La condamnation du Sénateur Safari est un complot politico-judiciaire
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Le sénateur Safari Stanley a été condamné d’une façon arbitraire, dénonce le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) dans son communiqué du 14 juillet 2009. Cela s’est fait à l’issue d’un simulacre de procès monté par un tribunal Gacaca du secteur Tumba, district de Huye (Butare) dans la province du Sud. D’après le CLIIR, samedi 6 juin 2009, les juges, « empruntés » au tribunal Gacaca de Kimironko de la ville de Kigali, ont condamné le sénateur Safari Stanley à la prison à perpétuité. Averti par des amis qu’il serait condamné sans aucune possibilité de se défendre, Safari a eu le temps de fuir le Rwanda. Le dernier round de ce simulacre de procès Gacaca a débuté mercredi 3 juin et s’est clôturé samedi 6 juin 2009. Le sénateur Safari avait assisté à son précédent procès Gacaca qui s’était tenu à Tumba (Butare) les 23 et 24 mai 2009 mais en l’absence de certains témoins qui n’avaient pas été informés. Douze (12) autres personnes étaient jugées dans ce procès : quatre (4) ont été condamnées à 30 ans de prison, six (6) ont écopé de 19 ans de prison et deux (2) ont été acquittées. En 2008, Safari avait été traduit devant le tribunal Gacaca de Tumba pour des délits liés à la propriété mais il fut innocenté.

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Les accusations portées contre Safari sont très fantaisistes parce qu’on lui prête un pouvoir qu’il n’avait pas pendant les massacres d’avril à juillet 1994. Les faux témoins préparés par la DMI (Directorate of Military Intelligence) accusent Safari d’avoir été impliqué tantôt dans l’assassinat d’une femme Helène Kayitesi à Cyarwa, tantôt dans le massacre de 60 personnes à l’Université Nationale du Rwanda et de 600 personnes à Gateme dans le secteur Tumba (Butare).

Selon les investigations du CLIIR, Safari était aussi menacé que les Tutsi pendant ces massacres d’autant plus que sa maison, sise à Gikondo (Kigali), a été incendiée par les miliciens Hutu qui le recherchaient pour le tuer en tant qu’opposant politique issu de la branche du MDR (Mouvement Démocratique Républicain) restée fidèle à M. Faustin Twagiramungu, président élu du MDR et premier ministre désigné par les Accords de Paix d’Arusha. C’est-à-dire qu’il faisait partie des personnes à massacrer et non des individus qui massacraient.

Selon toujours le CLIIR, le Chef de la bande de tueurs à Butare du nom de Rutembesa, mort dans la prison de Butare, a laissé un écrit signé et contresigné en 2006 par le Directeur de la prison et le procureur de Butare dans lequel il reconnait avoir emporté et tué, lui et sa bande, Madame Kayitesi Helene.

Des témoins Tutsi rescapés du génocide rwandais qui s’étaient cachés avec Madame Kayitesi chez les parents de Safari Stanley confirment cette information et ajoutent que le procès du 03 juin 2009 est un simple montage parce que, ni les témoins, ni les témoignages n’avaient jamais été signalés pendant toute la période de collette des informations sur le génocide en 2005.

Pendant les massacres d’avril à juillet 1994, M. Safari et sa famille ont été contraints de quitter Kigali dans des conditions dramatiques après que leur maison ait été complètement incendiée et que le communiqué de le chercher et le tuer fut lancé par la Radio RTLM (Radio Télévision Libre des Milles Collines). En tant que fugitifs, ils ne pouvaient risquer de se faire repérer par les tueurs et sont restés cachés jusqu’à la chute de Butare. Safari et les siens n’ont pu quitter leur refuge qu’à partir du 5 juillet 1994 juste après la prise de la ville de Butare par le FPR.

Le rapport récemment présenté au Senat par le Sénateur Karemera, membre important du FPR et qui s’en prend violemment au Parti PSP (Parti pour la Solidarité et le Progrès) et son Président  prouve que le Sénateur Safari Stanley est aussi visé pour couper l’élan au parti PSP dont il est Président. En effet,  le PSP avait déjà enregistré un certain succès dans le recrutement des jeunes universitaires qui en ont assez avec le mensonge du FPR et l’inertie des autres Partis politiques au Rwanda.

