Rwanda : Le FPR serait-il en train d’appliquer un plan génocidaire ?
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Un rapport parlementaire a été produit en décembre 2007. D’après ce rapport, sur 32 écoles secondaires visitées par la Commission parlementaire, 26 écoles sont minées par l’idéologie du génocide. Le journal gouvernemental « Imvaho nshya » n° 1744  du 13-16 décembre 2007 a publié une liste de 11 écoles dans lesquelles l’idéologie génocidaire serait la plus élevée. Le nombre d’élèves avec cette idéologie varierait entre 80 et 97 %.

Ce rapport, comme à l’accoutumée, a servi de base pour justifier une suspension d’une cinquantaine de directeurs d’école, d’enseignants, d’encadreurs pédagogiques et d’élèves comme le rapporte l’agence AngolaPress du 07/01/2008.

Selon des observateurs avertis, un plan bien conçu est en train d’être mis en application depuis la prise du pouvoir au Rwanda en juillet 1994 par le Front Patriotique Rwandais (FPR). La méthode est simple mais d’une efficacité redoutable : régulièrement, le FPR cherche des prétextes pour « régler ses comptes aux Bahutu »[1].

Les antécedents

En mars 2003, une Commission parlementaire sur « les problèmes du MDR » (Mouvement Démocratique Républicain présidée par l’Honorable MUKAMA Abbas, avait été à la base de la dissolution du MDR pour cause de divisionnisme et d’idéologie génocidaire. Le FPR se débarrassait ainsi d’un opposant de taille. Certains des députés de ce parti furent renvoyés.

En juin 2004, une Commission parlementaire spéciale avait déposé un rapport sur l’idéologie génocidaire. Il accusait certaines organisations locales et internationales ainsi que des écoles secondaires de prêcher l’idéologie du génocide. Certaines associations humanitaires furent chassées du pays. Des directeurs des écoles secondaires, des professeurs et des élèves, arrêtés en masse et jetés en prison. La nouvelle fut révélée par la Radio « Voice of America » le 11 octobre 2004.

Le rapport fut dénoncé par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme dont le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) dans son Communiqué du 12 Octobre 2004, par d’Amnesty International qui, dans sa déclaration publique du 6 juillet 2004 stipule : « L’assemblée nationale rwandaise se sert de façon inconsidérée du concept de génocide pour contraindre au silence non seulement les organisations et personnes qui affichent leur désaccord avec le gouvernement, mais aussi des associations qui entretiennent des liens profonds avec le peuple rwandais et dont la loyauté est mise en doute par le gouvernement ». Quant à l’Union Européenne, dans son Communiqué du 8 octobre 2004 relayé par l’Agence Hirondelle, on y lit : «  L’Union européenne a condamné jeudi (7octobre 2004) la réponse du gouvernement rwandais à un rapport parlementaire controversé, demandant l’interdiction de certaines organisations de la société civile et réclamant des poursuites à l’égard de plusieurs personnes sous prétexte qu’elles entretiennent et répandent ‘‘l’idéologie génocidaire’’. L’Union européenne regrette que le gouvernement rwandais n’ait pas affirmé sans équivoque que ceux qui sont mentionnés dans le rapport parlementaire sont présumés innocents jusqu’à la preuve du contraire. Des individus ont été publiquement accusés sur la base d’information insuffisamment étayées ».

Se fondant sur ce rapport, le Ministère de l’Education Nationale d’alors, Romain MURENZI, publia, début octobre 2004, une liste de directeurs d’écoles, de professeurs et d’élèves accusés de nourrir l’idéologie génocidaire dans les écoles secondaires du pays. Cette liste fut radiodiffusée sur les antennes de la Radio nationale et  publiée dans les journaux de l’Etat. Le Ministre de l’Education nationale justifia la publication de cette liste par le fait qu’il s’agissait d’un problème tellement grave qu’on ne devait pas le taire. En jetant les noms de ces personnes en pâture, celles-ci étaient non seulement condamnées avant jugement mais également elles étaient exposée aux lynchages sur base de fausses accusations.

Une politique criminelle institutionnalisée

Dans une interview accordée au journal « Jeune Afrique » (n° 2302 du 20 au 26 février) en 2005, le Président Paul Kagame avait donné le ton de cette politique criminelle en déclarant que les enfants hutus naissaient avec une idéologie génocidaire. Avant lui, en 1995, Yolande Mukagasana, une propagandiste du FPR en Europe, avait déclaré la même chose dans « Le journal du Mardi ». Un témoignage recueilli auprès d’une députée du FPR inclut également la députée Rose Mukankomeje, qui dans ses différentes interventions publiques dans des commissions parlementaires, n’a cessé de répéter que les enfants hutu acquièrent l’idéologie génocidaire sur le sein de leurs mères.

Ces rapports parlementaires réguliers, dans une action coordonnée, emboîtent le pas aux Tribunaux Gacaca. Ces Tribunaux ont été mis à contribution pour un nettoyage progressif des intellectuels hutu. En novembre 2007, les Gacaca de Butare ont condamné plus d’une trentaine de médecins et de professionnels de santé à des peines lourdes allant jusqu’à 30 ans de prisons sur base des faux témoignages. Les plus visés étaient des spécialistes (cardiologues, chirurgiens, ophtalmologues, …) de l’Hôpital Universitaire de Butare. Dans l’Hôpital de Ruhengeri au Nord du pays, ce fut la même chose : des médecins, des infirmiers et infirmières furent condamnés globalement à des peines entre 15 et 30 ans. Cette épuration du système de santé suit celle de la Magistrature[2] et maintenant c’est le tour de l’Enseignement : barrer la route aux jeunes hutu pour les empêcher de poursuivre leurs études. Delà à parler d’un génocide intellectuel, il n’y a qu’un pas.

Avec ce qui précède, il est facile de voir quel côté se trouve l’idéologie génocidaire. Elle transparaît dans des attitudes et des déclarations des hauts responsables du pays et des propagandistes du FPR. En 2001, une loi sur le divisionnisme a été votée. C’est une loi fourre-tout, inique et raciste, comme celle qui est en passe d’être votée, sur l’idéologie génocidaire.

Au sein du FPR donc, c’est une constante. Après avoir fait le vide chez les adultes, les leaders d’opinion, les hommes valides notamment par des prisons mouroirs et les Gacaca, il fallait s’attaquer à la jeunesse. Celle-ci est visée par le truchement de ces commissions à répétition, le but étant l’anéantissement, par des moyens ‘‘légaux’’, d’une partie du peuple rwandais. Le FPR en a fait sa « priorité numéro un ». Pour ce faire, il emploie tous les moyens. Il va même jusqu’à recourir à « l’usage de la faim comme arme de destruction de masse » ; il mène une politique visant à contraindre la population à choisir entre « capituler ou mourir de faim »[3].

La bible des parlementaires

En 2006, le Parlement rwandais a édité un livre au titre bien évocateur : « Idéologie du génocide et stratégies de son éradication ». Ce livre trace la voie à suivre pour identifier les tenants de l’idéologie génocidaire. Il reproduit à divers endroits, les résultats de l’Enquête du Sénat sur le sujet et effectuée entre le 16 et le 28 mars 2005. On y li entre autres que sur 1601 personnes interrogées, 80, 8 % sont d’avis qu’il y a un lien entre ce qui a été enseigné à propos des origines des Rwandais et le génocide[4]. Quant au rôle des partis politiques entre 1990 et 1994 dans la diffusion de l’idéologie génocidaire, la CDR vient en première position avec 83%, le MDR avec 68%, le MRND avec  49%,  etc.[5]  L’enquête révèle que sur 1636 personnes interrogées, 80,4 sont d’avis que les étrangers ont joué un grand rôle dans la diffusion de l’idéologie génocidaire avant, et pendant le génocide. La lettre de la Nonciature Apostolique de Kigali du 9/1/1995 qui fustigeait les mauvais traitements infligés aux réfugiés rapatriés des camps de l’ex-Zaïre ; le rapport Voyame de la Coopération suisse au développement de 1996, qui souligne que « le pouvoir est dominée par une minorité des tutsi issue de la diaspora, (…) », que le « gouvernement minoritaire de Kigali n’a pas de base sur laquelle s’appuyer » ; les déclarations du Professeur Filip Reyntjens qui a estimé , devant le TPIR que le FPR « était politiquement coresponsable du génocide des Tutsi. [Que] S’il n’y avait pas eu la guerre, il n’y aurait pas eu  de génocide »[6], etc. ; tous ces écrits et bien d’autres recensés dans le livre, sont considérés comme véhiculant l’idéologie génocidaire. Bref, a une idéologie génocidaire quiconque ose dire que les Hutu sont mis en prison sur simple accusation, qu’il y a persécution de l’église, qu’il y a nécessité de dialogue avec les réfugiés ; que le Rwanda a attaqué la RDC[7] ; etc.

