CLIIR : Halte aux agressions contre les opposants politiques au Rwanda
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Mémorandum n°6/2010 adressé au Gouvernement et aux parlementaires britanniques,  aux gouvernements américains et belges sur les agressions physiques, les harcèlements, les emprisonnements et les persécutions dirigés contre les opposants politiques du Rwanda.

En tant que rescapés des génocides et des massacres perpétrés au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC), nous demandons l’intervention des gouvernements britannique, américain, belge et leurs alliés occidentaux pour faire libérer les nombreux prisonniers politiques détenus dans les prisons du Rwanda.
Considérant que le Rwanda se comporte comme une colonie britannique déguisée, ce petit pays, dont le régime ne respecte aucune des valeurs démocratiques prônées par le Commonwealth, a été admis dans cette communauté qui regroupe 54 pays dont 52 sont des anciennes colonies britanniques.C’est pourquoi nous avons planifié 24 manifestations pour interpeller tous les 15 jours le gouvernement britannique et ses principaux alliés dont les Etats-Unis d’Amérique (USA) et la Belgique.
Considérant la situation sociopolitique qui prévaut au Rwanda, nous demandons 
aux gouvernements britannique, américain et belge d’exiger le respect de la démocratie, des opposants politiques et des droits humains par le régime du président rwandais, le Général Paul Kagame.

Dans ce sixième mémorandum du 24/03/2010, nous demandons l’intervention des dits gouvernements britannique, américain et belge pour :

–          Exiger une véritable ouverture démocratique, le respect des droits humains et des libertés publiques ainsi que le respect des opposants politiques en prison ou en liberté.
–         
Exiger la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques ;
–         
Imposer d’urgence le dialogue entre le président Paul Kagame et ses opposants politiques. Et cela avant les élections présidentielles prévues en août 2010 ;
–         
Exiger du président Paul Kagame l’exécution des 40 mandats d’arrêt délivrés par le juge espagnol Fernando Merelles ainsi que les 9 mandats d’arrêt délivrés par le juge antiterroriste français, Jean Louis Bruguière ;
–         
Exiger la suspension des tribunaux Gacaca qui constitue une véritable arme de destruction massive pour emprisonner arbitrairement, détruire les familles Hutues et ruiner des citoyens innocents et victimes des complots judiciaires. Nous saisissons cette occasion pour dénoncer la mise en place d’une véritable « Industrie du génocide rwandais » qui enrichit une poignée d’individus cupides à travers les Gacaca.
–         
Imposer immédiatement la mise en place d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation pour qualifier tous les crimes commis au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC). Cette commission favorisera l’éradication de la culture du mensonge imposée au peuple rwandais comme un nouveau « mode de vie ». L’art de mentir est devenu un véritable métier, un véritable business.

L’intervention des gouvernements britannique, américain et belge pourrait débloquer l’impasse politique caractérisée par les situations inacceptables et les événements qui suivent :

L’interdiction de circuler de Madame Victoire Ingabire et le refus d’enregistrer son parti politique : Les Forces Démocratiques Unifiées (FDU) :

Mardi le 23 mars 2010, Madame Victoire Ingabire Umuhoza, présidente des Forces Démocratiques Unifiées (FDU) et candidate aux élections présidentielles prévues en août 2010 au Rwanda, a été arrêtée et empêchée de prendre l’avion à l’aéroport de Kigali par la police rwandaise. Elle n’était ni sous le coup d’un mandat d’arrêt ni en résidence surveillée. Comme toute citoyenne libre, elle voulait se rendre en Hollande pour visiter sa famille qu’elle a laissée dans ce pays. La police a trouvé un prétexte ridicule selon lequel elle était convoquée par la police le mercredi 24 mars 2010. Or elle ne connaissait pas l’existence d’une telle convocation et elle avait préparé son voyage normalement. Donc, elle n’a pas pu prendre son avion et semble se trouver en situation de « prisonnière politique » déguisée. Il y a quelques jours, les autorités rwandaises avaient déclaré qu’elle ne pouvait pas faire enregistrer son parti politique FDU sous prétexte qu’elle était accusée de « négationnisme ». Le régime de Paul Kagame lui a collé ce délit le premier jour de son arrivée au Rwanda le 16/01/2010. Parce qu’elle a osé prononcer deux discours qui ont remis en cause les politiques de discrimination et d’exclusion ethnique qui caractérisent le régime rwandais.

