Rwanda-TPIR : mépris et pressions inadmissibles sur la Justice internationale.
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Depuis quelques semaines, un site web au nom plutôt alléchant a été créé et est consultable sur le net « http://www.fairtrialsforrwanda.org/ ». Sous cette appellation, on aurait pu penser que ses promoteurs militent pour une justice équitable, une justice qui punit les coupables et relaxe les innocents, qui enseigne le respect des décisions judiciaires . Mais non, rien de tout cela. Les quelques documents qui y sont publiés constituent une contestation des décisions judiciaires doublée de pressions énormes et inadmissibles sur le Procureur ainsi qu’un lynchage médiatique des personnes régulièrement jugées et reconnues non coupables par le Tribunal Pénal International sur le Rwanda (TPIR). Les cinq documents déjà publiés sur ce site sont :

– Un appel pour une révision du procès de Protais Zigiranyirazo suivi d’une  pétition à signer en ligne ;
– « La Chambre d’appel acquitte un planificateur… », article signé par l’ex-abbé Diogène Bideli ;
– « Une justice négationniste » article signéé par la célèbre Yolande Mukagasana ;
– Une lettre au Procureur du TPIR ;
– Le Communiqué d’Ibuka du 19/11/2009.

"Fair Trials" veut dire : juger et condamner les Hutu mais sans toucher aux criminels tutsi.

On pouvait légitimement s’attendre à ce que ceux qui se réclament de  "Fair Trials for Rwanda"  exigent que tous les auteurs des crimes commis au Rwanda entre le 01 janvier et le 31 décembre 1994 au Rwanda soient poursuivis par le TPIR tel que le stipulent ses statuts. Au lieu de s’indigner que malgré la lourdeur des charges et des preuves irréfutables des crimes commis par le FPR, jusqu’à ce jour aucun de ses membres n’a été déféré devant le TPIR, ils semblent plutôt étonnés et consternés de constater que les juges du TPIR peuvent aussi acquitter quelques Hutu. Tous ceux qui osent signer la pétition sont ceux-là même qui ont une conception erronée de la justice, qui pensent pour des raisons politiques que le TPIR aurait été institué pour condamner et seulement condamner leurs adversaires politiques et qui maintenant s’offusquent lorsque ce tribunal reconnaît l’innocence de quelques Hutu.

Des témoins concernant des  "éléments nouveaux" découverts après l’acquittement.

Dans son article, l’ex-abbé Bideli Diogène reconverti en Consultant Scientifique auprès de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (tout un programme), tente de justifier "juridiquement" pourquoi il serait possible de rejuger Protais Zigiranyirazo. Il révèle en effet que les statuts du TPIR admettent qu’une révision de procès est possible si des éléments nouveaux apparaissaient et que le Procureur en faisait la demande. Dans le cas de Zigiranyirazo, il semble, d’après Bideli, que des centaines de témoins sont venus déposer contre lui dès l’annonce de sa libération, la plupart l’accusant de l’avoir vu tuer ou donner des ordres de tuer aux barrages qui n’étaient pas jusqu’ici inventoriés par le Procureur ! Pourtant, depuis huit ans, il était en prison et le Procureur essayait de rassembler des preuves contre lui. Plusieurs témoins à charge sont venus du Rwanda durant le procès. Les autorités ont-elles gardé ces centaines de témoins aujourd’hui découverts, dans le cas où Zigiranyirazo serait acquitté pour disposer d’ « éléments nouveaux », afin d’exiger la révision du procès ? Monsieur l’abbé Diogène Bideli devrait logiquement avoir demandé à présenter ses témoins à Arusha pendant que les deux années qu’a duré le procès.

Une justice négationniste, dit Yolande Mukagasana.

Sous ce titre, la célèbre « écrivain » et personnage médiatique des milieux activistes pro-FPR en Belgique, Yolande Mukagasana expose son indignation après l’acquittement de Zigiranyirazo devant le TPIR. Elle fonde son raisonnement sur de vieux clichés véhiculés au début de la conquête du Rwanda par le FPR en1990 mais qui, depuis, ont été mis à nu et démystifiés. Ainsi, elle s’indigne que le TPIR puisse acquitter Zigiranyirazo alors qu’il devait d’office être condamné pour être membre de « l’Akazu » et du « Réseau Zéro ». A ce sujet, notre « écrivain » est en retard d’une publication. En effet, le concept d’« Akazu », qui avait été conçu par l’opposition au régime de Habyarimana en 1991 et par la suite récupéré par le FPR pour diaboliser davantage leur ennemi, a été vidé de toute sa substance au cours des procès devant le TPIR à Arusha. Ceux-là même qui avaient inventé ces termes, des membres de premier plan du parti MDR, sont venus témoigner à Arusha et ont convaincu le TPIR que cette notion ne repose sur rien et n’avait pas de contours précis et avait été lancé pour isoler le Président Habyarimana. Même Michel Bagaragaza, qui avait promis au Procureur de « se charger » en tant que membre de l’Akazu et en même temps charger tous les autres, n’a pas réussi à convaincre la Cour de la nature criminelle de cette « Akazu ». Quant au fameux « Réseau Zéro », rappelons que ce terme fut inventé par Christophe Mfizi dans une lettre ouverte écrite à l’occasion de son adhésion au parti MDR en 1992. Au cours du procès de Zigiranyirazo à Arusha, Mfizi fut, comme il se devait, appelé en rescousse pour conforter les thèses du Procureur. Pour ce faire, il avait rédigé un rapport d’une centaine de pages, pour lequel il fut d’ailleurs grassement rémunéré. Au lieu de prouver l’existence de ce « Réseau Zéro » et surtout de sa nature criminelle, il se répandit dans des considérations politiques et des insinuations d’ordre personnel que même le Procureur n’osa pas présenter ce rapport comme pièce à conviction. Et maintenant Yolande Mukagasana s’indigne que quelqu’un n’ait pas été condamné sur base du  « Réseau Zéro », notion sortie tout droit de l’imagination féconde de Christophe Mfizi.

