Éphémérides Grands-Lacs – Semaine du 31 mai au 6 juin 2010
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RDC

En RDC, l’événement de la semaine a concerné la mort dans des conditions non élucidées d’un des plus anciens défenseurs des droits humains en RDC, Floribert Chebeya, ainsi que la disparition de son chauffeur : un commandant de la police de Kinshasa parle d’un meurtre sans plus de précisions. Cette disparition a entraîné un émoi non seulement parmi les ONG congolaises, mais au sein de toute la « communauté internationale ».

Alors que le gouvernement congolais émet ses « regrets », le ministre belge des Affaires Etrangères s’est dit choqué et demande une commission d’enquête approfondie, tandis que la Haute Commissaire aux droits de l’homme s’inquiète de la tendance croissante à l’intimidation et aux harcèlements à l’encontre des défenseurs des droits humains.

L’Union européenne, les Etats-Unis, plus de 50 ONG congolaises, Human Rights Watch et Amnesty International demandent aussi une enquête impartiale et avant tout une autopsie du corps qui a peut-être été l’objet d’un maquillage pour faire croire à une affaire de mœurs, tandis que le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires de l’ONU évoque une éventuelle participation gouvernementale à ce meurtre.

En fin de semaine, le ministre de la Justice annonçait que le chef de la police, John Numbi, un proche du président Kabila avec qui Chebeya devait avoir un rendez-vous, avait été préventivement suspendu de ses fonctions « pour que l’enquête puisse s’effectuer en toute sérénité » : plusieurs officiers étaient arrêtés, dont le chef des services spéciaux qui a mis en cause le patron de la police lequel aurait été finalement placé en résidence surveillée.

Dans le domaine de la sécurité, les affrontements armés et les exactions se poursuivent au Kivu. Au Sud-Kivu, où les creuseurs artisanaux s’organisent contre les tracasseries de tous les hommes armés, une brigade du Sud-Kivu est accusée de réquisitionner de force les civils pour le transport tandis que des militaires continuent à ériger des péages en territoire de Kabare.

Par ailleurs, des combattants FDLR menacent les populations de pillage si elles ne leur versent pas leur ration quotidienne et un ex-colonel Maï-Maï effectuent des recrutements de jeunes pour sa bande armée.

Des embuscades de « coupeurs de route » continuent à se produire à une vingtaine de km de Bukavu, tandis que des affrontements ont eu lieu entre milices Maï-Maï et FARDC en territoire de Shabunda où les ressortissants de ce territoire réclament la neutralisation d’un chef de guerre Maï-Maï qu’ils accusent d’entretenir la terreur.

Au Nord Kivu, 500 Maï-Maï qui attendaient leur intégration dans les FARDC se sont soulevés à Walikale et des affrontements ont eu lieu entre les FARDC et les FDLR dans plusieurs villages du Masisi et à une quarantaine de km de Goma où des affrontements se sont produits entre la police et de faux agents de la cellule de renseignement financier.

Par ailleurs, les responsables du CNDP, qui invoquent toujours le non-respect des accords, réfutent les accusations portées contre eux et selon lesquelles le CNDP aurait créé un centre de formation, continuerait à recruter et maintiendrait une administration parallèle dans les territoires de Rutshuru et de Masisi.

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Enfin, en Ituri, où la MONUC déclare vouloir renforcer ces effectifs pour démanteler les milices encore actives, l’armée aurait repris un village occupé par la milice du FPJC au sud de Bunia.

Dans le domaine politique, le président Kabila a réuni les députés, sénateurs et ministres de sa coalition politique pour renforcer l’unité au sein de cette coalition : le jour même, la fin de la « dissidence » menée par certains ténors qui voulaient créer une mouvance interne à l’AMP était annoncée.

Au Sénat, l’adoption des articles relatifs au projet de loi sur le statut du personnel militaire s’est poursuivie, tandis que le ministre de la Défense a demandé du temps pour répondre aux questions relatives à la situation sécuritaire.

En province, la CEI-Nord Kivu demande au bureau national de trouver des mécanismes pour aider à l’enregistrement des réfugiés récemment rentrés d’Ouganda et du Rwanda.

Au Katanga, le gouverneur s’insurge contre les velléités de sécession et qu’une forte tension règne au Sankuru entre les partisans de deux ténors politiques appartenant tous deux à la même coalition, le ministre Mende et le député Lutundula.

Enfin, en ce qui concerne les partis politiques, le bureau de l’UDPS qualifie de feux un document qu’aurait signé le président Tshisekedi et qui exclurait cinq cadres du parti.

Par ailleurs, le parti de Jean-Pierre Bemba annonce qu’il boycottera les festivités du 30 juin.

Dans le domaine de la justice, à la conférence sur la révision du statut de Rome à Kampala, le ministre de la Justice, qui n’a pas fait mention de l’affaire Bosco Ntaganda, a plaidé pour l’insertion du « crime d’agression » dans ce statut, tandis que les ONG congolaises se sont opposées au ministre congolais en réclamant que la protection des victimes soit assumée au premier chef par le gouvernement.

De son côté, un collectif de femmes congolaises a déploré les lenteurs de procédure dans les enquêtes ouvertes par le procureur de la CPI.

Signalons enfin que, dans le second procès des deux Norvégiens, les condamnations à mort ont à nouveau été requises.

Dans le domaine économique, la société minière canadienne First Quantum considère que l’arrêt rendu par la Cour suprême contre elle est une manœuvre visant à freiner ses projets au Katanga.

Burundi

Au Burundi, cinq des sept candidats à l’élection présidentielle ont décidé de retirer leur candidature en prétextant des fraudes massives aux élections communales : le représentant de l’ONU et les principaux ambassadeurs ont invité ces cinq candidat à reconsidérer leur décision et ont déclaré qu’il n’y avait pas eu de fraudes massives. En fin de semaine, on apprenait aussi le retrait d’un sixième candidat, celui de l’UPRONA. Par ailleurs, les Etats-Unis insistent pour que la chercheuse d’Human Right Watch qui a perdu son accréditation puisse être autorisée à revenir au Burundi.

Rwanda

En ce qui concerne le Rwanda, l’ancien chef d’Etat-major de l’armée rwandaise, exilé en Afrique du Sud, estime que le président Kagame utilise les accusations de corruption comme moyen d’éliminer ses opposants.

De leur côté, la Banque mondiale, des diplomates et analystes pensent que la crise au sein de l’élite politique entraîne un risque de détérioration dans le domaine de l’investissement.

Par ailleurs, l’arrestation de l’avocat américain de l’opposante Victoire Ingabire, Peter Erlinder, continue à faire des vagues. Alors que deux avocats français protestent contre cette arrestation, l’intéressé aurait déclaré retirer toutes déclarations ou provocations qui auraient violé les lois contre le génocide. La police rwandaise a par ailleurs déclaré que Peter Erlinder aurait tenté de se suicider ce qui est mis sérieusement en doute par ses défenseurs. Signalons enfin que les Etats-Unis ont appelé à la libération d’Erlinder « par compassion ( ?) ».

Réuni par EURAC
07/06/2010

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