La destitution de Maître Ntaganda, président du PS Imberakuri :

Mercredi le 17 mars 2010, Monsieur Bernard Ntaganda, président du Parti Social Imberakuri, a été destitué par un faux congrès complètement organisé et financé par le Front Patriotique Rwandais (FPR), parti au pouvoir présidé également par l’actuel chef de l’Etat, le général Paul Kagame. La Vice-présidente de ce parti a été kidnappée à son domicile à Kibungo et conduite de force à Kigali où elle a été forcée de participer à ce faux congrès monté par le FPR. L’objectif principal de ce faux congrès était la destitution du président légal et reconnu de ce parti. Plusieurs autres membres du Comité directeur de ce parti ont été également sollicités pour s’impliquer dans ce faux congrès mais ils ont tenu tête et on refusé de collaborer à la destruction de leur parti politique.

Madame Christine Mukabonane, vice-présidente kidnappée et forcée de collaborer, est devenue la nouvelle présidente du Parti Social Imberakuri. Elle est assistée par un comité de deux personnes suivantes : Noël Hakizimfura et Augustin Niyitegeka. C’est à ce trio que le FPR a confié la honteuse mission de détruire le Parti Social Imberakuri.

Jeudi le 18 mars 2010, Monsieur Bernard Ntaganda a dénoncé et rejeté cette destitution. Il a fait savoir que les émissaires du FPR sont allés « louer » des badauds et des personnes désœuvrées dans les marchés et dans les rues de Kigali. Ce sont ces personnes qui sont venues « jouer aux figurants politiques » dans le faux congrès attribué au Parti Social Imberakuri.

Peu après, les autorités rwandaises, qui semblaient avoir un agenda caché, ont promis, dans les médias, de régler les problèmes posés par cette destitution illégale et inacceptable.

L’emprisonnement arbitraire de M. Déogratias Mushayidi, président du PDP :

Le 5 mars 2010, Monsieur Déogratias Mushayidi, président du Pacte de Défense du Peuple (PDP-Imanzi) a été kidnappé à Bujumbura au Burundi et déporté à Kigali au Rwanda. Le régime du FPR l’avait d’abord accusé d’être impliqué dans les attaques à la grenade survenues au Rwanda depuis quelques semaines. Il a été inculpé et incarcéré à la prison centrale de Kigali. Or nous constatons que tous les prétextes sont bons pour le régime dictatorial du général Paul Kagame, président du Rwanda, pour se débarrasser de ses opposants politiques réels ou supposés.

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Depuis son kidnapping du 05/03/2010 jusqu’au lundi 15/03/2010, M. Mushayidi a été détenu dans un lieu tenu secret par la police rwandaise. Les autorités rwandaises avaient interdit à ses avocats de le rencontrer alors que le droit à un avocat est consacré par la constitution rwandaise. Ses avocats ont dû écrire une lettre de réclamation datée du jeudi 11/03/2010 et qu’ils ont déposée vendredi 12/03/2010. Suite à cette pression des avocats et des organisations des droits humains, ses avocats ont été autorisés à le rencontrer mardi 16/03/2010.

