Le Général Emmanuel Karenzi-Karake est actuellement commandant en second de la Force hybride des Nations-Unies et de l’Union africaine (UNAMID) déployée dans la région du Darfour au Soudan.
Avant d’atteindre ces sommets, cet officier rwandais a fait un long parcours qui l’a amené de son Ouganda natal au Rwanda de ses ancêtres. Il fut incorporé dans la rébellion de Yoweri Museveni, l’actuel Président ougandais, au début des années 80.
Après la prise du pouvoir en Ouganda en janvier 1986, Karenzi-Karake servit dans la nouvelle armée (National Resistance Army : NRA) comme un des proches subordonnés d’un certain… Paul Kagame, alors redoutable chef des renseignements militaires en Ouganda. Lorsqu’une partie de l’armée ougandaise envahit le Rwanda le 1 octobre 1990, Karenzi-Karake, comme Lieutenant, était du nombre.
Un peu plus tard quand Paul Kagame reprendra le commandement des troupes d’invasion baptisées pour la circonstance « Rwanda Patriotic Army : RPA/APR » et que les premières négociations avec le gouvernement rwandais aboutiront à l’installation d’un groupe d’observateurs militaires pour superviser le cessez-le- feu, Karenzi-Karake sera nommé pour conduire le groupe désigné par Paul Kagame et envoyé au Rwanda pour représenter l’APR. C’était en 1991.
Depuis lors, il ne quittera plus le pays. Au contraire, il y tissera des liens complexes et multiformes jusqu’à devenir un acteur majeur sur l’échiquier politique où s’affrontaient les politiciens rwandais dans le cadre d’un multipartisme mal compris. Un des artisans de la victoire totale (militaire et politique) des anciens soldats de Yoweri Museveni qui avaient pris le pari de conquérir le Rwanda, c’est tout naturellement qu’il se retrouva chef des renseignements militaires dans la nouvelle armée dirigée par son mentor Paul Kagame. Il a gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire et a occupé des postes importants de commandement ou d’Etat-major que ce soit au Rwanda même ou dans des pays voisins, notamment en République Démocratique du Congo dans les la cadre des expéditions de ces « Soldats Sans Frontières » made in Uganda. En 2008, soit exactement 18 ans après son aventure rwandaise, l’histoire le rattrape et le Général Emmanuel Karenzi-Karake est inculpé par un juge espagnol pour « crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide, … ».
D’après l’ordonnance du Juge Fernando Andreu Merelles, Karenzi-Karake aurait fait assassiner des personnalités politiques au Rwanda entre 1992 et 1994, aurait fait exécuter des témoins gênants, surtout des ressortissants étrangers lors de la compagne lancée par les conquérants après 1994. Il aurait supervisé le génocide perpétré contre les réfugiés hutu en RDC et contre des citoyens congolais assimilés aux Hutu entre 1996 et 2002, quand il était chef des opérations du corps expéditionnaire envoyé dans l’ex-Zaïre dès 1996.
Peu après son inculpation, le Général Karenzi-Karake fut quand même proposé pour un poste de commandant en second de la Force de maintien de la paix au Darfour. Le Secrétaire général de l’ONU de l’ONU approuva cette proposition et nomma à ce poste un criminel de guerre présumé, ce qui est quand même un comble d’ironie pour une organisation censée promouvoir la paix entre les nations.
La logique de l’ONU venait encore une fois suivre la ligne de conduite tracée par la seule puissance dominante du moment qui se trouve être le soutien aveugle et inconditionnel du régime totalitaire installé au Rwanda.
Les quelques indignations exprimées par des observateurs neutres et avisés n’ont pas retenus l’attention des décideurs de New-York face au diktat des Etats-Unis d’Amérique. C’est donc ainsi qu’un criminel de guerre présumé Karenzi-Karake s’est retrouvé responsable de la paix dans une région en guerre !
