCongo.

[41]Selon RFI, les Hutus rwandais à l’est de la RDCongo seraient entre 8.000 et 15.000.

[42]Le Président Paul Kagame a déclaré à RFI le 28.05.05 que le discours des FDLR de déposer les armes et de se transformer en parti politique n’est qu’un jeu et qu’en réalité, ils avaient réalisé qu’ils devaient rentrer. «Nous apprécions leur décision. Nous sommes prêts à les accueillir. Tout ce que nous faisons, c’est de leur ouvrir la porte » a-t-il ajouté. En considérant la situation du pays, il y a moyen de se demander : quelle porte ? Selon certains observateurs, le Président se sent en insécurité si des Rwandais sont à l’étranger, mais une fois qu’ils sont à l’intérieur, il peut les mater. D’autres voient dans l’endurcissement du Gouvernement rwandais envers les Hutus au pays en ces semaines, une stratégie pour décourager les Hutus rwandais présents en RDCongo afin qu’ils ne retournent pas au Rwanda.

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire