La sexualité dans les proverbes (Partie I)
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Rubrique : Culture
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Publié le 11 Mai 2010 par Gaspard Musabyimana

¨Abakingiranye ingabo ntibakingirana inyegamo.

« Ceux qui se sont protégés l’un l’autre de leur bouclier ne ferment pas l’entrée du lit. On ne refuse rien à un ami intime. L’entrée du lit est fermée par une sorte de fine vannerie appelée inyegamo. Le proverbe fait allusion à la liberté sexuelle reconnue par la tradition entre un homme et la femme de son intime ».

Commentaire :Le proverbe fait allusion au phénomène d’échange de femmes (guhana ingo) entre deux amis intimes.

¨Abasobetse imisumbi ntibaba bagihishanye amabya*.

« Ceux qui s’entrecroisent les pubis, ne peuvent plus se cacher les testicules ».

Commentaire : Une des méthodes de faire l’amour chez les Rwandais était de s’asseoir sur une natte, face à face, en croisant les jambes et en se rapprochant pour un contact facile des sexes (kwicaza), jusque même au contact des pubis.

¨Akaboro gato karuta amabya masa.

« Un pénis minuscule vaut mieux que les testicules seuls. Faute de grives on mange les merles. (Le proverbe a une variante ‘‘akaboro gato karuta agatsinsino* : un petit pénis vaut mieux qu’un talon du pied’’) ».

Commentaire : Dans la tradition rwandaise on trouve des anecdotes où la femme quittait son mari quand celui-ci n’avait plus de pénis suite soit à une maladie, soit à un autre accident quelconque. Un homme malade se serait vu amputé de son pénis. La femme qui était à son chevet se serait alors écriée  : ‘‘Ndagiye kuko uwo nari ndwaje yahuhutse = je m’en vais car le malade sur lequel je veillais vient de décéder’’. Autrement dit, l’homme sans son pénis est un homme mort.

¨Akabuno karusha isuka guca inshuro

« Le derrière vaut mieux que la houe pour gagner la pitance. La débauche profite plus que le travail ».

Commentaire : C’est surtout à la cour royale que les scènes de séduction avaient des effets. Les femmes n’épargnaient rien pour rentrer dans les faveurs d’un tel ou tel grand chef, bras droit du roi, ou pour lui soutirer des informations pour le compte du roi.

¨Akabuno ntigasa n’akakabyara gasa n’ako birarana.

« Le derrière ne ressemble pas à celui qui l’engendre, il ressemble à celui avec lequel il couche. Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es ».

Commentaire : Dans l’ancien Rwanda, il était de règle générale que le couple se couche nu.

¨Amata y’umukobwa aba imbere

« Le lait de la fille se trouve à son devant (i.e à son sexe). Une fille qui ne trouve pas à se marier est vouée à la misère. Le lait symbolise la prospérité ».

Commentaire: La fille considérait, à juste titre,  son sexe comme quelque chose de précieux qu’il fallait entretenir et offrir au futur mari.

¨Amenyo amerera ku majigo, inkoni igashibuka ku gishyitsi, imishino igashibuka kuri rugongo*

« Les dents poussent sur les maxillaires, le bâton pousse sur le tronc d’arbre, les nymphes poussent sur le clitoris. Qui se ressemble s’assemble ».

Commentaire : Les nymphes et le clitoris étaient étirés ‘‘pour les faire pousser’’.

¨Babona zireresa amabya bakagira ngo zimya zose*

« Les taureaux, malgré leurs testicules qui pendent, ne sont pas tous à même de monter les vaches. Une chose est d’avoir des moyens, une autre est savoir s’en servir ».

Commentaire : Allusion faite aux impuissants : ils ont tous les organes génitaux, pénis et testicules, mais ils sont incapables de faire des relations sexuelles.

¨Barihima ba Mujyanama yasanze bamwendera umugore yica imboro*.

« Barihima, fils de Mujyanama, ayant surpris sa femme en flagrant délit d’adultère, s’est coupé le pénis. Se dit de quelqu’un qui, dans un état de courroux, pose un geste qui lui fait du tort ».

Commentaire : Dans le cas précis, l’homme pouvait bien répudier sa femme, par le biais de gusenda, et se chercher une nouvelle épouse.

Le proverbe montre néanmoins à quel point l’homme était peiné par l’adultère de sa femme.

¨Ibuguma y’umushino imira imikangara y’imboro eshanu*

« La petite lèvre vulvaire expérimentée peut engloutir cinq verges. Rien ne vaut l’expérience ».

Commentaire : La femme mariée avait un sexe plus développée que celui d’une jeune fille.

¨Ijambo libi likura imboro mu gituba

Une parole méchante sort le pénis du vagin. Un seul petit mot blessant peut rompre une profonde amitié ».

Commentaire : Sauf cas de force majeur, une fois que le pénis est enfoncé dans le vagin, l’acte sexuel ne peut être interrompu qu’après l’éjaculation.

¨Ikibya cy’undi kirakandika*

« La grosse testicule de l’autre est facile à comprimer. On est souvent content du malheur d’autrui ».

Commentaire : Les testicules sont signe de virilité. Lors des expéditions guerrières dans l’ancien Rwanda, le vainqueur coupait les testicules (amashahu) du vaincu et les ramenait à la cour royale pour prouver sa victoire sur son ennemi.

Lors de certaines disputes, le faible tirait ou comprimait les testicules de son agresseur pour le neutraliser.(yamusoromye : il l’a cueilli ; l’mage est celle de quelqu’un qui cueille un fruit, en l’enlevant de son arbre). Certaines femmes recouraient à cette technique pour se défendre contre un mari trop violent. La clameur publique condamnait sévèrement une telle femme dont on disait également qu’elle avait trait [tiré les testicules de] son mari’’ (yakamye umugabo we). La femme n’avait plus de chance de se remarier tellement le geste était désapprouvé par la société entière.

Le proverbe ‘‘uko umugabo aguye si ko amabya ameneka’’ et qui se traduit par :‘‘Comme un homme tombe, ce n’est pas ainsi que ses testicules s’écrasent, signifie :’’Etre en danger ne veut pas dire y passer’’. Il montre l’importance des testicules chez l’homme et de leur très grande fragilité.

¨Imfizi icugita iby’isi ni Rugaju rwa Birahinduka

« Le taureau qui caresse  les choses de la terre c’est Le Roux, fis de ça-change. La fortune est versatile. Le Roux est le nom du taureau à robe rousse. Birahinduka est le nom fictif du versatile ».

Gaspard Musabyimana
11/05/2010

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[1]Hormis ceux qui munis d’un astérisque , tous les proverbes et leurs traductions sont tirés de : Crépeau et Bizimana, Proverbes du Rwanda, Tervuren, Museé Royal de l’Afrique Centrale, 1979. Leurs commentaires sont de l’auteur

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