Malgré ce coup de force des milieux pro-FPR ayant conduit l’ONU à renier ses idéaux jusqu’à intégrer un criminel présumé dans les rangs de ses fonctionnaires, le malaise est resté perceptible dans les couloirs du Palais de verre de New-York. C’est ainsi que l’affaire Karenzi-Karake vient de rebondir à l’occasion du renouvellement de son mandat. Cette fois-ci, tous les diplomates de bonne foi estiment que l’ONU ne devrait pas continuer à employer un criminel de guerre présumé et cela en contradiction avec la Charte des Nations-Unies. C’est alors que Paul Kagame brandit son arme « secrète » et préférée et qui s’est toujours révélée efficace : le chantage.
En effet pour défendre son homme de main du temps où il était le chef des renseignements militaires en Ouganda, Paul Kagame se devait d’y mettre tout son poids. On se rappellera que le service qu’il dirigeait en Ouganda et qui lui a valu le surnom de « Pilato » (Ponce Pilate), fut chargé de réduire en silence par tous les moyens, les Ougandais qui ne se soumettaient pas au nouveau régime de Museveni et à son armée commandée par des ressortissants rwandais.
Soutenu en cela par son parrain US, Paul Kagame menace de retirer son contingent du Darfour si le mandat de Karenzi-Karake n’est pas renouvelé.
Nous osons affirmer que malgré son arrogance et un semblant d’assurance dans la gestion de ce dossier, que Paul Kagame est placé devant un dilemme : d’une part si le contrat de Karenzi-Karake n’est pas renouvelé et s’il retire comme il menace tout le contingent du Darfour, il court les risque de provoquer un mécontentement généralisée au sein de son armée qui pourrait aller jusqu’aux mutineries dans certaines unités. D’autre part, s’il maintient le contingent rwandais au Darfour malgré le départ de Karenzi-Karake, il aura perdu la face aux yeux de la Communauté internationale, ce qui donnerait des idées à certains de ses partenaires dans la région des Grands lacs qui n’osaient pas lever le petit doigt à chacune de ses caprices de peur de s’attirer les foudres de Washington et de la même ONU.
Si le Secrétaire général de l’ONU osait résister aux pressions américaines et avait le courage de privilégier les idéaux de l’organisation dont il a la charge, il résilierait le contrat du criminel de guerre présumé Karenzi-Karenzi et les menaces du dictateur de Kigali n’auraient aucun impact sur le déroulement des missions de maintien de la paix au Darfour ou ailleurs. En effet, Paul Kagame a trouvé dans les missions de maintien de la paix l’occasion d’occuper son armée hypertrophiée et en même temps offrir aux favoris de son armée des vacances hautement rémunérées par l’ONU. Du coup tous les acteurs y ont pris goût et ne peuvent plus lâcher prise. C’est ainsi que Paul Kagame n’hésite pas à envoyer au Darfour des officiers mis depuis des années en retraite mais qui ont besoin e se refaire une santé financière. De plus, chaque soldat de l’armée de Kagame, pour autant qu’il soit classé du ‘‘bon’’ côté, ne rêve que d’être envoyé au Darfour d’où il reviendrait six mois plus tard avec une pécule largement supérieure à sa solde cumulée de toute sa carrière.
En retirant son contingent pour soutenir le seul officier Karenzi-Karake inculpé pour crimes de guerre, Paul Kagame risque de mécontenter une partie de son armée surtout ceux qui attendaient leur tour pour aller ramasser eux aussi la manne au Darfour.
Dans ces conditions, on voit mal de quelle marge de manœuvre dispose le dictateur de Kigali pour mettre sa menace à exécution. N’eût été le soutien aveugle des Etats-Unis à Kagame, le Secrétaire général de l’ONU serait bien inspiré et prendrait une décision allant dans le sens qui rencontre les idéaux de l’ONU et résilierait le contra du criminel de guerre présumé Emmanuel Karenzi-Karake.
Emmanuel Neretse
Le 31/07/2008

