Éphémérides des Grands-Lacs – Semaine du 14 au 20 juin 2010
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La mort du militant des droits humains, Floribert Chebeya, continue à alimenter l’actualité. Tandis que le Parlement européen condamne « avec la plus grande force » son meurtre, des manifestations contre cet assassinat ainsi que d’autres défenseurs des droits de l’homme ont eu lieu à Bukavu et à Matadi. Selon l’avocat de la VSV, le meurtre de Chebeya serait en partie lié au fait qu’il envisageait de porter plainte contre les massacres des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo en 2007 et en 2008. Floribert Chebeya sera finalement inhumé le 26 juin, jour anniversaire des victimes de la torture, et non pas le 30, jour de l’anniversaire de l’indépendance du Congo, comme annoncé initialement.

Dans le secteur de la sécurité, le contingent sénégalais a quitté Kisangani, première étable d’une réduction symbolique des casques bleus. Par ailleurs, le HCR chiffre à près de 2 millions le nombre de déplacés en RDC et à plus de 440.000 le nombre de Congolais réfugiés à l’étranger.

Sur le terrain, bien que le patron de la MONUC, en partance, déclare que la crise au Nord Kivu a été « surmontée », 5.000 familles ont fui les opérations militaires contre le FDLR en territoire de Walikale où des combats intenses ont lieu à l’est du territoire. Plus au nord, de nouveaux assassinats ont été commis par des hommes armés non identifié en territoire de Butembo. Par ailleurs, un membre du CNDP a été installé officiellement comme administrateur assistant à Masisi, ce qui serait, selon certains, le début de la fin de l’administration parallèle de ce mouvement dans ce territoire. Au Sud Kivu, où les humanitaires observent une intensification des déplacements de population dans tous les territoires, plusieurs attaques des combattants FDLR et d’autres hommes en arme ont eu lieu en territoire de Walungu.

En Province Orientale, la LRA a de nouveau sévi par des exactions en territoire de Dungu, mais leurs attaques ont finalement été repoussées par les FARDC. En Ituri, les FARDC ont réussi à mettre en déroute deux bandes armées de la milice FPJC. Enfin, en province de l’Equateur, des affrontements ont eu lieu à l’arme blanche entre deux communautés ethniques pour des questions foncières.

Dans le domaine politique, l’Union nationale, plate-forme de l’opposition, a mis en place un « gouvernement fantôme » qui vise à émettre des propositions constructives. Par ailleurs, le Parlement a clôturé sa session par un débat sur le projet de loi habilitant le gouvernement à légiférer sur des matières urgentes : le président de l’Assemblée nationale a estimé que la production législative de cette session a été bien maigre. On signalera aussi que le comité de pilotage du processus électoral s’est déclaré satisfait de l’évolution des préparatifs des élections de 2011.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, le ministre de la Justice plaide (contre l’avis de certains membres du Parlement) pour la poursuite du recours aux mécanismes de la justice traditionnelle. En ce qui concerne les massacres commis naguère en Ituri, il n’existe toujours pas de dossiers ouverts à l’encontre des miliciens qui ont été co-accusés avec le chef de guerre Germain Katanga. Par ailleurs, le conseil d’administration du STAREC (plan de stabilisation qui a remplacé le programme AMANI) a adopté un programme de financement pour cinq projets de lutte contre les violences sexuelles au Sud Kivu et en Ituri. Enfin, on signalera que le Département d’Etat américain a rangé le Congo dans la liste des pays où peu d’efforts sont entrepris pour lutter contre le trafic des êtres humains et l’esclavage sexuel.

Dans le domaine financier, le FMI déclare qu’il n’y a plus d’obstacles pour que la RDC atteigne le point d’achèvement de l’initiative PPTE, ce qui signifie que dix milliards $ seront effacés de la dette extérieure du Congo. Dans le domaine économique, le ministre des Mines a fixé à 35 % la part qui doit revenir à l’Etat dans toute joint-venture minière en RDC. Enfin, le conseil des ministres a marqué son accord à un projet de développement pétrolier (controversé) initié en Ituri par une société britannique basée aux Iles Vierges : la société civile demande à nouveau d’être associée à tout projet de développement des hydrocarbures dans la région.

Dans le domaine social, la grève des fonctionnaires, qui en est à sa troisième semaine, se poursuit au Congo ; en cause l’application du « barème de Mbudi » convenu entre le gouvernement et les syndicats il y a plusieurs années.

Au Burundi, l’insécurité qui prévaut pendant la période électorale inquiète sérieusement le Représentant du Secrétaire général des N.U. Cette semaine, des attaques à la grenade ont eu lieu à Bujumbura et quatre permanences du parti au pouvoir ont été incendiées, tandis que la police a chargé 200 militants du FNL descendus dans la capitale. Le chef du FNL, Agathon Rwasa, a déclaré que les conseillers communaux élus de son parti ne siègeront pas dans les conseils communaux. De son côté, le Représentant de l’Union européenne dans les Grands Lacs déplore qu’il n’y ait qu’un seul candidat à l’élection présidentielle.

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En Ouganda, le chef de la Commission électorale, accusé d’être proche du président de la République, a refusé de démissionner. Par ailleurs, des activistes des droits humains et des chefs d’opposition accusent le gouvernement de déployer une milice comme moyen d’intimidation, ce que le gouvernement dément. Dans le domaine économique, la scène pétrolière reste agitée en Ouganda : le gouvernement est en conflit avec la société britannique Heritage à propos de la cession de ses parts à la compagnie pétrolière Tullow liée au consortium formé par la compagnie française Total et la compagnie chinoise CNOOC.

Au Rwanda, une nouvelle candidature à l’élection présidentielle s’est déclarée : il s’agit d’une sénatrice qui dirige un petit parti crée en 2003. Toujours dans le domaine politique, on apprenait en fin de semaine que l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, réfugié en Afrique du Sud depuis sa rupture avec le président rwandais et accusé de déstabiliser le régime en place, avait été victime d’un attentat à Johannesburg. Dans le domaine de la justice, le TPIR a demandé la libération immédiate du professeur américain Erlinder au motif qu’il bénéficie de l’immunité comme avocat de ce tribunal : l’intéressé a finalement été libéré par le Rwanda « pour raison de santé ». Par ailleurs, un tribunal gacaca a confirmé en appel la condamnation à perpétuité du directeur d’un journal accusé d’incitation au génocide en 1994. Dans le domaine économique, le FMI a signé pour trois ans avec le Rwanda un accord d’appui en matière de politique économique : d’importants défis subsistent dans le domaine des recettes, des exportations, de la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure, et de l’inflation.

On notera enfin que la conférence de Kampala sur la révision du statut de Rome a laissé au Conseil de sécurité le rôle de constater le « crime d’agression », la procureur pouvant toutefois organiser d’initiative des enquêtes en cas d’absence d’un tel constat par le Conseil.
par Eurac

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