Lettre ouverte à Faustin Twagiramungu
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Monsieur Faustin Twagiramungu,  

L’idée de cette lettre remonte de l’interview que vous avez donnée très récemment à la BBC Gahuzamiryango. Tout en déplorant l’exclusion de l’opposition à la course pour la magistrature suprême au Rwanda, vous avez appelé le peuple rwandais à ne pas aller voter. L’idée est géniale mais se faisait trop attendre. Quant à sa faisabilité, le doute est très grand vu les moyens coercitifs dont dispose Paul Kagame. De gré ou de force, le pauvre citoyen rwandais devra aller voter pour ne pas s’attirer les coups de foudre. Parmi ces moyens, on peut rappeler qu’au jour de l’élection au Rwanda, toutes les autres activités sont annulées comme les marchés et les transports en taxis. Mieux fallait convaincre cette Communauté Européenne, qui risque d’être qualifiée de tortionnaire de la démocratie au Rwanda, de ne pas financer une élection dont les résultats sont connus d’avance. Le vieux Karangwa est suffisamment expérimenté pour partager les voix des Rwandais entre le FPR, le PSD et le PL au prorata des postes qu’ils occupent actuellement et garantir la situation qui arrange. Au contraire, au lieu de se tromper et tromper le reste du monde, il serait mieux que les tenants actuels du pouvoir le maintiennent, dans un délai ne dépassant pas 7 ans, jusqu’à ce qu’ils seront à même de concourir avec l’opposition démocratiquement.

Monsieur Faustin Twagiramungu, d’un coup, l’idée me vient en tête que c’est à vous que je dois poser la question qui me vient souvent en tête à savoir : pourquoi la démocratie devient de plus en plus impossible au Rwanda ? Je vais commencer par situer ma question dans le temps avant de donner ma proposition.

En 1959, le Rwanda a raté l’occasion d’asseoir la démocratie car l’introduction du multipartisme n’a pas été précédée par le dialogue inter-rwandais pour assainir l’espace politique du pays. Comme conséquence, il y a eu plusieurs partis politiques uniques mais qui fonctionnaient séparément comme Un Parti Unique. Et comme résultat, ceux qui ont perdu le pouvoir par les urnes ont fait repli à l’extérieur du pays afin de revenir le récupérer à tout prix. Cette situation de 1959, je l’ai apprise à l’école car je suis né en 1965.

De 1990-1994, encore une fois, le Rwanda a raté l’occasion d’asseoir la démocratie car la réintroduction du multipartisme n’a pas été précédée par le dialogue inter-rwandais pour assainir l’espace politique du pays. En plus de cette réintroduction du multipartisme, le pays était déchiré par la guerre introduite par les tenants actuels du pouvoir à Kigali qui remontent des perdants du pouvoir en 1959. Ce fût une erreur politique grave d’alors car l’ennemi politique fut confondu avec l’ennemi militaire et la démocratie en est sortie suffisamment écrasée. Ceux qui se sont trompés en l’avènement de nous exprimer librement, nous le paierons trop cher durant toute notre vie tant que la démocratie restera bafouée au Rwanda. Car dit-on actuellement à Kigali dans les milieux politiques que mieux vaut celui qui a pris l’arme que celui qui a parlé. Ici il faut vous référer aux procès des juridictions populaires « Gacaca » où les innocents sont très sévèrement punis alors que les grands tueurs, qui ont plaidé coupables, sont graciés. En 1994, j’étais observateur éveillé car j’étais lauréat des Sciences de la Gestion à Ruhande. Mais, encore une fois, je ne trouverai pas les mots pour le dire assez, Un Parti Unique a été remplacé par plusieurs partis uniques de 1990 à 1994. Et de 1994 jusqu’ à maintenant, plusieurs partis politiques uniques fonctionnent en commun comme Un Parti Unique. Et dans ces cas, Un Parti Unique est préférable.  

