Rwanda : la milice « Intore » bientôt officiellement implantée en Belgique ?
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Rubrique : Actualité
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Publié le 13 Août 2010 par Gaspard Musabyimana

Dans le Rwanda ancien, les « Intore » étaient des danseurs sélectionnés à travers tout le pays et entraînés à la cour royale. Ils étaient regroupés en phalanges appelée «  Itorero » (pluriel : amatorero). « C’est au sein des amatorero que les jeunes nobles du Rwanda précolonial s’initiaient au maniement des armes et développaient leurs talents d’orateur, de stratège et de meneur d’hommes » (Wikipédia).

Depuis quelques années, le régime du FPR a repris ces termes de la période féodale pour les intégrer dans son vocabulaire politique. Ainsi les « Intore » des temps modernes sont des miliciens destinées à encadrer la population, espionner leurs voisins, harceler les opposants et s’il le faut se transformer en commandos pour enlever ou assassiner les opposants au régime. Ces miliciens reçoivent un endoctrinement dans des camps d’entraînement appelés « Ingando ». Chaque session ou promotion est appelée « Itorero ». Dans ces camps, les jeunes reçoivent un endoctrinement idéologique mais surtout un entraînement militaire (maniement des armes, tir aux balles réelles, marche au pas, …).

Tous les prétextes sont bons pour organiser une session d’ « Itorero ». Certaines phalanges sont ainsi constituées sur base d’activités professionnelles. Les enseignants seront entraînés ensemble, le personnel médical aura aussi son « Itorero » ainsi de suite… Pour les élèves et les étudiants, la période des vacances est propice pour former le maximum de miliciens et de les organiser en phalanges selon les établissements ou les campus. Une particularité en ce qui concerne les étudiants de l’enseignement supérieur : ceux qui poursuivent les études dans les pays étrangers principalement en Occident subissent les séances d’endoctrinement au Camp Militaire de Gako, au sud-est du Rwanda. Ceux qui étudient au Rwanda sont regroupés dans des camps improvisés. Quand on sait que ce sont presque exclusivement des jeunes tutsi qui sont envoyés aux études à l’étranger, on est en droit de penser qu’ils reçoivent aussi au camp militaire de Gako une toute autre formation d’Intore que leurs collègues restés au pays ou tout au moins des « cours supplémentaires » secrets.

Une fois sur le terrain, les miliciens « Intore » se distinguent par leur cruauté et leur zèle à harceler les opposants. A Kigali, ce sont les « Intore » qui ont à plusieurs reprises empêchées la tenue du congrès constitutif du parti de Frank Habineza, le Green Party. Ceux qui ont agressé Madame Victoire Ingabire présidente des FDU-Inkingi en février 2010 au secteur administratif de Kinyinya sont des « Intore ». Ceux qui sont à la base du putsch qui a chassé Maître Bernard Ntaganda du parti dont il est fondateur, le PS Imberakuri, ne sont autres que des « Intore ». L’espionnage conduisant aux enlèvements ou aux assassinats des opposants hors du Rwanda est l’œuvre des « Intore » qui sont d’ailleurs souvent des militaires démobilisés. La milice « Intore » s’avère plus dangereuse et plus difficile à échapper qu’elle opère en toute discrétion contrairement à la milice officielle du régime la Local Defense Force (LDF) dont les miliciens tout puissants patrouillent  les collines l’arme en bandoulière mais sont connus de la population. En plus la milice Intore se bâtit sur le principe que seule la jeunesse instruite doit être en priorité endoctrinée aux dogmes du parti.

En Belgique, certains observateurs ont toujours attiré l’attention sur le fait que la forte communauté rwandaise vivant dans ce pays est infiltrée d’innombrables « Intore », souvent exilés de fraîche date. On vient d’en avoir la confirmation avec l’arrestation en Afrique du Sud d’un certain KANYANDEKWE Pascal dans le cadre de l’affaire de la tentative d’assassinat du général Kayumba-Nyamwasa. Il aurait en effet quitté la Belgique avec un visa de touriste pour aller tuer Kayumba-Nyamwasa dans son exil sud-africain. Kanyandekwe Pascal avait à peine été naturalisé belge en 2008 comme l’indique l’Arrêté Royal promulgué et publié dans le Moniteur belge le 20/8/2008.

Et voilà que le régime du FPR annonce officiellement la mise sur pied imminente d’une phalange (« Itorero ») de la milice « Intore » en Belgique ! Depuis quelques semaines, l’Ambassade du Rwanda à Bruxelles fait circuler une invitation dont le titre donne de la chaire de poule à ceux qui savent ce qu’est vraiment « Itorero ». L’invitation est titrée : Premier « Itorero » de la jeunesse en Belgique. Celle-ci se déroulera du 01 au 05 septembre 2010 au Centre européen de la Foresta. 

Ainsi donc la Belgique va accueillir sur son sol la première session de formation de la milice du FPR en Europe. L’ « Itorero » que va organiser le régime rwandais en Belgique pour former ces miliciens dénommés « Intore » n’a pourtant ni statuts ni programme connus. Au vue de leurs exploits au Rwanda même et dans certains pays africains, qu’est ce qui permet de ne pas s’inquiéter de cette implantation de la milice « Intore » en Belgique ? La Belgique qui a supprimé le service militaire obligatoire pour tous les jeunes permettra-t-elle qu’une catégorie de jeunes reçoit une formation militaire sur son territoire en dehors des structures des forces régulières sous le prétexte que ces jeunes sont d’origine rwandaise ? La constitution, l’endoctrinement ainsi que la formation militaire des miliciens ne peuvent-ils pas constituer un trouble à l’ordre public ? Quelle garantie les responsables de l’ordre et de la sécurité en Belgique ont-ils reçu du Rwanda comme quoi le pays ne va pas devenir un champ de manœuvre des milices contrôlées de l’étranger et menant des actes criminels sur son territoire ?

Quelle protection les autorités belges entendent assurer à certains citoyens qui se sentiraient menacés par les miliciens « Intore » ?

Autant de questions auxquelles plusieurs habitants de la Belgique souhaiteraient-ils avoir des réponses.

Emmanuel Neretse et Gaspard Musabyimana
13/08/2010

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