Le meurtre du Père Loupias par Rukara
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Le Révérend Père Loupias fut assassiné à Gahunga, à proximité de la Mis­sion de Rwaza le 1er avril 1910, par le muhutu Rukara. Le meurtrier devait pourtant la liberté et même la vie aux Pères Blancs.

Quatre années auparavant, Rukara, mugaragu du Mwami, qui con mandait la colline Gahunga, avait été convoqué par Musinga à Nyanza où il fut gardé à vue, le Mwami le soupçonnant à tort ou à raison de vouloir le trahir.

Certains pensent que c’est le Père Loupias lui-même, de passage à Nyanza, qui aurait sauvé Rukara. Sur, les prières de celui-ci, il aurait intercédé en sa faveur auprès du Mwami, afin qu’il puisse le guider sur le chemin du Mulera. A contre cœur Musinga aurait donné satisfaction au Père Loupias, qui ne se doutait pas à ce moment qu’il venait d’attacher à sa personne, celui-là même qui allait devenir son assassin, quelques années plus tard.

Une autre version rapporte que Rukara, fut sauvé par l’intervention du Père Classe et du Père Dufays en août 1907, lors de leur passage à Nyanza.

Rukara devait être mis à mort pour insulte à Nyirayuhi, mère de Musinga. Les Révérends Pères persuadèrent le Docteur Czekanowsky, qui faisait partie de la mission du Duc de Mecklembourg, que seul Rukara, pouvait conduire et guider cette mission chez les Batwa de la forêt de Mulera et de Kise­nyi. Musinga dut abandonner son projet de mettre à mort Rukara et le mit à la disposition du Duc de Mecklembourg.

Quoiqu’il en soit, il parait certain que Rukara dut la vie à l’intervention des Pères Blancs.

La mort du Père Loupias donna lieu également à deux interprétations différentes.

D’après le récit des témoins indigènes, le Père Loupias trouva la mort au cours d’une altercation, qui suivit le prononcé d’une décision judiciaire qu’il avait rendue, dans la cause de Ruhanga et Sebayange, contre Rukara qui les avait dépouillés de leur bétail.

A cette époque, par suite de l’absence de tout représentant du Gouvernement allemand au Mulera, il était courant que les Missionnaires intervinsent dans les contestations qui leur étaient soumises. Aussi, lorsque Ruhanga et Sebayange, vinrent déposer plainte à la mission des Pères Blancs de Rwaza, contre Rukara, le Père Loupias profita-t-il de son premier passage à Gahunga pour faire appeler Rukara. Après avoir écouté toute la palabre Rukara-Ruhanga-Sebayange, le Père Loupias donna gain de cause aux deux derniers. Il ordonna alors de faire venir le bétail, mais Rukara refusa de s’exécuter. Les indigènes qui l’accompagnaient étaient fort montés, et comme toujours avec les Balera, il y eut un échange de gros mots. A un moment donné Rukara menaça Ruhanga et les gens de celui-ci. Le Père Loupias intervint à nouveau et voulut calmer Rukara; au cours de la discussion il le bouscula et le fit tomber. Les gens de la famille de Rukara se jetèrent alors sur le Père Loupias, et le nommé Manuka, usant du bouclier qu’il tenait à la main, lui porta un coup au visage. Le Père Loupias chut à son tour, et au même moment, reçut un coup de lance à la tête et un autre coup de lance au côté. Le chrétien Paul Bikotwa, qui tenait le fusil du Père Loupias tenta de défendre celui-ci, mais ne sachant pas se servir de cette arme, ne parvint qu’à tirer un coup en l’air, ce qui fit fuir les gens de Rukara.

Dans l’opinion des Pères de la Mission de Rwaza au contraire, Rukara tua le Père Loupias, non parce qu’il lui avait donné tort dans une palabre avec Ruhanga, mais parce que Rukara croyait que le Père Loupias, était venu à Gahunga, dans le but de le faire arrêter par les Batutsi qui l’accompagnaient et de le livrer à Musinga, qui n’avait pas oublié qu’il avait condamné Rukara à mort.

Après le meurtre du Révérend Père Loupias, les Allemands aidés des Batutsi du Nduga; firent une expédition militaire à Gahunga, tuant quelques bahutu et incendiant quelques «ingo», mais Rukara parvint à prendre la fuite et se réfugia dans le Bufumbira. Par après, il rejoignit Ndungutse dans le Buberuka, et fit partie de sa bande de révoltés. Mais, Ndungutse, tenait à ménager les Allemands et les Missionnaires et voulait montrer qu’il était en révolte contre le Mwami Musinga et non contre les Européens. Il fit livrer Rukara aux Allemands. Rukara fut jugé et condamné à être pendu à Ruhengeri. Au moment où on le conduisait à la potence, et bien qu’ayant les mains liées, il parvint à se saisir de la baïonnette d’un gradé indigène qui le précédait et à la lui planter entre les deux épaules.

 

[Tiré de "Histoire et chronologie du Ruanda", Kabgayi, 1956, pp.140-142].

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