Paul Kagame : moi ou le chaos.
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Manœuvres de diversion, manipulations ou stratégie de la tension qui rappellent les temps révolus de la guerre froide? Le président  Paul Kagame, maître incontesté dans l’art de diviser pour régner, persiste et signe sa propre vérité. En effet, ce n’ est pas par hasard que “le Rapport Mucyo” très biaisé, sur le rôle d’une certaine “France médiatrice” dans le conflit armé qui saigna le Rwanda et qui, en définitive, conduisit au génocide, tombe après des mois de tergiversations, comme un couperet au moment où la France préside aux destinées de l’Union Européenne. La France entière doit être outrée. Elle se réveille ainsi coupable d’avoir péché, on ne sait pas bien de quoi.

Il est normal pour un dictateur de prendre le pas sur les autres, chaque fois que des élections se profilent à l’horizon. Car chacune de ses décisions ou de ses déclarations a des arrière-pensées. En réalité, le président Kagame est un vrai criminel de guerre. Il sait créer cyniquement de nouvelles  situations difficiles, non pas pour affronter les défis dans la peau d’un pays frappé de plein fouet par la misère sociale, mais pour faire diversion et masquer ses crises politique, sociale, diplomatique, judiciaire et économique. Pourra-t-il réellement dissiper l’odeur nauséabonde de criminalité qui entoure le pouvoir qu’il contrôle ?

Les opinions publiques ne devraient pas se tromper. Les Rwandais en âge de voter retournent aux urnes en septembre prochain. Ils vont élire les nouveaux députés à l’Assemblée Nationale. Les observateurs internationaux y sont invités pour porter un jugement sur le déroulement des élections législatives prévues du 15 au 16 septembre 2008. Déjà, les observateurs de l’Union Européenne sont déployés dans les quatre provinces du Rwanda et dans la Capitale Kigali.

La question est de savoir ce que ces envoyés des vieilles démocraties européennes vont observer dans un scrutin dont ils ne maîtrisent pas les enjeux. Analystes objectifs et certains électeurs rwandais doutent déjà que le président Paul Kagame, cramponné à son pouvoir qui le protège des poursuites judiciaires pour crimes contre l’humanité, laisse se dérouler librement ces élections législatives. En effet, le prochain parlement aura pour mission de faire élire, en 2010, le dictateur à sa propre succession. Ce dernier a déjà annoncé à son public ses intentions de briguer un second septennat.

Aussi le dictateur n’a, ni à promettre, ni à s’engager à ce que les élections législatives soient libres et justes. Il sait que ses promesses et ses engagements  seraient accueillis partout avec scepticisme. Car tout le monde sait que les élections sont organisées par le parti dont il est président et contrôle toutes les entités administratives. Ces élections seront entachées d’irrégularités et de fraude.

Et pour preuve. Il y a cinq ans (en 2003), de nombreux anciens dévots, suppôts et autres grognards du tyran, devenus des dissidents ou des opposants avaient osé se positionner en adversaires peu redoutables des candidats du Front Patriotique Rwandais (FPR) et des partis politiques soumis á la triste condition de satellites et en challengers insignifiants du dictateur candidat Paul Kagame à la présidence de la République. Cette fois-ci, ils ont, peut-être, perdu toute illusion. Car tous ont encore en mémoire les humiliations, les disparitions, la prison et l’exil en guise de contrepartie d’une légitimation d’un pouvoir issu de la violence  et qui ne demandait qu’à être purifié dans des urnes qu’au prix de bricolage constitutionnel, de violence et d’achat de conscience. Aussi opposants et dissidents n’hésitent-ils plus à prédire une farce électorale. Les opposants, du moins les plus lucides et les plus pragmatiques, savent que ce sont les juges aux ordres de Paul Kagame, qui auront la tâche de valider les résultats de la consultation. Quant aux observateurs internationaux qui font souvent plus figure de spectateurs que de démocrates, ils bénéficieront d’un encadrement digne d’une dictature. Ils confirmeront les décisions des juges de la Commission électorale nationale.

Convaincu d’être le seul rempart contre les menaces de “déstabilisation politique, diplomatique et judiciaire”, le Président Paul Kagame est plus que déterminé à rester longtemps au perchoir du pouvoir. Sa stratégie de la tension est bien rôdée et n’a qu’un but ultime. Dans la tête de Paul Kagame, véritable tyran, tout est désormais subordonné á un but : faire gagner les siens afin de pouvoir gagner l’élection de 2010. Au vrai, le criminel de guerre ne veut en aucun cas d’une opposition parlementaire susceptible de contester sa légitimité de chef d’Etat. Un scrutin transparent lui serait fatal. Il consacrerait son impopularité qui, paradoxalement, ne nourrit pas assez la popularité de son opposition politique et de son opposition armée.  

Mais après plus de quatorze ans de pouvoir violent et sans partage, l’ancien guérillero est rejeté à la fois par ses anciens affidés qui lui reprochent d’ avoir éliminé ou exilé nombreux parmi eux, par les intellectuels qui croient que le Rwanda est dirigé par des voyous, des mafieux ou des prédateurs et qui ne veulent que restaurer la démocratie sur la ploutocratie, et enfin par les nostalgiques de la monarchie qui lui reprochent d’éterniser la maltraitance du sénile ex-roi Kigeli V Ndahindurwa, exilé aux Etats Unis d’Amérique. 

Le seul atout du président Kagame demeure le soutien de l’armée tutsi, rempart d’un pouvoir sectaire, paranoïaque et schizophrène. Et tant que Paul Kagame en conservera le contrôle absolu, il pourra toujours faire valoir à tous ses alliés occidentaux qu’il tient en mains la seule institution capable d’empêcher le pays de sombrer dans le chaos et susceptible d’intervenir sur d’autres terrains de conflits où se jouent le respect des droits de l’homme et les intérêts de la puissance occidentale. Les militaires, eux, continueront sans doute à le soutenir tant qu’ils sont convaincus que c’est ce que souhaitent certains partenaires occidentaux et que le dictateur, fiché comme eux par Interpol, restera aussi leur seul bouclier.

Reste à savoir quel peut être le choix de certaines administrations occidentales dont notamment américaine, britannique et belge qui sont encore épargnées par les tribunaux d’inquisition du pouvoir de Kigali. Paul Kagame leur est-il encore plus utile que néfaste? Sans doute, à Washington, à Bruxelles comme à Londres, le débat sera un jour ouvert, – s’il ne l’est déjà – sur les ex-guérilleros qui règnent en maîtres absolus sur le Rwanda qui, lentement mais sûrement, s’ostracise. Comme à Paris, on penserait qu’il serait peut-être temps de lâcher un dictateur qui, ayant du sang dans ses mains, est de plus en plus en encombrant et surtout incapable de se transformer en démocrate.

Alphonse Bazigira

Journaliste politique

Le 08/08/2008

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