La détention des condamnés du TPIR au Bénin : une condamnation à mort déguisée ?
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Dans un intervalle de temps de moins de six mois, deux prisonniers qui ont été condamnés par le TPIR et transférés au Bénin pour y purger leurs peines, viennent de mourir. Auparavant, ceux parmi eux qui étaient venus à Arusha avaient attiré l’attention de la Cour sur les conditions inhumaines dans lesquelles ils étaient détenus et avaient imploré en vain le tribunal de les améliorer ou de transférer les prisonniers dans un autre pays. Leurs cris d’alarme ne furent pas entendus et ils meurent un à un dans l’indifférence générale.

Plusieurs cris d’alarme

Lors de sa déposition en faveur de feu Joseph Nzirorera commencée le 11 février 2010 devant la Chambre III du TPIR présidée parle juge Byron, l’ancien préfet de Kigali rural François Karera détenu au Bénin a longuement exposé à la Cour comment les détenus transférés dans ce pays risquaient leur vie suite aux mauvaises conditions de détention et surtout au manque de soins surtout à ceux qui sont malades.

L’ancien bourgmestre de la commune Mukingo, Juvénal Kajelijeli, avait lui aussi attiré l’attention de la cour sur la mise en danger de leur vie en les maintenant dans les prisons béninoises et en les privant de soins. C’était lors de sa déposition faite à partir du 4 février 2010 devant la même Chambre. La Cour avait chaque fois répondu que la question serait soumise aux autorités béninoises. Une réponse diplomatique, car aucune amélioration dans le traitement des détenu ne fut observée.

Le regretté Georges Rutaganda lui-même avait  déposé devant la même Cour le 12 avril 2010 et avait  aussi évoqué le couloir de la mort que constituait la prison béninoise.

L’hécatombe

En avril 2010, on apprenait le décès de Jean Bosco Barayagwiza justement détenu au Bénin où il devait purger sa peine de 32 ans de détention. Sa famille avait auparavant fait état du manque de soins appropriés et demandé en vain qu’il soit transféré ailleurs. Ironie du sort, c’est sa dépouille mortelle qui fut transférée en France pour y être enterrée. Ce qui donnera l’occasion aux « charognards » dirigés par le journaliste français Jean François Dupaquier et le « beau-frère » Alain Gauthier de s’adonner à leur danse macabre en faisant procéder aux arrestations parmi ceux qui étaient venus accompagner Barayagwiza dans sa dernière demeure.

Début octobre 2010, on apprend le décès de Georges Rutaganda qui était lui aussi détenu au Bénin dans les mêmes conditions. En tenant compte que plusieurs condamnés ont été transférés dans ce pays, il est fort à craindre que, hélas, le glas va encore sonner et à plusieurs reprises.

Un business d’Etat ou une condamnation à mort déguisé ?

L’on se souviendra que le Bénin est l’un des rares et premier pays qui ont signé avec le TPIR l’accord pour recevoir les prisonniers définitivement condamnés par ce tribunal pour y purger leurs peines. D’aucuns se sont félicités de cette prompte disponibilité de ce petit pays de l’Afrique occidentale situé très loin du Rwanda et ont vu un signe de la démocratie et du règne de l’état de droit dans ce pays. Aujourd’hui force est de constater que le Bénin n’a ni les moyens ni l’intention de détenir  selon les normes des Nations Unies, les prisonniers qu’il a accepté d’héberger dans ses prisons-mouroirs.

On peut alors se poser la question de savoir si ce pays, tant vanté pour sa transparence et ses avancées démocratiques, a monnayé la présence chez lui des condamnés du TPIR dans un but purement lucratif, ou s’il les a accueillis pour les faire mourir à petit feu exécutant ainsi la « peine de mort »  non officiellement prononcée contre les Hutu par le TPIR.

Emmanuel Neretse
13/10/2010

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