Le « Nouveau Rwanda » en passe de reconnaître l’existence des ethnies?
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Les identités ethniques hutu-tutsi, l’unité et la réconciliation, la demande de pardon et son accord ; les mentalités individualisantes rwandaises.

Le Rwanda actuel veut fermement s’attaquer au problème de l’ambivalence identitaire HutuTutsi qui sévit dans les consciences des citoyens rwandais. Le Gouvernement dont le programme de l’Unité et Réconciliation et les associations de la société civile, à l’occurrence l’IRDP/Institut de Recherche et de Dialogue de la Paix ; tous trouvent que ce problème est nuisible à la reconstruction de la société rwandaise. Pourtant la recherche des solutions part sur des bases tronquées. Il est temps de se poser la question de savoir si ces idéologies ethnocentrisantes sont-elles un but en soi. Des conflits interethniques sont-ils des causes de crise de confiance interethnique dans leur essence ou naissent-ils consécutivement à de criants écarts dans la mauvaise répartitions des richesses nationales constatée depuis le régime monarchique avec l’équivalent général de ce temps qu’était la vache principalement monopolisée par un ou deux clans NYIGINYA et MWEGA monarchiques tutsi , passant par la dominance coloniale belge qui introduit à coup de chicote la nouvelle valeur dite la monnaie (bonjour monsieur capitalisme !) pour s’exacerber jusqu’à atteindre les sommets de manifestations violentes et criminelles durant le cours des deux premières républiques (1960-1973 et 1973-1994) ? Qu’en est-il du régime ultralibéral actuel qui est pressé d’éradiquer cette tare ? Pourra-t-il arriver à ses objectifs du moment qu’il veut prendre le taureau par les cornes en voulant asseoir une politique économique favorisant les plus entreprenants, il est apparemment vrai, sans discrimination autre si ce n’est savoir lutter pour la prospérité de son business ? Et pourtant l’économie libérale est régie par une loi essentielle qui veut que quand tel est agressif dans les affaires, plus il fait de gros profits, plus plusieurs milliers de citoyens tombent dans le manque ; entraînant ainsi tout unmonde dans la pauvreté et donc dans les idées noires ?

L’IRDP s’est donné une lourde tâche de donner sa contribution à la solution de la question des« identités ethniques et (de) la cohésion sociale » pour « une stabilité politique du pays (à travers) la réconciliation nationale, la Démocratie et le respect des droits humains ». Pour cela, il invitera des chercheurs, des personnalités politiques et ceux des milieux universitaires pour un brainstorming sur le sujet. L’invitation se convient le 28 avril 2009 dans la salle de l’Hôtel LAICO UMUBANO.  

Apparemment, les chercheurs de l’IRDP veulent tâter le poul ou évaluer la portée de cette question dans les préoccupations des Rwandais ou alors il veut se faire aider par ces personnalités afin de trouver l’angle d’attaque de la description de ce problème casse-tête rwandais que sont les antagonismes ethniques pour la possession du pouvoir sociopolitique. Ce qui d’emblée de jeu étonne, c’est que tout le monde s’accorde sur un postulat contrairement à une perception politique officielle, à savoir que les ethnies hutu et tutsi existent bel et bien dans le pays quoique la réalité ethnique rwandaise échappe à la scientificité de la définition. Mais tous s’accordent sur le fait que dès lors que les Rwandais ont pris conscience de leurs appartenances ethniques, la question ethnique devient dès lors une réalité incontournable.

De deux, l’audience prend conscience également de la transversalité de la question ethnique hutu-tutsi sur une vaste région couvrant le Rwanda, le Burundi, l’Est de la RDC, le Sud ouest de l’Ouganda ; que des entités étatiques solutionnent différemment cette question. Les uns comme le Burundi préfèrent débattre de la question et sortent convaincus qu’il faut une gestion équitable de la société où toutes les sensibilités ethniques se retrouvent dans un débat démocratique focalisant sur une transparence de la chose ethnique dans la gestion de la chose publique tout en, pas à pas, la dépassant. Le Rwanda, quant à lui, préfère faire un tabou autour du débat ethnique. « Toi et ta femme, enfermez-vous dans votre chambre et entonnez votre chanson laudative sur votre hutité ou votre tutsité. Mais de grâce que vos enfants ne vous entendent pas car ils ne vous appartiennent pas », a-t-on pitoyablement entendu au cours du débat de ce jour-là. Comprend-on le gâchis que cause ce refoulement dans la conscience des gens. C’est comme si les Rwandais ont alors peur de s’accepter tel qu’ils sont ; des Batutsi, des Bahutu et des Batwa. Pourtant ces notions n’ont pas été inventées par le colon belge ou le missionnaire catholique des années fin 19ème siècle. Or toute notion langagière se réfère à une réalité sociale historique donc vécue.

