Le Rwanda, une république bananière et un Etat en faillite
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Le Rwanda, république bananière

Une république bananière est une expression qui désigne entre autres un pays corrompu, une dictature qui fait tout pour se présenter sous les apparences d’une république constitutionnelle. La première à souffrir de cette dictature, est entre autres, la justice. Celle-ci est soumise au pouvoir exécutif qui l’utilise à des fins politiciennes. C’est le cas du Rwanda. Bon nombre d’organisations de défense des droits de l’homme, dont Human Rights Watch, ont souligné le manque d’une justice indépendante au Rwanda.

Dans la foulée le Tribunal Pénal International pour le Rwanda a refusé de transférer certains détenus au Rwanda au motif qu’ils ne peuvent pas bénéficier d’un procès équitable s’ils étaient transférés dans ce pays ; qu’un procès au Rwanda n’offrirait pas suffisamment de garantie du respect des droits fondamentaux des accusés.

Le constat de cette inféodation de la justice rwandaise à la politique à été également à base pour certains pays occidentaux de refuser le transfert des détenus réclamés par Kigali.

Ainsi alors que le ministre britannique de la justice avait signé l’arrêt d’extradition de trois rwandais arrêtés en Grande Bretagne sur demande de Kigali, le 8 avril 2009, la High Court britannique a annulé cette décision, les juges ayant estimé que les accusés risquaient de souffrir d’un déni flagrant de justice notamment à cause de l’intimidation des témoins à décharge au Rwanda. La Cour a ordonné leur libération.

En juillet 2009, le gouvernement suédois a décidé d’extrader Sylvère Ahorugeze vers le Rwanda. Son avocat a fait appel  devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en motivant qu’il n’aurait pas droit à un procès équitable au Rwanda. La Cour l’a suivi et a demandé la suspension de la décision du gouvernement suédois.

Les détenus au Rwanda eux continuent de souffrir de cet arbitraire qui règne au sein de l’appareil judiciaire rwandais. Les tribunaux Gacaca, dont les juges ne sont pas formés et sont, pour certains, semi-illettrés, distribuent, sur injonction des autorités politiques, des peines de perpétuité à ceux dont le pouvoir veut se débarrasser. Maintenant que ces Gacaca tirent à leur fin, des équipes mobiles de ces juges "politiques" parcourent le Rwanda pour inculper ceux qui ont échappé aux vagues précédentes. Les condamnations à perpétuité tombent avec une célérité supersonique, suivies de la mise en aux enchères des biens des condamnés (maison, champs, bétail,…) pour indemniser les victimes. La conséquence est qu’au Rwanda, de milliers de membres des familles des condamnés (femmes et enfants) sont sans domiciles fixes. Ils errent à longueur de journée et meurent de mauvaise condition de vie vu que la charité des amis, à laquelle ils font recours,  a des limites.

Cette justice lapidaire s’accompagne d’une grande corruption. Des envoyés des juges font chanter des paysans paisibles que s’ils ne payent pas des sommes exorbitantes fixées, ils seront traduits devant les Gacaca. Certains, par manque de moyens, ne s’exécutent pas et la conséquence est immédiate. Les plus avisés préfèrent vendre une partie de leurs champs pour se dédouaner au lieu de tout perdre avec la condamnation des Gacaca et la confiscation de tous les biens qui s’en suit.

Le Rwanda, un Etat en faillite

C’est ce que révèle le rapport de l’organisation américaine « The Fund for Peace », en collaboration avec « Foreign Policy ». Dans l’index des Etats en faillite (failed states), le Rwanda occupe la 45è place avec 89 comme indice sur 177 pays , alors que la Somalie qui occupe la première place a un indice de 114,7.

Pour classer les pays, The Fund for Peace décortique les indicateurs sociaux, économiques et politiques. On y trouve l’incapacité des Etats à assurer un service public digne de ce nom, une érosion de la légitimité de l’autorité, la criminalisation de l’Etat, le règne de l’arbitraire, l’ingérence dans des affaires des pays voisins, la violation des droits de l’homme, la corruption, etc.

Comme le souligne le journal Umuseso (n° 365 du 20 au 27 juillet 2009) paraissant à Kigali, l’expression failed states s’applique aux pays qui n’ont pas pu mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation, comme le manque de cadre légal de prise collective de décisions (erosion of legitimate autorithy to make collective decisions), une bureaucratie impénétrable  (impenetrable bureaucracy), le manque de standards d’une justice indépendante (judicial ineffectiveness), l’ingérence du militaire dans la politique (military interference in politics).

The Fund for Peace classe le Rwanda dans la catégorie des « Warnings », ce qui signifie que si rien n’est fait pour redresser la situation, l’avenir est sombre pour le Rwanda. Il va se retrouver alors dans des pays avec la notice « Alert » qui vont de la Somalie (N° 1) à l’Iran (N° 38).

Gaspard Musabyimana
Le 05/08/2009

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