Tout le monde sait que le régime de Paul Kagame qui règne sur le Rwanda depuis 1994 viole massivement les droits de l’Homme, qu’il foule aux pieds les conventions internationales dont il est pourtant partie prenante et qu’il use des moyens de propagande qui ne sont plus de mise dans des sociétés civilisées. Ce qu’on ne savait pas, C’est qu’un grand quotidien d’un pays démocratique participe et sert de caisse de résonnance à ces pratiques honnies par la Communauté internationale.
Le Rwanda, tout comme la Belgique, sont parties prenantes des Conventions de Genève de 1949 et de leurs Protocoles additionnels de 1977 et les ont ratifiés. Celles-ci définissent les conditions dans lesquelles doivent être traités les prisonniers de guerre par chacun des belligérants. Elles interdisent notamment à chaque Partie d’exposer les prisonniers de guerre aux médias aux fins de sa propagande ; de les soumettre aux traitements dégradants tels que des tortures pour les faire avouer ou admettre des faits confortant les thèses de celui qui les a capturés. Il est même précisé quelles sont les seules questions auxquelles le prisonnier de guerre est tenu de répondre et de refuser de répondre à toute autre question sortant de ce schéma : nom, grade, matricule, unité. C’est tout ! Toute autre question relève, d’après la Convention de Genève, de la torture et le prisonnier de guerre n’est pas tenu d’y répondre.
Or voici que le quotidien belge « Le Soir », sous la plume de Colette Braeckman, publie à sa « Une » du mardi 14/4/2009 et sur deux pages, des photos et des "propos" recueillis auprès d’un prisonnier de guerre capturé par l’armée de Paul Kagame en République Démocratique du Congo (RDC). Le pauvre prisonnier de guerre est présenté en tenue militaire, menotté. Il n’aura jamais l’occasion de démentir ou de confirmer les propos qu’on lui prête. De même la journaliste Colette Braeckman n’explique pas par quel miracle elle a pu pénétrer dans une prison militaire secrète et hyper-sécurisée et à y faire des interviews, "librement".
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A y voir de très près, il ne s’agit pas d’une interview mais plutôt d’un "débriefing" que Colette Braeckman a fait subir (ou auquel elle a assisté) au pauvre prisonnier de guerre. En effet, elle n’a retenu que ce qui conforte les thèses du régime et parvient même à abonder dans la propagande la plus grossière destinée à ridiculiser l’opposition. Ainsi par exemple, elle met dans la bouche du prisonnier : « Oui, je hais toujours les Tutsi, c’est mon idéologie ». Méprisable !
On savait que le régime de Paul Kagame ne tolère aucune contradiction, même de la part des ONG ou de la presse étrangère. Certains en ont payé le prix, pourtant après avoir fait longtemps la promotion du régime. Mais dès qu’ils ont osé pointer du doigt les dérives dictatoriales de celui-ci, les foudres se sont abattues sur eux. Le dernier exemple en date est celui d’Allison Des Forges (Que Dieu ait son âme). Après avoir soutenu à bras le corps le régime de Paul Kagame par des publications et autres rapports biaisés notamment comme témoins expert au TPIR à Arusha, elle fut déclarée « persona non grata » par le régime de Kigali dès qu’elle a osé parler des crimes commis par le FPR. Jusqu’à sa disparition en février 2009, elle n’était plus autorisée à entrer au Rwanda.
Colette Braeckaman a tiré les leçons de ces épisodes et elle continue de s‘accrocher contre toute logique et sûrement contre sa conscience, dans le seul but de garder les faveurs de Paul Kagame. Elle ne voudrait pas être déclarée « persona non grata » au Rwanda ! Mais en faisant cela, elle entraîne un grand quotidien qu’est « Le Soir » dans une voie indigne de sa réputation. Enfin, avec le régime dictatorial du FPR de Paul Kagame, Colette Braeckman ne saura jamais sur quel obstacle elle va trébucher pour subir le sort des Allison Des Forges et consorts.
Emmanuel Neretse
Bruxelles, le 20/04/2009