Des subterfuges imparables

Le FPR avait déjà expérimenté sa politique criminelle avec succès. Dans le but de casser le pouvoir d’achat des Hutu, il a inventé des histoires d’empoisonnements dans des restaurants. Les petits restaurants des Hutu, surtout ceux se trouvant dans de grands centres commerciaux du pays (et donc les plus achalandés), dont Kigali, furent fermés. « Pour avoir des effets escomptés, la rumeur fut largement médiatisée par la presse gouvernementale (Radio Rwanda du 6 juin 1996, Imvaho Nshya n° 1138 du 15-21/7/1996) et le journal pro-FPR « Le Tribun du Peuple » n°74 de juillet 1996. Même certaines agences de presse internationales dont Reuter (6 juin 1996) reprirent cette rumeur (…) Des jeunes hutu furent ainsi ramassés dans divers coins du pays comme étant des empoisonneurs. Dans cette campagne de propagande taxant les Hutu de tous les maux, le journal catholique Kinyamateka n°1448 de juillet 1996 eut une voix discordante et montra que cette rumeur était sans fondement après enquête sur le terrain, notamment à Rwamagana où le journaliste de Radio Rwanda avait affirmé qu’une dizaine d’élèves de l’Ecole de commerce de cette ville avaient été conduits à l’hôpital suite à leur empoisonnement par des maïs achetés sur la route. Les médecins étaient formels et ont parlé d’une hystérie collective ou de la psychose, due sans doute à cette médiatisation à outrance »[8].

Actuellement, dans le même registre, le FPR a instauré des entraves à la libre circulation des biens. Des commerçants et des associations proches du FPR ont été désignés pour acheter, à vil prix, la production vivrière de la population. Un paysan du Nord du pays qui produit des pommes de terre ne peut pas les vendre à son voisin. Il doit passer par ces intermédiaires.

La conséquence est que l’économie rurale n’est plus monétisée : il est clair qu’on toute la peine du monde à trouver l’argent pour payer la mutuelle en vue de se faire soigner pour payer une multitude de cotisations obligatoires dont celle du Fonds des Rescapés du génocide ou du parti FPR. Sans argent le paysan meurt chez lui faute de soins. Ajouter à cela les mauvaises conditions de vie provoquées par une politique criminelle que l’on essaie de faire passer notamment pour la protection de l’environnement : le paysan ne peut pas aller couper du bois de chauffage dans sa propriété ; la population qui habite dans les abords des lacs a été chassée ; au Mutara et ailleurs, les paysans ont été spoliés de leurs terres.

Qui a un jour parlé d’un « génocide rampant » au Rwanda ? Les faits lui donnent raison.

Gaspard Musabyimana
Le 8/01/2008

[1] .F. Rudakemwa, Priorité N° 1 : Régler leurs comptes aux Bahutu ? publié sur www.musabyimana.be<//a> le 9/12/2007.

[2] Lire à ce sujet l’excellent dossier du Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR),  « L’épuration ethnique de la magistrature rwandaise, Bruxeles, avril 1997 ».

[3] Rudakemwa, op. cit.

[4] République Rwandaise, Parlement, Sénat, Rwanda : Idéologie du génocide et stratégies de son éradication, Kigali, Sénat 2006, p.27.

[5] idem, p.64.

[6]ibidem, pp.96-99.

[7] Ibidem, p.17.

[8] Gaspard Musabyimana, La vraie nature du FPR/APR. D’Ouganda en Rwanda, Editions L’Harmattan 2003, pp. 157-158.

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