Rwanda : des élections législatives sans enjeux
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Le Rwanda se prépare aux nouvelles élections législatives qui auront lieu le 15 septembre 2008. Mais ces élections, comme les précédentes qui ont eu lieu les 29 et 30 septembre, et le 2 octobre 2003, sont sans enjeux. Dans son rapport final, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne soulignait au sujet de ces élections de 2003, que « la compétition a été inégale et sans véritable opposition », que la campagne électorale a été dominée par le FPR et été marquée «  par un climat d’intimidation, des interpellations et des arrestations. Lors des journées électorales, de nombreuses irrégularités et fraudes ont eu lieu et le manque de transparence du processus de consolidation des résultats a été manifeste ». La Commission de l’Union européenne doutait également de l’indépendance, de l’impartialité et de la transparence des activités de la Commission Electorale Nationale (CEN).

Depuis ce constat, les choses se sont empirées. Des députés qui ont manifesté une voix discordante ont été remerciés et l’un des candidats en lice contre le Président Paul Kagame, le Dr Niyitegeka, a été, pour ce fait, malicieusement inculpé via les fameux tribunaux populaires « Gacaca ». Le FPR a en outre initié des actions de grande envergure pour faire entrer tous les rwandais dans son parti. Dans les campagnes, dans les villages, celui qui n’a pas adhéré au FPR est pointé du doigt par les membres des redoutables milices de défense locale, avec le risque d’être présenté aux Tribunaux Gacaca et accusé d’idéologie génocidaire.

Dans ces conditions, le résultat de ces élections est connu d’office et le Forum des partis politiques est plus que jamais inféodé au parti dominant, le FPR. La déclaration de soutien au candidat du FPR aux élections présidentielles passées par l’un des supposés partis d’opposition, le PSD, en dit long sur cette inféodation.

Des élections, pour qui, pour quoi faire ?

Dans des pays démocratiques, les parlementaires élus doivent veiller aux intérêts de leurs électeurs, en interpellant notamment le gouvernement pour telle ou telle mesure jugée non conforme aux intérêts de la population. Qu’en est-il des parlementaires rwandais qui terminent leurs mandats ? Ils ont brillé par leur absence au moment où la population avait besoin de leur intervention. Pouvait-on en être autrement quand on sait qu’ils sont allés jusqu’à voter des lois contre une partie de cette population. Il suffit de penser par exemple à la loi sur le divisionnisme ou sur le régime foncier. Pour un oui ou pour un non, le régime du FPR peut vous envoyer aux Gacaca qu’il contrôle. Ces tribunaux ont reçu la compétence de prononcer les peines jusqu’à la réclusion à perpétuité. Cela donne de la chair de poule quand on sait que les juges des ces tribunaux sont de simples citoyens dont certains savent lire et écrire à peine. De plus, le Parlement en a rajouté et a été le chantre de l’introduction d’une notion aussi nocive que la précédente d’idéologie génocidaire.

En juin 2004, un rapport rédigé par une Commission parlementaire spéciale avait trait à l’idéologie génocidaire. Malgré sa légèreté et son caractère farfelu, il fut à la base du renvoi de certaines organisations locales et internationales ainsi que de l’emprisonnement des directeurs des écoles secondaires, des professeurs et des élèves. Le rapport fut dénoncé par des organisations de défense des droits de l’homme dont Amnesty international.

Deux ans après, soit en 2006, le Parlement rwandais édita un livre au titre bien évocateur : « Idéologie du génocide et stratégies de son éradication ». Il contient un amalgame de postulats dangereux pour la paix et la concorde entre les Rwandais.

D’autres exemples montrent à suffisance que les parlementaires rwandais ne s’intéressent pas aux préoccupations de la population. Ainsi, ils  n’ont pas levé le petit doigt quand le gouvernement a décrété, en 2006, que les va-nu-pieds ne pouvaient plus entrer en ville. Le port de souliers fut rendu obligatoire pour tout citoyen sous le beau vocabulaire d’hygiène dans le cadre de contrats de performance. Des observateurs ont vite perçu qu’il s’agissait d’une affaire évidente de gros sous car le marché est assuré et les bénéfices sur la vente des millions de souliers sont colossaux.

Selon l’agence Syfia du 20/06/2008, des souliers en plastique devaient être importés du Kenya. Elle rapporte l’avis du docteur Martin Nteziryayo, de l’Hôpital de Nyanza, comme quoi ces chaussures en plastique, « quand elles sont fermées et portées au soleil, elles peuvent causer des allergies cutanées et provoquer des mycoses ». Mises à part ces maladies, le problème est beaucoup plus grave. Porter des souliers est hygiénique. Mais au Rwanda, comme dans les campagnes africaines, le port de souliers n’est pas dans les priorités. Sans argent pour s’acheter à manger, pour se faire soigner, quand on végète dans la misère la plus abjecte, avec quel moyen va-t-on s’acheter des souliers ? La mesure prise par le gouvernement rwandais est contre la population. Dans certaines régions du pays, sans souliers, le citoyen ne peut pas entrer ni dans un service public ni aller au marché. Celui qui trouve difficilement de l’argent pour payer sa mutuelle de santé, s’il n’a pas d’autres ressources à consacrer à l’achat des souliers, il ne peut pas aller se faire soigner dans aucun hôpital. Les gens préfèrent alors se terrer chez eux et y mourir, faute de souliers.

Cette mesure, à part qu’elle handicape la libre circulation des personnes et des biens, cache également mal la politique criminelle du FPR : l’appauvrissement, à l’extrême, de la population rurale. Voici à ce sujet le témoignage du Dr Joseph Ndahimana, un des observateurs de longue date de la politique rwandaise. De retour du Rwanda cet été, il a envoyé un posting en Kinyarwanda sur le forum DHR le 29 juillet 2008 :

« J’ai pu observer beaucoup de signes qui me montrent que le développement de la santé dans les régions rurales n’est pas sur l’agenda des autorités rwandaises. Comme d’ailleurs tout le développement en général. Je n’ai vu nulle part, partout où j’ai été, un signe montrant que l’autorité est préoccupée par les conditions de vie de la population. On dirait que les régions rurales ne font partie du Rwanda : la pauvreté y est extrême, la population est constamment harcelée pour la faire adhérer au FPR, alors que personne ne leur propose un projet de développement ; celui qui a une bicyclette, on la lui confisque (sauf à Kigali), sous prétexte que les vélos sont interdits,… Bref, les mesures vexatoires envers la population rurale par l’Etat sont à la mode. J’ai pu remarquer que la population est considérée en général comme un ennemi par l’Etat qui s’attelle alors à prendre des mesures pour la plonger à jamais dans le sous-développement ».

Dans le même cadre, d’autres exemples peuvent être cités. Il suffit de penser à la spoliation des terres des paysans par les barons du régime, de la chasse de la population sur les terres des abords des lacs sans autre alternative, de l’expropriation sauvage de certains quartiers ‘‘pauvre’’ de la capitale, sans une indemnisation conséquente, …

Au Rwanda donc, les élections vont se suivre et se ressembler.

Gaspard Musabyimana

Le 18/08/2008

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