Monsieur Faustin Twagiramungu, même, si on ne peut pas vous créditer de tous les aspects positifs de la démocratisation du Rwanda durant la période de 1990-1994, vous y avez joué un rôle très important. Je me rappelle les points suivants :

1)    La réintroduction du multipartisme ;

2)   – Par la culture de la démocratie, certaines fonctions devenaient incompatibles avec la fonction de politiciens à savoir les hommes en uniformes : Militaires, Policiers et Magistrats. Ici, on avait oublié le clergé ;

3)    – Par la culture de la démocratie, le peuple devait pouvoir s’expriment par des manifestations pacifiques. Mais ici, j’y dénonce la politique d’Ukubohoza qui a détruit le pays. A la prochaine occasion, il faudra apprendre à respecter la vie de l’homme qui est sacrée ;

4)    – Par le débat contradictoire politique, la guerre politique avait commencé, et les cris des armes devaient se taire à jamais dans notre belle patrie. Puis-je dire que depuis ma naissance, j’ai entendu pour la première fois, le cri d’une bombe en 1990. Le Rwanda en tant que nation pacifique, ne contribuait pas à la bonne marche de l’industrie des armes. Que Dieu bénisse le fils du Rwanda qui a préféré la solution militaire à la solution politique pour le cas du Rwanda.

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Monsieur Faustin TWAGIRAMUNGU, où en sommes-nous actuellement avec ces prestigieux acquis de 1990-1994? En 2003, je vous ai entendu encore une fois à la Commission Nationale Electorale du Rwanda. Parmi tes dires, j’ai entendu pour la première fois et retenu une fois pour toute un discours pour le combat politique : « Balayez l’anesthésie de vos mains, vainquez la peur ». Je ne sais pas si j’ai très bien traduit mais en Kinyarwanda c’était : « Mushire ibinya mu ntoki, mushire ubwoba ». Je me disais à basse voix que la démocratie allait revenir au Rwanda mais quand j’ai appris que vous étiez retourné en Europe, ma déception a été totale.

Parmi les prestigieux acquis de 1990-1994, j’ai omis sciemment un acquis manqué à savoir : la Conférence Nationale Souveraine alias Rukokoma. Quand je me rappelle combien vous vous êtes battu pour cette conférence, c’est à ce moment que je reviens à vous, car vous risque de devenir le vrai pionnier de la démocratie parfaite au Rwanda. Vous avez alors le choix entre mourir loin de la terre natale (kugwa ku gasi) ou mourir sur le sol natal et au besoin devenir un martyr politique.

Jamais dans l’histoire du monde, aucun pays n’a connu la vraie démocratie sans qu’il y ait un dialogue franc entre ses citoyens représentés par ceux qui ont déjà fait preuve de vouloir diriger. De par ce dialogue, on trace l’espace politique du pays et on aboutit à la fixation de ses orientations majeures. Le nombre de ces orientations devaient normalement déterminer le nombre des partis politiques. Je conçois mal comment le nombre de partis politiques peut dépasser Trois. Quand les partis politiques deviennent 10, 20, 100, 200,…, ils ne sont en fait créés que pour servir des intérêts égoïstes de leurs créateurs. Il s’agit de plusieurs partis uniques dans le pays et à la limite chaque famille ou tout le monde devait avoir son propre parti politique. C’est le multipartisme mal conçu et c’est la Nation-Patrie déchirée.

Comme l’opposition politique au Rwanda est en train de lutter pour la délimitation de l’espace politique au Rwanda qui devra se faire absolument par le dialogue inter-rwandais, je vous supplie de rentrer sans délai afin de participer activement à la préparation de ce dialogue. Ceux qui s’y opposent par leurs intérêts égoïstes sont en train de perdre leur temps car on peut les comparer à un petit enfant qui s’adonne à chasser le naturel.

Espérant que ma missive rencontrera votre appréciation, je vous prie d’agréer, Monsieur Faustin TWAGIRAMUNGU, l’expression de ma très haute considération pour vos valeurs démocratiques.

NDEZE John Patrick, Un Assoiffé-Ami de la démocratie au Rwanda
01/07/2010

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