Quand un couple perdait un enfant, la femme était soumise à un tas de rites destinés à éviter un autre décès éventuel. On pilait des feuilles des arbres sauvages spécifiques. La pâte était donnée à la femme qui allait dans un endroit retiré, se déshabillait et l’enfonçait dans son vagin. Elle la retirait et venait la déposait à la dépouille mortelle de son enfant. Si le cortège funèbre était parti à la tombe, la femme jetait cette pâte dans la direction où la tombe avait été creusée. Elle ne pouvait se livrer à aucune activité avant qu’elle n’ait des relations sexuelles rituelles d’ « éviter la mort » (kumara akanapfu). Elle ne pouvait pas par exemple toucher aux autres enfants car ils risqueraient la mort. Même si elle était allaitante, l’enfant ne pouvait plus téter. Elle ne pouvait pas partager un repas avec qui que ce soit car «elle lui transmettrait la mort ». Cet « acte conjugal plutôt incomplet » et exceptionnel – car l’abstinence était de règle pendant le deuil- était fait directement, sitôt que le cortège funéraire revenait de l’enterrement. Les relations sexuelles avaient lieu sur une vieille natte étendue par terre et non sur le lit conjugal. Si le mari était absent il était remplacé par un des membres de sa famille, comme l’un des frères du mari, l’un des cousins parallèles du mari ou le parrain mythique de la famille. S’il n’y avait pas quelqu’un pour ce rite, la femme prenait des médicaments prévus à cet effet. La natte ayant servi dans la copulation était brûlée et la cendre jetée dans un trou à ordures ou dans une termitière. L’abstinence était alors rigoureusement observée jusqu’à ce que ‘‘la bonne menstruation survienne’’.
Les règles survenues après la mort d’un enfant avaient un nom bien évocateur «amabi » signifiant que ce sang n’était pas bon, et était porteur de malheur. Les relations sexuelles étaient suspendues jusqu’à la venue des autres règles qui devraient cette fois-ci être du «bon sang ». La période d’abstinence étant longue, il arrivait que le mari, en état d’ébriété par exemple, brave ce tabou et se livre aux rapports sexuels avec sa femme. Si par malheur la femme concevait pendant cette période de deuil, l’enfant était dit «enfant de malheur » (umwana w’amabi) ; il était en principe condamné à mort en l’abandonnant dans un endroit désert après sa naissance, pour éviter qu’il ne provoque des malheurs à la famille. Un enfant conçu dans ces conditions, ne saurait être qu’un porte-malheur. Autrefois, on le faisait disparaître, en l’abandonnant dans un marais ou en provoquant l’avortement.
Le rite d’ «éviter la mort » était si important que même une femme divorcée avait l’obligation de rejoindre le père de l’enfant pour une copulation rituelle ; si le couple divorcé s’était remarié chacun de son côté, rien ne pouvait empêcher cette rencontre, car l’omission de cet acte rituel exposerait chacun aux malheurs de toutes sortes. Dans le cas extrême où les retrouvailles ne pouvaient se faire, la femme comme le mari, accomplissait un autre rite consistant à uriner dans un étui fait d’écorce de l’arbuste ikinetenete que l’on jetait ensuite dans un trou creusé entre les rochers en disant : « Voici ta femme », comme si la femme s’adressait à un son ancien mari et l’homme comme s’il s’adressait à son ancienne épouse disait : « Voici ton mari ».
A la mort d’un parent, et directement après l’enterrement, toutes ses filles mariées devaient faire des relations sexuelles rituelles d’ «en terminer pour le parent » (kumarira umubyeyi). Elles avaient pour but de «chasser la mort et la stérilité ». Dans le cas où la fille n’était pas encore mariée, mais qu’elle avait été demandée en mariage, elle était emmenée chez son fiancé. Des cérémonies sommaires de mariage étaient arrangées pour qu’elle puisse avoir des relations sexuelles rituelles à cette occasion. Une jeune fille encore célibataire quittait la maison familiale et allait vivre chez le parrain mystique umuse jusqu’à la fin du deuil. Quant aux garçons et aux petites filles, ils étaient associés aux cérémonies funéraires dans la famille même. Ces relations sexuelles constituent une exception, car l’abstinence était de règle jusqu’à la fin officielle du deuil. Pour un homme qui vient de perdre l’un de ses parents, aucune exception ne lui est permise. Il doit s’abstenir de l’acte sexuel jusqu’à la fin du deuil. Violer cette prescription : « kurya umubyeyi we mubisi : manger son parent encore tout chaud, tout cru », devait, selon la coutume, provoquer la mort ou alors le contrevenant attraperait la lèpre.
Chaque femme avait l’obligation, où qu’elle se trouve, d’observer le deuil pour celui qui l’avait épousé avec la couronne umwishywa, véritable scellé de mariage comme nous l’avons vu. Une période de restriction plus ou moins longue était suivie par des cérémonies de détente dans lesquelles la veuve «était blanchie » (kweza) par un des frères du mari ou à défaut par un autre membre de la famille. Une litanie de cérémonies précédait ce rite : rasage des cheveux, de la barbe, des poils des aisselles, du pubis et de l’anus ; récitation des incantations évoquant les esprits des trépassés et la cérémonie de «vomir la mort » (kuruka urupfu). Le tout baignait dans un climat plutôt de fête qui devait durer toute la journée. C’est au petit matin, au premier chant du coq, qu’avait lieu le kweza. L’homme, muni d’une petite cloche, invitait la veuve au lit et lui faisait l’amour. C’est le rite de «blanchir une veuve ». Quand l’acte sexuel était terminé, l’homme sonnait la cloche et toute l’assistance applaudissait et clamait des cris de joie. Tous les hommes présents à ce moment étaient invités, à tour de rôle, en commençant par le plus âgé, à aller sur le même lit pour des rapports sexuels avec leurs femmes. S’il y avait un homme polygame dans l’assistance, il devait faire l’amour avec toutes ses femmes en commençant par la plus âgée d’entre elles. Chaque homme avant d’inviter sa femme à cette copulation rituelle, devait commencer par lui donner un petit cadeau. Les jeunes gens ayant les poils du pubis recevaient une femme expérimentée pour cette copulation rituelle. Les tous petits enfants recevaient une sorte de «nettoyage » approprié (icyuhagiro).
Cette copulation rituelle souffrait d’une seule exception. Certaines rares femmes, pour des raisons diverses comme la vieillesse, ne pouvaient pas se prêter à cette copulation rituelle. Dans ce cas, on cherchait un homme étranger à la famille. On recueillait ses urines dans un étui de bambou. La veuve les versait sur la chaise et s’asseyait dessus en prononçant des incantations spécifiques. C’était un simulacre des relations sexuelles.
Quand la foudre (inkuba) avait électrocuté une personne dans la famille, ou des animaux domestiques ou détruit une maison, il fallait apaiser son courroux par le rituel dit kugangahura suivi d’un acte sexuel pour conjurer le malheur.
Gaspard Musabyimana
25/01/2010
Pour plus d’informations, procurez-vous le livre : Pratiques et rites sexuels au Rwanda
###google###