Jeudi 18/03/2010, Déo Mushayidi a été présenté au tribunal de première instance de Kigali. Les principaux chefs d’accusation retenus contre lui sont les suivants :

– Atteinte à la sécurité de l’Etat et association des malfaiteurs visant à renverser le régime.
– Délit de « divisionnisme » et « idéologie génocidaire » ;
– Usage de faux papiers bien que utilisés à l’étranger.
– Délit d’avoir collaboré et signé des accords avec les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) considérées comme un mouvement « terroriste ».
Délit d’avoir accusé le président Paul Kagame comme commanditaire de l’attentat terroriste aérien du 6/04/1994 qui a tué deux présidents Hutus en exercice (celui du Rwanda Juvénal Habyarimana et celui du Burundi Cyprien Ntaryamira).

Toutes ces accusations constituent pourtant les droits civils et politiques de tout citoyen qui se déclare comme un opposant politique. C’est le cas de M. Déogratias Mushayidi.

M. Mushayidi est un des rares rescapés tutsis qui a osé rompre avec le FPR (Front Patriotique Rwandais) dont il a dénoncé les crimes, la corruption et les dérives antidémocratiques depuis juin 1995.

Les gouvernements britannique, américain et belge devraient intervenir pour faire libérer les opposants politiques suivants:

Nous demandons également l’intervention des gouvernements britannique, américain et belge pour faire libérer d’autres opposants politiques qui croupissent dans les prisons mouroirs du Rwanda. Il s’agit entre autres de :

Monsieur Déogratias Mushayidi, président du Pacte de Défense du Peuple (PDP-Imanzi) kidnappé le 5/03/2010 à Bujumbura au Burundi et déporté à Kigali au Rwanda.

Monsieur Joseph Ntawangundi, assistant de Mme Victoire Ingabire Umuhoza. Il a été arrêté le samedi 6 février 2010 et emprisonné depuis, sous prétexte qu’il aurait été condamné par contumace à 19 ans de prison par un tribunal Gacaca.

Dr Théoneste Niyitegeka a été condamné le 5 février 2008 à 15 ans de prison comme l’ancien président Pasteur Bizimungu. Il a été incarcéré dans la prison de Gitarama. Ancien candidat à la présidence de la République lors des élections de 2003 contre Kagame, le Dr.Niyitegeka Théoneste avait été acquitté par la juridiction Gacaca de Gihuma (Gitarama) en première instance en date du 30/10/2007. Mais il a été neutralisé et incarcéré le 05/02/2008.

Monsieur Charles Ntakirutinka, condamné à 10 ans de prison dans le même procès que Pasteur Bizimungu (gracié par le président Paul Kagame le 6 avril 2008).

Conclusions :

Depuis son arrivée au pouvoir au Rwanda, le président Paul Kagame n’a jamais cessé d’anéantir tous les opposants politiques. Il a banni toute critique d’où qu’elle vienne. Il a construit un Etat policier dont les services de sécurité sont impliqués dans de nombreux crimes politiques et crapuleux. Il a surtout écarté et fait assassiner ou emprisonner toute personne considérée comme un opposant réel ou supposé. Rappelons l’analyse faite en 2003 par une spécialiste française de l’Afrique centrale, Madame Claudine Vidal, à ce sujet : « Ce travail méthodique d’étouffement de l’opposition a été complété par la mise au pas des journaux indépendants, l’emprisonnement de journalistes et de diatribes violentes à l’encontre des organisations de défense des droits de l’homme, accusées, elle aussi, de favoriser le « divisionnisme » Aussi répressives soient-elles, ces pratiques se déroulent au grand jour et font l’objet de force discours qui les légitiment. D’autres sont plus silencieuses : les arrestations, suivies de mises au secret, les « disparitions » inexpliquées de personnalités très connues et moins connues, les assassinats, tandis que prennent la fuite ceux qui craignent de voir venir leur tour. L’atmosphère de terreur qui en découle achève de briser les velléités de résistance publique, d’autant plus que le président Paul Kagame a menacé, fin mars (2003), de « blesser » les « divisionnistes ». Personne, au Rwanda, ne pense qu’il s’agit là de vaines paroles. (Claudine Vidal in le Nouvel Observateur n°2015 du 19 au 25 juin 2003).