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Maître Eric Gillet comme référence pour exiger une révision du procès.

Dans la lettre adressée au Procureur du TPIR publiée sur le site en question, les requérants se réfèrent à la citation de Me Eric Gillet reprise dans le quotidien belge « La Libre Belgique » du 19/11/2009. Il disait : «  M. ’Z ‘(Zigiranyirazo), faisait partie de l’Akazu que les historiens retiennent comme noyau dur de la planification du génocide… ». Cet avocat n’est pas une bonne référence. Il fut l’un de ceux qui ont choisi d’accompagner le FPR dans sa guerre d’agression de 1990. L’on se souviendra qu’il se précipita à Kigali pour défendre les complices du FPR arrêtés en octobre 1990 et qui furent par la suite relâchés. Il récidiva en militant au sein de la Commission dite indépendante chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme au Rwanda en 1992. C’est cette fameuse commission présidée par Jean Carbonare alors président de « Survie », commission qui avait rédigé  son rapport avant son arrivée au Rwanda et qui s’est gardée d’enquêter sur ce qui se passait dans la zone contrôlée par le FPR. C’est la même commission qui a publié les révélations de l’escroc Janvier Afrika concernant les fameux  « Escadrons de la mort ». Certains membres de cette commission reconnaissent aujourd’hui avoir été manipulés. Maître Eric Gillet parle de ce que retiennent les historiens sans dire de quels historiens ils s’agit puisque devant le TPIR, personne, pas même lui Eric Gillet, n’est venue établir que « l’Akazu…est le noyau dur de la planification du génocide…». Maintenant que l’avocat bruxellois le déclare dans un journal local, c’est suffisant pour intimer au Procureur l’ordre de réviser le procès. Ce n’est pas sérieux.

« Ibuka » aux avant-postes.

La très puissante et redoutée association Ibuka est évidemment de la partie. Dans un communiqué daté du 19/11/2009, elle appelait le TPIR à réviser le procès de Zigiranyirazo. Le communiqué est repris par le site en question. A Kigali même, elle organisait des manifestations « spontanées » devant les locaux de l’agence du TPIR au Rwanda. Non seulement cette association exigeait le réarrestation de Zigiranyirazo mais menaçait également de couper sa collaboration avec le TPIR. Cette menace est lourde de conséquences quant on sait que les témoins du Procureur lui sont fournis par Ibuka par ailleurs qualifié de « syndicat des délateurs » par certains observateurs. Dans son communiqué, Ibuka s’indigne entre autre que les témoins d’alibi (pour établir que Zigiranyirazo était à tel endroit et non à tel autre à un moment donné) soient tous des membres de sa famille. Ibuka parle alors de « scandale ». Pourtant, quoi de plus logique ? L’accusé avait plaidé qu’il était resté avec les membre da sa famille. Ceux-ci sont venus confirmer ces dires et en ont apporté les preuves alors que les témoins du Procureur se sont fourvoyés. A notre avis, le scandale réside à demander une révision du procès. De façon générale, Ibuka considère que tout acquittement prononcé par le TPIR constitue un scandale à ses yeux. Dans son communiqué, l’association Ibuka reprend les noms de tous ceux qui ont été acquittés par le TPIR et toujours considérés par elle comme des criminels. Quand on sait que cette association dit tout haut ce que le pouvoir de Paul Kagame pense tout bas, on peut comprendre la mauvaise situation dans laquelle se trouve le Procureur et les juges du TPIR.

Conclusion.

Etant donné la nocivité des vues véhiculées par ce site et la mauvaise image des Rwandais qu’il présente au monde, nous nous proposons de le « maquer à la culotte » afin de dénoncer en temps réel ses tentatives de désinformer et d’intoxiquer l’opinion internationale. Nous allons donc chaque fois passer au crible les publications de ce site pour mettre en garde ceux qui seraient tentés de donner foi à ses positions extrémistes et en tout cas étrangères à un véritable souci de justice.

Emmanuel Neretse et Gaspard Musabyimana,
Bruxelles, 10/12/2009.

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