Chez la femme, les critères de classification étaient : la distance entre l’orifice vaginal et l’anus, la longueur de l’ouverture vulvaire, la forme du Mont de Vénus, la longueur des petites lèvres vulvaires, la protubérance du clitoris, la couleur et la forme des grandes lèvres vulvaires, la quantité des poils pubiens, etc. Ces critères pouvaient servir à qualifier le sexe de la femme. Pour l’homme, c’était la longueur et la grosseur du pénis.
Plus la distan
ce entre l’orifice vaginal et l’anus était réduite, plus le sexe de la femme était mal coté. Dans la tradition, une vulve trop proche de l’anus, saillant vers le bas, avait différents noms. Elle était qualifiée de intotizuba « qui n’est jamais exposée au soleil » pour dire qu’elle est très cachée, d’umushokannyo « qui descend vers l’anus », d’indasabahanga « seuls les meilleurs tireurs de chasse peuvent essayer, il faut beaucoup d’efforts pour la débusquer », d’urwenderwanyuma « dont on ne peut y accéder que par derrière », d’ubuhezankwano « qui n’incite pas à donner la dot ».
Le sexe de la femme trop tiré vers le bas n’était pas du tout apprécié par le partenaire sexuel. Celui-ci ne pouvait pas néanmoins, par pudeur, exposer la « tare » de son épouse au grand public. La réaction était souvent de se chercher une autre femme dans l’espoir de trouver mieux. La polygamie, au Rwanda ancien, était motivée par des raisons acceptables par la société, mais elle avait également des causes cachées et plus subtiles comme la forme physique de la vulve de la femme. La mère devait donc éviter à sa fille des désagréments dans sa vie familiale en la préparant, très tôt, non seulement moralement, psychologiquement, mais aussi physiquement, surtout pour la bonne forme de ses parties intimes. Sinon, elle risquait d’avoir un igikono « une sale grosse marmite », c’est-à-dire un sexe presque difforme et sans lèvres vulvaires étirées.
Un autre critère de classement dans ce domaine prenait comme élément la longueur de l’ouverture vulvaire. Plus celle-ci était longue et visible en position debout, plus la vulve était appréciée, et les hommes en étaient très friands. Le sexe était alors dit urumina « le majestueux », urukamba « au goût exquis », ingaramizi « qui s’expose fièrement ». Il était réputé être très excitant.
Le sexe de la femme avec une petite ouverture vulvaire était dit umututu et comparé à une « petite incision ». Il rebutait tous les hommes. La coutume considérait que lorsqu’une femme avait « une petite vulve », cela n’était pas à son honneur. Une longueur moyenne de l’ouverture de la vulve était dite « ongle de la gazelle ».
La forme du Mont de Vénus donnait lieu à des appellations diverses de l’organe génital féminin. Un Mont de Vénus très proéminent, avec la forme d’un monticule, présageait un beau sexe : c’était umubundankari « gonflé ou plein de sécrétions vaginales », umugina « termitière avec ses nombreuses galeries » ou igituba cy’amajigo « vulve aux joues joufflues ». Un Mont de Vénus « plus long que large » préfigurait un sexe dit umushubati.
Quand le pubis était petit et d’un aspect fuyant, le sexe était appelé umunoga, urweso « une petite cruche au goulot étroit » ou icwende « petite courge servant à contenir le beurre de toilette » ; à cause de l’étroitesse de son goulot, on y touchait avec un seul doigt.
Selon sa surface, le sexe de la femme était dit intara « van », vulve d’aspect plat avec une grande surface. Son opposé est injuma, « vulve très petite en forme de coup de poing, retranchée entre les cuisses ». Ce sexe, disait-on, ne pouvait pas accrocher un homme.
Un Mont de Vénus saillant était associé à un sexe dit umucuri « qui est renversé ».
Une dernière classification tenait compte de la longueur des nymphes et du temps qu’elles mettaient pour s’exciter. Si elles répondaient vite à la sollicitation de la verge, elles étaient dites kinyaza « dont les sécrétions vaginales coulent d’elles-mêmes » ou imirishwakumwe « qui se mangent facilement, avec une seule main ».
