Les FDU dans les élections présidentielles de 2010
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Dans l’après-midi du 01 mai 2009, le parti politique FDU (Forces Démocratiques Unifiées) a organisé un meeting politique à Bruxelles. La salle Excelsior des environs de la gare du Midi était comble. D’entrée de jeu, le Dr Jean Baptiste Mberabahizi, Secrétaire Général des FDU, a brossé un tableau des caractéristiques anti-démocratiques du régime actuel du FPR au Rwanda et a parlé des obstacles qui attendent le parti dans ses démarches pour présenter un candidat aux élections présidentielles de 2010.

Pour ce politicien, le FPR a séquestré la population rwandaise. Tous les Rwandais sont comme des personnes enfermées dans une grande prison sans possibilité d’en sortir. Dans ce cadre, il fait également en sorte que ceux qui sont en exil, bon nombre d’entre eux étant des intellectuels, restent  à l’extérieur. Pour maintenir cette situation, le FPR recourt au terrorisme d’Etat. En guise d’exemple , Mberabahizi a porté à la connaissance du public que le régime du FPR a commencé une propagande accusant les FDU, nées pourtant en 2006, d’avoir participé au génocide de 1994 ou d’avoir une idéologie génocidaire. Il s’est étonné de ce que le régime, le plus militarisé d’Afrique des Grands Lacs avec plus de 100.000 hommes, puisse avoir peur d’une jeune dame de 39 ans qu’est Victoire Ingabire.

Les membres des FDU qui se rendront au Rwanda incessamment pour faire inscrire le parti peuvent être emprisonnés ou même tués. Mais Mberabahizi est catégorique. Cela ne leur fera pas changer d’avis. Les Rwandais emprisonnés se comptent par des centaines de milliers. Si le régime de Kigali assassine l’un ou l’autre membre des FDU, il sera considéré comme une victime de la démocratie comme l’a été entre autres Seth Sendashonga.

Les FDU ont choisi le combat pacifique de la démocratie. Il est vrai que le régime de Kigali préfère les armes aux urnes mais les FDU ne vont pas tomber dans ce piège. Même après la guerre, on finit toujours par aller aux élections a insisté Mberabahizi pour justifier le choix de son parti.

Les obstacles qui se dressent sur le chemin de leur projet de 2010 sont nombreux. A part l’emprisonnement ou l’assassinat, il y a des obstacles juridiques truffés dans la Constitution et dans la loi électorale.

Mberabahizi a ponctué son intervention par des exemples tirés de sa carrière politique au sein du FPR en tant que député de ce parti avant son exil en 1997.

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Prenant la parole à son tour, la Présidente du parti, Victoire Ingabire, a relevé quelques points saillants qui gangrènent la vie du citoyen rwandais dont les Gacaca, les détournements des aides aux rescapés du génocide par une clique du FPR, la dictature omniprésente comme le fait que la Constitution prévoit 3 langues au Rwanda et que le gouvernement a imposé l‘anglais comme seule langue d’enseignement, etc..

Victoire Ingabire, Président des FDU, a coupé les herbes sous les pieds de ceux qui propagent qu’en allant aux élections présidentielles, les FDU vont légitimer le régime du général Paul Kagamé. Elle a précisé, en substance : « Qu’on le veuille ou non Paul Kagame est le Président du Rwanda. Tous les pays du monde lui déroulent protocolairement le tapis rouge. Il prend la parole à l’ONU et dans bon nombre de fora internationaux. Il est légitime, mais il n’est pas le Président qu’il faut à la tête du Rwanda. C’est pourquoi un candidat des FDU veut aller le remplacer ». Elle a été applaudie.

La « Dame de fer » a rappelé les grands piliers du programme politique des FDU dont la réconciliation nationale, la démocratisation des institutions et le développement économique.

Ainsi, alors qu’au Rwanda le régime a décrété qu’il n’existe ni Hutu ni Tutsi ni Twa, les propagandistes du FPR ne cessent de recourir à ces notions quand cela arrange le pouvoir. Si ces trois composantes du peuple rwandais n’existent pas, pourquoi alors parler du génocide des Tutsi ? Pourquoi aller à la radio et déclarer qu’un élève hutu a voulu donner du poison à un élève tutsi dans un établissement scolaire ? etc. Pour Victoire Ingabire, le problème n’est pas l’existence de trois ethnies mais l’exploitation que les politiciens en font. Une société juste et démocratique, qui accorde à chacun ce qui lui revient, dans la transparence et selon ses compétences, est la seule viable au Rwanda.

La justice est sous l’influence de l’exécutif. Elle procède aux amalgames et aux globalisations. Victoire Ingabire a dit que si les FDU arrivent au pouvoir au Rwanda, chacun devra répondre de ses actes devant la justice, individuellement.

Sur le chapitre de la démocratisation, le FPR s’est mué en parti-état qui contrôle toute l’opposition politique via le Forum des partis politiques, ce qui est inacceptable pour les FDU qui prônent une libéralisation de l’espace politique.

Victoire Ingabire a fustigé le fait que les salaires des politiciens, dont celui du Président de la république, sont exorbitants. Celui-ci gagne 900 dollars par jour alors que dans les basses couches de la société rwandaise, on a à peine 0,44 dollars par jour. La politique du FPR de développer les villes au détriment des campagnes a été épinglée par la Présidente des FDU. Celles-ci vont privilégier également le développement rural une fois au pouvoir.

Victoire Ingabire a été brève mais très convaincante de façon qu’à sa sortie pour d’autres engagements politiques à son agenda, elle a été longuement applaudie par l’assistance qui la suivait des yeux. On dirait une « Messie ».

Les questions ont été nombreuses et variées : le problème, ce ne sont pas les élections, mais le comptage des voix a fait remarquer quelqu’un qui a participé aux élections passées et qui faisait partie de l’équipe de campagne de Faustin Twagiramungu. Les militaires du FPR étaient omniprésentes sur les bureaux de vote pour intimider les électeurs sans parler du bourrage des urnes qui s’en est suivi. La question du génocide a été lancinante mais les orateurs du jour ont réaffirmé le « génocide des Tutsi » tout en soulignant des massacres odieux opérés par le FPR, raison pour laquelle il faudra une sorte de "Commission  Vérité et Réconciliation" si les FDU sont élues. La présidente a même précisé, sur ce chapitre, que durant les jours sombres de 1994, son frère a été tué par des "Hutu". A ceux qui reprochaient aux représentants des FDU de descendre au Rwanda et qu’une fois battus ils reviennent dans leur eldorado européen laissant leurs électeurs dans l’œil du cyclone du FPR, Victoire Ingabire a été claire : elle part au Rwanda pour y rester, pour une lutte démocratique, qu’elle soit élue ou non. Une certaine opinion a soupçonné les FDU de briguer la place de Premier Ministre une fois battues avec un score acceptable. Les orateurs ont évidement opéré un démenti formel. La reconnaissance des victimes hutu du FPR, dont on ne peut commémorer la mémoire, a été rappelée par l’assistance, comme cette autre ancienne député du FPR, Brigitte Tuyishime, qui a confessé qu’elle a été traumatisée par le FPR et que son expérience malheureuse ne doit pas décourager les candidats des FDU. Elle a dit en Kinyarwanda : « Ntabutota butagiyemo umwuko » (pour que la farine donne de la pâte, elle doit être mixée avec une spatule).

Dans la salle, des t-shirts avec des messages des FDU et une livre sur Victoire Ingabire étaient en vente.

Gaspard Musabyimana, le 3 mai 2009

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