A-t-on besoin d’effacer la diversité des Rwandais ? Non ! On peut aller jusqu’à penser que tout cheminement erroné ne donne pas de bonnes pistes de thérapie sociale. Il est vrai qu’au Rwanda on naît Tutsi ou Hutu ou Mutwa. Cette diversité nationale devrait aider les Rwandais à développer. Malheureusement elle est, depuis les temps où court l’organisation étatique rwandaise, source de discorde où sensibilités ethniques et préjugés sont exacerbés.

Quid de ce régime qui commence à développer une société civile qui commence à se pencher sur le dialogue des ethnies ? Mention bien ! Mais la question à se poser est de savoir si l’Ethnie ou« l’internalisation négative de l’ethnie d’autrui » est la cause des soubresauts sociaux ou si, au contraire, se sont des systèmes socioéconomiques égocentrisants adoptés comme mode de gestion de la société qui font que la diversité ethnique ou régionale ne soient plus des moteurs ou ingrédients du développement et de la prospérité de la société. Depuis le règne du régime monarchique, l’appétit de princes régnants et de leurs obligés n’a jamais été assouvi quant à l’accumulation des richesses évaluées en un équivalent général hautement social de ces temps-là qu’est la vache. Ne dépouillait-on un pauvre hère qui ne faisait pas allégeance ? Alors quoi de plus normal que la crise du système féodalo monarchiste venait-elle d’être annoncée en complicité avec le colon belge que l’annonce de la république bourgeoise devait généraliser dans la violence les clichés et stéréotypes ethniques qu’on vivait au fond de sa conscience ? Tenez-vous bien ces stéréotypes ethniques s’accompagnaient de toute une machine idéologique subtile sous-estimant l’autre ethnie pour pouvoir accumuler plus de richesses. Donc ! Détrompons nous, il n’existe pas un niveau de conscience ethnique dans l’esprit du citoyen rwandais. Il n’y a plutôt que le niveau de pression des injustices socio économiques – la pauvreté étant la somme de toutes ces injustices- qui s’exercent sur le pauvre citoyen rwandais inculte donc réservoir de toutes les rancœurs vécues par la société et, ipso facto, personne ressource pour ce qui est des basses besognes commandées par des politiciens véreux qui ne savent pas brandir une décente et juste lutte politique pour le pouvoir et trempe dans les propagandes où la carte d’affinité ethnique et/ou régionale est jouée avec une dextérité machiavélique qui fait mouche. Le régime des injustices que ne peut qu’utiliser pour survivre l’homme parvenu au pouvoir par une tricherie pareille peut, à la longue, être dépisté par une charpente de la société civile. Alors tous les boucliers se redresseront et le pire sera imparable le génocide de l’autre ethnie qui d’après les idéologues de la solution finale est « une vermine, cancrelat, vipère » et qu’en sais-je.

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Tout ce cycle de crise de la société est donc, n’en déplaise aux intellectuels rwandais qui croient aux sentiments ethniques gratuits, principalement alimenté par un mauvais choix officialisé d’un système économique oppressif, en l’occurrence l’adoption du capitalisme sauvage qui aura caractérisé le régime de HABYARIMANA et son pendant idéologique du MRND/Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (1973-1994) et le non moins sauvage capitalisme à outrance porté dans l’esprit de KAGAME et son FPR en une sainte religion absoute et canonisée par l’Oncle Sam et son cousin de l’île anglo-saxonne.