Le sénateur Safari n’est pas le seul parlementaire qui est victime des tribunaux Gacaca. Ces derniers temps, les tribunaux Gacaca ont ciblé plusieurs responsables administratifs, politiques et militaires hutu de telle sorte que cet acharnement témoigne de la volonté du régime FPR de se débarrasser de tous ses collaborateurs hutu encore en poste. Il y a d’autres parlementaires qui ont été déjà condamnés arbitrairement dans des simulacres de procès Gacaca. A titre illustratif : les députés hutu Elisée Bisengimana, Emmanuel Mwumvaneza et Etienne Magali sont déjà en prison depuis quelques mois. Début 2005, les journaux avaient publié leurs noms parmi certains députés mis en cause par les Gacaca. En mai 2009, la députée Béatrice Nirere a été condamnée également à perpétuité par un tribunal Gacaca. Depuis dimanche le 31 mai 2009, le tribunal Gacaca de Nyakabanda à Kigali juge l’ancien président de l’Assemblée nationale, Alfred Mukezamfura, qui a quitté le Rwanda à la fin de l’année 2008. Mukezamfura, également ancien président d’une petite formation politique, le Parti démocrate centriste (PDC), était président de la Chambre des députés jusqu’aux législatives de septembre 2008. Le sénateur Anastase Nzirasanaho avait dû également répondre aux charges relatives à sa supposée implication dans le génocide de 1994 devant le tribunal Gacaca de Muhima (Kigali) en août 2008.

Ce n’est pas la première fois que le régime du FPR réussit à se débarrasser de ses députés hutu gênants. Entre 1995 et 2000, plusieurs députés du MDR (Mouvement Démocratique Républicain) furent persécutés sous plusieurs formes. L’ancien président Tutsi du Parlement rwandais, M. Joseph Sebarenzi a dû s’exiler aux USA pour sauver sa vie menacée. Les militaires Tutsi qui l’ont aidé à fuir ont été emprisonnés et torturés. Le député J. Baptiste Sebarame fut suspendu du Parlement en décembre 1995. Le député Damien KIRUSHA est mort le 12/05/1996 sans tomber malade après avoir subi des jets de pierres sur sa résidence. Le 17/06/1997 à 19h40 le député MDR, Monsieur Eustache Nkerinka, a failli être assassiné au Rond-point de Kimihurura à Kigali. Les députés du MDR, Jacques Maniraguha et Léonard Kavutse ont été chassés du Parlement sur pression du FPR. Le député du MDR, Léonard Hitimana, fut enlevé à Kigali et porté disparu le 7 avril 2003 quelques jours avant les premières élections présidentielles organisées par le régime du FPR.

Le député du PSD (Parti Social Démocrate), Evariste Gasamagera, a été persécuté par le FPR qui l’a limogé arbitrairement avant qu’il ne meure de maladie. L’ancien député du PSD, Jean Mbanda, est un grand intellectuel Tutsi qui a été emprisonné arbitrairement pendant des années avant d’être libéré sans procès parce qu’il avait dénoncé dans une lettre ouverte la consolidation d’un régime tyrannique au Rwanda. Il est actuellement réfugié au Canada. D’autres anciens députés qui osaient s’exprimer au Parlement ont été écartés par le FPR. Les exemples ne manquent pas : Depuis 1999, M. Valens kajeguhakwa, ancien Député du FPR et M. Evariste Sisi, ancien Député du PL (Parti Libéral), sont des hommes d’affaires Tutsi qui ont été menacés par le régime du FPR et contraints de s’exiler en Occident.

D’après les investigations du CLIIR, le sénateur Safari Stanley est victime d’un vaste complot judiciaire orchestré par la présidence de la République Rwandaise depuis mars 2008 et destiné à se débarrasser de cet allié devenu encombrant dès qu’il a osé expliquer aux membres d’une commission de l’Union Européenne que le régime du FPR (Front Patriotique Rwandais) empêche toute ouverture démocratique du Rwanda. Comme tout rwandais soupçonné à tort ou à raison d’être un opposant politique, le sénateur Safari fut d’abord la cible d’une virulente campagne de diffamation avant de se retrouver devant les tribunaux Gacaca depuis 2008.

Le CLIIR rappelle que la stratégie de la machine de désinformation du FPR (dont la DMI, les médias publics : Radio Rwanda, Imvaho, Nouvelle Relève, Ingabo, New Times et Izuba) consiste à fabriquer de fausses preuves en trois phases suivantes : 1) lancer des fausses accusations dans la rumeur publique et dans les médias proches du pouvoir ; 2) initier de fausses enquêtes (par la DMI, la police, certains magistrats du Parquet et activistes d’IBUKA) au sujet de la prétendue rumeur publique ; 3) instruire et produire de fausses preuves et de faux dossiers judiciaires qui sont directement suivis par des emprisonnements arbitraires.

[Lire l’intégralité du communiqué ci-dessous]

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