Rwanda : Comment le général Paul Kagame entend la « démocratie ».
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A cent jours des élections présidentielles prévues en août 2010, Paul Kagame déjà plus que sûr d’être réélu, s’emploie à ce qu’il puisse, le moment venu, se proclamer « élu avec 100% des suffrages exprimés ». Loin de s’émouvoir face à cette dictature ubuesque et d’un autre âge qui a pris racine au coeur de l’Afrique, la Communauté Internationale semble s’en accomoder et même l’encourager au mépris de la dignité et des droits élémentaires du peuple rwandais victime d’un totalitarisme rarement égalé ailleurs.

L’opposition est non autorisée

Pour Paul Kagame et son parti le FPR, aucune sorte d’opposition n’a le droit d’exister au Rwanda. Le principal parti d’opposition formé à l’etranger et qui tentait de s’insaller au pays l’a appris à ses dépens. Le parti FDU-Inkingi de Madame Victoire Ingabire ne sera de toute évidence pas encore enregistré quand se tiendront ces élections. Candidate déclarée de son parti, Madame Victoire Ingabire est , en effet inculpée de crimes aussi graves qu’imaginaires et est assignée à résidence à Kigali.

D’autres rares partis d’opposition déclarés sont soit harcelés et brisés par les services du parti-Etat qu’est le FPR (cas du parti PS-Imberakuri de Me Bernard Ntaganda), ou tout simplement interdits d’exister ( cas du Green Party de Frank Habineza).

La presse est baillônnée et seules les voix qui chantent les louanges du FPR et de Paul Kagame ont droit au chapitre. Ainsi deux journaux indépendants, Umuseso et Umuvugizi, viennent d’être suspendus pour avoir publié des articles jugés critiques au régime.

Les organisations de défense des droits de l’homme dès lors qu’elles osent pointer du doigt les violations flagrantes des droits de l’homme que commet chaque jour le régime de Paul Kagame, sont tout de suite interdites d’opérer au Rwanda. Dernièrement Human  Rights Watch en a fait les frais et sa représentante au Rwanda s’est vue refuser le renouvellement de son visa pour avoir publié un rapport critique sur le régime.

La Commission Electorale que l’on pourrait en réalité qualifier de « cabinet bis du président Kagame » redouble d’efforts pour assurer au Chef les 100% de voix qu’il exige. Les membres de cette commission sont des militants fanatiques du seul FPR au pouvoir et leurs tournées dans le pays s’apparentent plutôt aux meetings politiques pour la campange du candidat Paul Kagame, que des séances d’explication de leur travail.

De même, le FPR et Paul Kagame lui-même sont en campagne avant l’heure, alors même qu’ils n’ont aucun challenger en face. Les séances dites « Ingando » ou autres initiations dans les « Intore » sont destinées à inculquer l’idéologie du FPR et l’adoration de son guide Paul Kagame.

Les petits partis-satellites du FPR à qui il distribue des miettes de son pouvoir en sont eux-même arrivés à ne plus savoir quoi faire en de telles circonstances tant que le chef n’a encore rien dit. Comble d’ironie, c’est le FPR lui-même qui doit leur donner l’ordre de trouver en leur sein un candidat qui sera présenté contre Kagame pour qu’il ne soit pas « candidat unique ».

Obsession : mettre Victoire Ingabire « hors jeu »

Paul Kagame a beau avoir déclaré que ce bout de femme ne l’empêchait pas de dormir, les faits tendent à démontrer le contraire. Dès  son arrivée à Kigali le 16 janvier 2010, Victoire Ingabire a été victime des tirs groupés de la presse, de la police et de la classe politique rwandaise. Pour la discréditer, on l’accusa de « révisionnisme et de véhiculer l’idéologie du génocide ». Ces accusations passe-partout  sont difficiles à  réfuter tout comme le régime n’est pas tenu à les prouver et constituent une arme secrète du FPR. C’est en voulant enfoncer le clou que le pouvoir de Paul Kagame a tenu à accuser Victoire Ingabire de « collusion avec un groupe terroriste ». L’inconsistance des accusations et leur caractère politique ont alors apparu au grand jour.