Il est une loi du capitalisme mondial, celle-ci veut que tout système économique libéral naît et brille, grandit s’enchevêtrant dans ses contradictions tirées de la réalité sociale. Ici au Rwanda, ces contradictions n’ont pas été uniquement le dualisme ethnique hutu-tutsi ou régionaliste KIGA/NDUGA ou religieux Catholique– autres religions ; ces contradictions ont attaqué sérieusement l’âme du nombreux Rwandais inculte et analphabète mis au rancart par une politique savamment pensée de promotion éducationnelle d’une petite élite privilégiée, appelée à régner indéfiniment sur les consciences de ces pauvres hères. Pourtant, entre temps les contradictions du système capitaliste rwandais vont s’exacerber et il ne peut pas manquer quelqu’un qui mettra du feu à la poudre. Hop ! Le gâchis d’Avril-Juin 1994.

Les crises cycliques du capitalisme en Afrique se terminent toujours par un charnier humain gratuitement immolé sur l’autel des appétits des politiciens écartés de la politique du gentleman agreement. Souvenez-vous de la guerre de Museveni et des stères de corps mutilés alignés sur les artères de KAMPALA en 1987. Ou alors comment expliquez-vous la crise burundaise qui se termine avec plus de 300.000 morts innocents. Les mouvements armés hutu les tueront parce que Tutsi« comme leurs frères au pouvoir à Bujumbura », une généralisation chère aux rébellions qui n’ont d’autres programmes que de réclamer l’équité dans le partage du gâteau national. Quid du Darfour soudanais ?

Les tenants d’un régime économique capitaliste, appuyés par une machine politique et idéologique, ne savent pas réfréner leurs appétits voraces et font une redistribution de richesses avec une règle générale dite « la part du lion ». Conséquence possible ? Crainte d’ennemis potentiels dont les silhouettes. Durcissement du régime dictatorial et bâillonnement des voix discordantes demandant un peu plus de démocratie sociale, de transparence de la gestion de la chose publique et donc une bonne distribution des revenus, une ouverture de l’espace politique et le lancement accepté de partis politiques …

Vous remarquerez que sous le régime actuel, il faut dire que non seulement les responsables politiques du pays ne peuvent pas se libérer des chaînes avec lesquels ils se sont enroulés à l’adoption du système économique ultralibéral qui fait tomber au jour le jour des milliers de têtes dans la pauvreté crasse, mais aussi cette ouverture de l’espace politique n’est même pas souhaitée tout autant que le pluralisme des idée est loin d’être ovationné. Alors le marasme social qui couvre leciel rwandais évoque au réel comme au figuré un échec de programmes comme celui de l’unité et dela réconciliation qui ne permet pas le dégagement d’un dialogue social et politique à l’échelle de grands fora nationaux comme le Parlement, le Conseil des ministres, les Organisations sans but lucratif de la société civile rwandaise, le Conseil National des Jeunes et celui des Femmes ; les médias ne pouvant qu’être des porte-voix intéressés. Le programme hautement citoyen dit UBUDEHE subira lui aussi des avatars. Conçu pour être le pivot d’une amélioration sensible des conditions de vie des citoyens des classes sociales pauvres, les principes de base seront travestis carne répondant pas à l’idéologie ultralibérale.

La sclérose s’étendra aussi au le secteur judiciaire rwandais qui ne lutte, alors pas du tout, pour son indépendance dans la dignité des prestations impartiales qu’il est censé offrir aux citoyens. La production des bien matériels dans la société en ressentira les effets. Elle baissera lamentablement pour donner une opportunité aux produits étrangers d’inonder le marché.

Tous ces signes annonciateurs de la crise sociale d’un régime donné ; il faudra les exorciser. L’IRDP, en tant qu’organe réformateur, aura rendu un service précieux au régime au cas où il pourra nommer les phénomènes par leur nom et les décrire suffisamment pour servir de garde-fou du régime ultra capitaliste qu’il sert afin qu’il tempère les appétits gloutons en permettant que le libre commerce des idées et libertés politiques objectivement constructives viennent décanter l’arène politique rwandaise prostrée dans une apathie sans pareille.
La direction

Tirés de : Les Points Focaux
La revue hebdomadaire de la presse rwandaise
N°378 du 24 au 30 avril 2009

[Les photos illustratives ont été insérées par nous].

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