Le 31/03/2003, dans son discours de Bwisige (à Byumba, au nord-est Rwanda), le président Kagame menaçait de « gusya » c’est-à-dire « réduire en poudre » et de « gukomeretsa » c’est-à-dire « blesser » ses opposants (qualifiés de divisionnistes comme d’habitude). Il a proclamé publiquement son opposition contre toute critique et surtout sa colère contre ses opposants réels ou supposés qui fuient le Rwanda pour sauver leur peau. En effet, son ancien ministre de la Défense, le général Emmanuel Habyarimana et le Colonel Balthazar Ndengeyinka (député du FPR) venaient de s’exiler en Uganda d’où ils ont rejoint la Suisse en Europe. Depuis cette époque plusieurs opposants politiques ont été enlevés à Kigali et portés disparus. Il s’agit entre autres de :

– Le 07/04/2003, le Docteur Léonard Hitimana, député et membre du bureau politique du MDR (Mouvement Démocratique Républicain) a été enlevé et porté disparu à Kigali. Il devait défendre le lendemain son parti politique au Parlement. Il a disparu avec tous les documents et matériels informatiques que ses collègues avait préparé à cet effet.

– Le 23/04/2003, le regretté Lieutenant Colonel Augustin Cyiza, ancien président de la Cour de Cassation fut porté disparu à Kigali. Il avait été reçu par le président Paul Kagame une semaine plutôt et ils s’étaient disputés.

Les deux personnalités très connues dans la capitale rwandaise sont portés disparus jusqu’à ce jour. Pour Augustin Cyiza, un livre lui a été dédié et raconte comment il fut capturé.

Recommandations :

Nous recommandons instamment aux autorités rwandaises de :

–          Libérer immédiatement et sans conditions tous les autres prisonniers politiques oubliés dans les prisons mouroirs du Rwanda tels que : Monsieur Runyinya Barabwiriza, Cyubahiro Ambroise et Eugène Ngabwa (deux hommes condamnés arbitrairement par les Gacaca parce qu’ils sont des descendants de deux anciens bourgmestres Hutu), Sénateur Elisée Bisengimana, Député Béatrice Nirere, etc. Plusieurs autres députés et sénateurs, condamnés arbitrairement par les tribunaux Gacaca, doivent être libérés également, car ils sont considérés comme des prisonniers d’opinion.
–         
Garantir à tous les rwandais, sans exception, la liberté d’expression et d’association ;

Nous demandons à la Grande Bretagne et à ses alliés de l’Union Européenne et aux USA d’exercer des pressions pour faire libérer tous les prisonniers politiques et de conditionner l’aide financière et toute coopération au respect des droits humains par le régime rwandais. La Grande Bretagne, la Belgique et les USA doivent jouer un grand rôle dans la libération de tous les opposants politiques condamnés et/ou détenus arbitrairement au Rwanda.

Nous insistons auprès de toutes les organisations internationales des droits humains afin qu’elles s’efforcer d’exiger la libération de tous les opposants politiques rwandais qui croupissent dans les prisons mouroirs du Rwanda. Nous proposons à Amnesty International et Human Rights Watch d’adopter comme des prisonniers d’opinion tous les opposants politiques rwandais emprisonnés au Rwanda.

Nous demandons à la population rwandaise de ne pas céder à la terreur de la junte militaire qui l’opprime et de résister à toutes les manipulations du pouvoir visant à consolider le terrorisme d’Etat et à institutionnaliser la délation au plus haut niveau de l’Etat rwandais.

Fait à Bruxelles, le 24 mars 2010.

Pour les organisateurs de la Manifestation, Matata Joseph, Coordinateur du CLIIR.

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Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR)
Boulevard Léopold II, n°227

1080 BRUXELLES
Tél/Fax : 0032.81.60.11.13
GSM: 0032.476.70.15.69
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