Que cache la visite de Bernard Kouchner au Rwanda?
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Le Ministre français de Affaires Etrangères effectue du 06 au 08 janvier 2010 une visite au Rwanda, la première après le rétablissement des relations diplomatiques entre ces deux pays fin novembre 2009. Les relations avaient été rompues à l’initiative du Rwanda pour protester contre des mandats d’arrêt lancés par le juge français Jean Louis Bruguière dans le cadre de l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994. Cet attentat avait coûté la vie aux présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi avec leurs suites ainsi qu’à trois membres de l’équipage français de l’avion présidentiel abattu à l’approche de l’aéroport de Kanombe à Kigali. Le juge Jean-Louis Bruguière a conclu que l’attentat est l’œuvre de Kagame et a inculpé 9 personnalités de son régime identifiées comme étant impliquées dans cet attentat.

L’annonce de la reprise des relations diplomatiques permit à Bernard Kouchner de déclarer qu’il avait personnellement beaucoup œuvré pour leur rétablissement, notamment en conseillant au régime rwandais de laisser une des personnes inculpées par le juge Bruguière de se faire arrêter afin de lui permettre d’avoir accès au dossier et pouvoir préparer la riposte. Ce qui fut fait en novembre 2008 dans l’affaire « Rose Kabuye ». Après quelques allers-retours entre Kigali et Paris, elle sera laissée en liberté mais toujours inculpée. Entretemps, elle et ses avocats, mais surtout le régime de Kigali, avaient eu accès au dossier et avaient pu identifier quelques témoins gênants qui avaient déposé chez Bruguière. Ces témoins seront alors harcelés et certains vont se rétracter. Ce fut le cas d’un certain Richard Mugenzi, un opérateur radio qui était affecté à l’écoute des communications civiles des cadres du FPR disséminés dans la région (Ouganda, Burundi, Zaïre). Il avait capté les conversations des cadres civils du FPR qui échangeaient des informations sur l’assassinat du Président Habyarimana. Il fut obligé de revenir sur sa déposition. Il affirme désormais qu’il était opérateur dans le réseau militaire, ce qu’il n’a jamais été, et que le message en clair qui signale la mort de Habyarimana capté au 07 avril 1994 lui fut dicté par le Colonel Nsengiyumva et que donc il ne l’aurait jamais capté. Cette rétractation venant après celle de Ruzibiza, qualifié chaque fois de « témoins-clés », est censée convaincre les plus naïfs et tous ceux qui ne sont pas habitués aux manipulations et mensonges du FPR que le juge Bruguière s’est lourdement égaré en accusant le même FPR actuellement au pouvoir au Rwanda. Entretemps ce « Zaïrwandais » de Mugenzi qui venait de passer des années à errer entre la Tanzanie et l’Ouganda s’est confortablement réinstallé au Rwanda sous l’invitation et la protection du pouvoir du  FPR.

Déblayer le chemin par une propagande soutenue par une machine médiatique bien huilée.

Il y a eu d’abord la publication du fameux rapport "Mutsinzi" qui avait été commandité par Kagame en riposte aux mandats d’arrêts du juge Bruguière. Sa conclusion connue d’avance : « L’attentat est l’œuvre des extrémistes hutu menés par le colonel Bagosora », fut dès novembre 2009, très médiatisée par les journalistes plus connus pour leur militantisme pro-FPR que pour leur professionnalisme : Colette Braeckman, Jean-François Dupaquier, … Ensuite, quelques jours avant la visite au Rwanda de Kouchner, les reportages sur des chaînes de télévision contrôlées par son épouse Christine Okrent comme TV5 et FR 24 ont rivalisé d’ingéniosité pour promouvoir l’image du régime dictatorial de Paul Kagame au Rwanda. Enfin, dans le domaine politico-judiciaire, l’annonce de la création d’un pôle « génocide » au Tribunal de Paris qui centralisera toutes les affaires de génocide et de crimes contre l’humanité, était rendue publique en soulignant que les réfugiés rwandais en France (en fait des opposants réels ou potentiels au régime de Kagame) poursuivis par Kigali seraient éventuellement jugés par cette instance.

Humiliation ou calcul politique ?

Selon la presse, Bernard Kouchner, le Ministre des Affaires étrangères de la France, puissance nucléaire, l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, a été accueilli à Kigali par un fonctionnaire : Rose Kabuye la directrice du protocole. Même le plus humble et moins exigeant des ministres des pays développés ne digérerait pas cet affront. On ne s’imagine pas une seconde Hillary Clinton en visite par exemple au Malawi être accueillie par un petit fonctionnaire. Bernard Kouchner lui ne s’en formalise pas. La pilule pourrait bien passer si ce fonctionnaire n’était pas en plus inculpé par la Justice française pour attentat terroriste. Par contre, Kigali entend faire admettre que les représentants de la France officielle ne doivent pas tenir compte des mandats d’arrêt lancés par ses juges. C’est comme si quand dans les années 90 le juge espagnol Baltazar Garzon avait inculpé le général Pinochet, le Ministre des affaires étrangères d’Espagne se soit rendu en visite au Chili et qu’il aurait été acceuilli à l’aéroport par le même Pinochet !

Essais d’interprétation.

Dans une tentative pour interpréter cette situation apparemment insolite on pourrait avancer plusieurs hypothèses :

  1. On pourrait penser que la France est en déclin et que ses plus hauts représentants l’ont compris et agissent en conséquence. Ils se doivent donc d’avaler toutes les couleuvres même de la part des dictatures bananières.
  2. Il y aurait des intérêts vitaux que la France se doit de défendre en pactisant avec un petit pays sans ressources, qui ne cesse de l’humilier et de la rejeter (bannissement de la langue française) et qui de surcroit est dirigé par «  un des grands criminels des temps modernes encore en vie » comme quelques universitaires ont qualifié Paul Kagame.
  3. Il s’agirait de l’action d’un seul homme mû par son attachement ou amitié personnels au dictateur ou par son « mondialisme » qui on le sait passe avant les intérêts d’ une nation donnée ou alors par les deux.

Quant à nous, nous penchons pour la troisième hypothèse et pensons que cette mascarade prendra fin avec la fin de la carrière diplomatique de Bernard Kouchner.

Emmanuel Neretse.
07/01/2010

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