Il fut d’abord question que Victoire Ingabire aurait  rencontré certains éléments des FDLR en Espagne. Ce que le pouvoir tend à présenter comme un crime. Mais, il est apparu que cette rencontre avait été organisée par une ONG espagnole qui avait invité non seulement les FDLR et Mme Ingabire mais aussi des membres du FPR. Dans ces conditions, on comprend mal comment le fait d’être invité dans une même rencontre suffit à prouver les liens politiques entre invités.  Ne tenant pas compte des contradictions , les accusateurs ont changé leurs fusils d’épaule et ont affirmé que Victoire Ingabire est allée débaucher les combattants des FDLR pour les recruter dans son mouvement armé en création. Hier accusée de collaboration avec le FDLR, la voilà aujourd’hui accusée de les détruire. Les services secrets du régime auraient identifié le mouvement armé de Vicoire Ingabire et auraient même récemment arrêté ses complices dont ils ont publié les noms et grades.

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Le hic est que deux des officiers cités qui sont supposés avoir été arrêtés au Burundi dans la foulée de l’inculpation de Victoire Ingabire ont un parcours bien documenté mais en tout cas pas de nature à prouver qu’ils auraient croisé Victoire Ingabire. Même la trop célèbre Rakiya Omar, qui se présente comme « Consultant to the Rwanda Demolilisation and Reintegration Commission », dans son rapport de décembre 2008[1] ne vient pas au secours de l’accusation du Procureur. En effet, Rakiya Omar nous apprend à la page 18 dudit rapport que le lieutenant Colonel Tharcisse Nditurende alias Hussein, avait déserté les FDLR dès août 2008. De même le lieutenant Colonel Noël Habiyakare alias Frank cité par Rakiya Omar à la page 201 de son rapport comme vivant en Zambie depuis 2007 a été arrêté au Burundi en septembre 2009 bien avant le retour de Victoire Ingabire au Rwanda. Il est difficilement croyable que ces officiers déserteurs, en cavale dans l’Est de la RDC, aient eu des facilités pour se rendre à plusieurs reprises à Kinshasa pour y rencontre Victoire Ingabire comme l’affirme l’accusation. Sans nous substituer aux avocats de la défense, nous sommes sûrs que ce montage des services secrets rwandais est facilement destructible. Il suffit de contre-interroger ces malheureux ex-combattants qui  n’ont peut-être jamais mis les pieds à Kinshasa.

Maintenant Victoire Ingabire est donc hors jeu pour les élections d’août 2010 : elle doit se dépêtrer dans le dossier judiciaire sans savoir quand son procès aura lieu et s’il a lieu, si elle ne sera pas condamnée à de lourdes peines. Entretemps, les élections auront eu lieu et Kagame élu pour un nouveau mandat de sept ans.

Mépris du peuple rwandais ou complice du dictateur ?

Au moment où l’un des régimes les plus totalitaires au monde étale ses fantasmes au Rwanda à la veille des élections, le silence assourdissant de la presse internationale (les grands médias faiseurs d’opinion) et l’absence de condamnation de la Communauté Internationale sont étonnants. Pire encore, certaines prises de position sont clairement  choquantes voire insultantes envers le peuple rwandais. Tel est le cas de l’Union Européenne qui, non seulement va financer la réélection de Paul Kagame avec un score de 100% de suffrages, mais n’a pas jugé bon d’envoyer des observateurs avec comme prétexte que « tout va bien dans ce pays contrairement au Burundi ou en RDC ». D’après les décideurs européens, les Burundais ont droit à la démocratie et on doit les accompagner, les Congolais de même, mais les Rwandais sont condamnés à subir la dictature obsurantiste d’un certain Paul Kagame qu’ils ont ramené de l’Ouganda pour l’installer au pouvoir au Rwanda en 1994. C’est non seulement méprisant mais lourd de conséquence.

Emmanuel Neretse

27/04/2010


[1] Rakiya Omar, Consultant to the Rwanda Demmobilisation and Reintegration Commission, The Leadership of Rwanda Armed Groups Abroad witht a Focus on the FDLR and RUD/Urunana, december 2008.

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