Les lèvres vulvaires trop étirées étaient dites imijabamabyi «
qui pendent dans les excréments », pour dire qu’elles sont tellement longues qu’elles sont salies par les excréments lors de la défécation. Elles sont également nommées ibiziriko « les cordelettes ». Elles n’étaient pas du tout appréciées par les hommes, car souvent leur propreté laissait, à juste titre, à désirer. Egalement, n’étaient pas du tout appréciées les petites lèvres vulvaires trop courtes. Elles étaient dites kababi k’umuyenzi (petite feuille d’euphorbiacée), allusion faite au latex de l’euphorbiacée qui coule par petites gouttes. Même excitées, de telles nymphes ne produisaient que difficilement des écoulements vaginaux, selon la croyance populaire.
Vient alors la femme qui n’avait pas du tout de petites lèvres développées. Elle était traitée de tous les noms : « la vide », « la négligente », « la sotte ». Elle n’avait aucune chance de conserver à elle seule son mari, quand elle n’était pas tout simplement répudiée. Durant l’accouchement, les sages-femmes et la belle-mère devaient procéder à quelques rites devant cette « insuffisante », pour ne pas être touchées par les conséquences fâcheuses de cette situation.
La présentation extérieure du sexe de la femme avait donc une grande importance pour son bonheur conjugal : le sexe qui avait une grande ouverture vulvaire, garnie de petites lèvres suffisamment étirées, était très excitant pour l’homme.
Il faut relever que travailler un muscle passif jusqu’à lui donner la forme voulue est un exercice de longue haleine. D’où le fait que la mère commençait très tôt les massages des parties génitales de sa fille pour qu’ils puissent produire les effets escomptés. Devenue nubile, la fille continuait elle-même ces massages intimes et les couplait avec les exercices d’allongement des petites lèvres vulvaires.
Les petites lèvres débordent les grandes lèvres chez la femme rwandaise traditionnelle. Néanmoins, ces dernières doivent être suffisamment charnues pour soutenir les bords de celles-là.
Quant au clitoris, en tirant sur les petites lèvres pour leur faire atteindre la longueur rituelle, certaines femmes tiraient également sur le clitoris de façon qu’il soit vu si la femme est nue et en position debout. Celui-ci, bien développé, devait surplomber les petites lèvres. Les femmes qui réussissaient à le tirer suffisamment se targuaient d’avoir un pénis. La stimulation clitoridienne étant plus intense que la stimulation vaginale, de telles femmes étaient appréciées car elles allaient vite en érection vu la grande densité des terminaisons nerveuses qui jonchent le clitoris.
###google###
A voir les différents noms dont il est affublé dans la langue rwandaise, il est facile de deviner le rôle du clitoris dans les relations sexuelles à la rwandaise. En effet, des termes comme akatsamuliro « qui allume le feu, qui donne la stimulation », baduname « qui se tient debout », rugongo « qui crie », ruhogo « d’un rouge foncé », ruguga « à la forme d’une montagne, de forme conique », bashyame « le bagarreur », bavukanwa « qu’on naît avec », ruhembe « pointu comme une corne », agatorezo « petite hache », agashyimbo « un petit haricot », rutorishaka « dont l’extrémité peut ramasser les petits grains de mil », rutumvincyuro « qui se passe des circonlocutions ».
Apprécié pour sa couleur rouge foncé, le clitoris, comme les petites lèvres vulvaires étirées, peuvent avoir également une coloration rose vers l’intérieur et brun foncé vers l’extérieur. La taille et l’épaisseur du clitoris sont extériorisées par le prépuce qui couvre celui-ci. Elles varient d’une femme à une autre. Traditionnellement, elles entraient en compte pour déterminer si une femme était sexuellement intéressante. Certaines femmes ont même un clitoris fendu au centre avec deux parties distinctes mais attachées, d’autres ont une petite bosse sur le gland du clitoris (Barbach, 1975, p.65).
Pour conclure, disons que les Rwandais avaient compris que les organes génitaux varient d’une femme à une autre, d’où la multiplicité de leurs noms.
Chez l’homme, deux critères entraient en compte pour la classification des pénis : leur longueur et leur grosseur. Les femmes n’appréciaient pas du tout un pénis minuscule. Elles avaient l’impression qu’il n’était pas à même de leur donner satisfaction, de les faire jouir. Le pénis idéal imberabyombi était donc de taille moyenne, capable d’être en érection plus ou moins longtemps, le temps nécessaire pour que la femme atteigne son orgasme. Cependant les spécialistes sont d’avis que, la partie la plus sensible étant le tiers externe du vagin, n’importe quel pénis peut stimuler cette région, quelle que soit sa taille qui, par ailleurs, varie d’un homme à un autre, de même que certaines femmes préfèrent tantôt un pénis plus grand tantôt moins grand, sans que cette préférence soit basée sur l’anatomie du vagin. Un gros pénis n’est pas forcément synonyme de performance sexuelle (Barbach, 1975, p.67).
