Le Burundi à la croisée des chemins
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Criminalité au quotidien et impunité

Selon les associations de défense des Droits de l’Homme et des médias indépendants, il ne se passe aucun jour au Burundi sans qu’il y ait des personnes assassinées, violées, arrêtées et emprisonnées arbitrairement, et ce dans la plus grande impunité.  Pour les seuls 47 jours de la fin de cette année 2010 (du 17 octobre au 3 décembre), on compte ainsi 23 morts, 3 personnes blessées, 3 femmes violées (1 fillette de 16 ans violée par un chef de secteur, 1 élève de la 6ème primaire violée par son enseignant, une vielle dame de 94 ans violée par un jeune homme) et 18 personnes arrêtées et emprisonnées arbitrairement. Ces crimes sont attribués par le parti au pouvoir à des «bandits», mais les sources les plus fiables mettent souvent en accusation les agents du Service de Renseignement présidentiel et des policiers. Les victimes sont généralement des membres des partis d’opposition et spécialement du Front National de Libération (FNL) de Agathon Rwasa. Tout en minimisant la responsabilité des agents de la documentation et des «forces de l’ordre», le ministre de la Sécurité publique a indirectement reconnu les dérives de ses agents.  Il a ainsi fait savoir que plus de 108 policiers, 37 sous-officiers et 2 officiers ont été renvoyés de la police «suite à leurs fautes commises et qui ont mis en doute la crédibilité de ce corps ».  Il a ajouté que «d’autres cas de policiers accusés de noircir l’image du corps de police sont en train d’être étudiés » et que «des sanctions qui s’imposent seront prises à l’encontre de ceux qui seront reconnus coupables ». S’agissant des violences liées au genre, la Ligue Iteka révèle qu’entre janvier et octobre 2010, on a dénombré 1.727 cas de violences sexuelles, dont 1.646 victimes sont de sexe féminin. Face aux critiques relatives à l’impunité contre ces crimes ou à la corruption, le parti au pouvoir hausse le ton. Il accuse Human Rights Watch (HRW) de chercher à se «venger» et menace de mort les membres de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les malversations (OLUCOME). (jn)

Des lendemains électoraux inquiétants

Dans un Rapport intitulé «Après les élections de 2010, le choix entre sortir ou rentrer dans la crise », l’Observatoire de l’Action Gouvernementale (OAG, 26/11/10) écrit : «Presque tous les observateurs attentifs à l’évolution du Burundi depuis les élections de 2010 s’accordent sur le fait qu’une crise politique est désormais ouverte. Les divergences pourraient se situer seulement sur les directions qu’elle prendra, sur le plan politique, ou évoluer progressivement  vers une violence réduite ou généralisée». Le Burundi se trouve «à la croisée des chemins (…). Jusqu’à présent, en dépit de nombreux appels vers une solution pacifique au contentieux né des contestations des résultats des communales, les partenaires politiques n’ont pas été capables d’accorder les violons pour organiser un cadre de dialogue ».  Chaque partie laisse la confrontation comme étant la seule issue possible. L’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS), basé en Afrique du Sud, abonde dans le même sens. (jn)

[Extrait de "Grands Lacs Echos", "Publication mensuelle du Réseau Européen pour l’Afrique Centrale ( EURAC )", N° 71 – Décembre 2010].

Lire ci-dessous en fichier attaché tout le bulletin Eurac sur la région des Grands Lacs

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