Selon leur longueur, les pénis étaient regroupés en trois catégories.
Un pénis court et trapu était dit nyabuninga, « le court pénis qui, néanmoins, provoque l’écoulement des liquides sexuels ». Vu sa petite taille, il n’était pas efficace pour des coups saccadés d’intromission, ni pour des coups secs de pénétration en profondeur.
Une seconde catégorie était constituée de intiritiri ou rubinga. C’était un pénis idéal : pas trop court, pas trop long, juste la moyenne qu’il fallait pour faire de bonnes relations sexuelles, à la grande satisfaction de la femme. Il y avait enfin rugozi « grosse corde », connu aussi sous des noms évocateurs comme imboroza « qui fait crier », umushohera ou umushoha « très long », umuguha « trop grand et trop gros », rwogamabondo « qui pénètre jusque dans
le ventre », inkuramura « un pénis qui pénètre jusque dans l’utérus, de façon qu’il peut même le détacher », imboro y’abarobyi « pénis des pêcheurs », igisongo « en forme de fuseau ». C’était un pénis redouté à cause de ses grandes mensurations. En érection, il faisait peur aux femmes, même les plus coriaces. Sa pénétration profonde dans la femme la faisait crier de douleur, car il dépassait la longueur du vagin, entendait-on dire. Il n’était pas non plus bon pour la provocation des écoulements vaginaux, car il était souvent « en érection par endroit » (gushyukwa amazinga) ; sa prise pour tapoter le clitoris était de ce fait difficile. Le pénis rugozi était à la base de bien des difficultés dans la famille. La femme finissait par craquer et abandonner son mari. Un pénis minuscule et d’aspect courtaud, incapable de la faire jouir, pouvait provoquer une réaction similaire. Les hommes avec un très long pénis ou ceux dont le pénis était quasi minuscule étaient connus de toutes les femmes, de telle manière que ces hommes ne trouvaient pas facilement de partenaires sexuelles.
Selon leur grosseur, les pénis étaient classés en imbundi « pénis trapu », imbumburi « pénis d’une grosseur moyenne », l’inzibabuzutu « qui ferme complètement l’entrée du vagin ». Il s’agit d’un pénis trop gros de telle façon qu’il fallait forcer pour qu’il pénètre dans le vagin. Comme un très long pénis, l’inzibabuzutu faisait lui aussi des malheurs chez les femmes.
D’une façon générale, la taille du pénis varie d’un homme à un autre. Au repos, la longueur du pénis atteint en moyenne 7,5 à 15 cm et mesure 10 à 20 cm en érection, tandis que son diamètre est en moyenne de 3,8 cm. Il est plutôt rare de trouver des pénis de plus de 21 cm. Le poids et la taille de l’homme influencent les mensurations du pénis : les hommes grands et maigres ont généralement un pénis plus long que large, alors que les hommes gros ont un pénis plus épais que long (Rémès, 2004, p.67).
Le pénis dont le gland était à découvert avec un prépuce retroussé naturellement, impare, avait sa spécificité. Il s’observait dès la naissance, au grand dam des parents qui essayaient tant bien que mal d’y remédier. Si l’enfant naissait avec un impare, c’était un signe que la femme avait bravé certains interdits durant sa grossesse. Les hommes avec un impare étaient connus de tout le village, d’autant mieux que l’enfant ne portait un cache-sexe que vers sa maturité. On ne pouvait pas leur parler avant de prendre son petit déjeuner, car ils étaient « jeteurs de guigne ». Les femmes avaient, elles aussi, l’impare en horreur. Elles lui prêtaient la caractéristique de mettre un temps trop long avant d’éjaculer.
Dans leurs barques de fortune, les pêcheurs étaient assis de telle façon que, parfois, leur pénis se balançait dans l’eau à longueur de journée. A cause de ces « exercices » quotidiens, le pénis des pêcheurs avait la réputation d’être long et gros.
(Texte tiré de : Gaspard MUSABYIMANA, Pratiques et Rites sexuels au Rwanda, Paris, Editions L’Harmattan, 2006).

