Gestion de l’après-guerre : le cas du Rwanda
+
Rubrique : Actualité


Publié le 25 Oct 2011 par Gaspard Musabyimana

Après la conquête du pays par l’Armée du FPR en juillet 1994, tous les hommes valides tutsi qui se retrouvaient dans le pays et dans une moindre mesure des femmes avaient tous caressé la Kalachnikov et donc avaient été militaires. Soit ils avaient été recrutés dès le début de la guerre en 1990, soit ils avaient volé au secours de la victoire en rejoignant les rangs du FPR après avril 1994. A tous ces combattants il faut ajouter des centaines d’anciens soldats des ex-FAR qui se sont rendus ou capturés ou encore rapatriés de force des pays voisins (ex-Zaire et Tanzanie). Dans ces conditions, le pays était-ou est encore- militarisé à outrance avec tous les risques qui vont avec.

Comment les autorités tant politiques que militaires gèrent-elles cette situation d’autant plus qu’elles sont accusées, avec raison, d’entretenir une armée pléthorique, ce qui a pour conséquence :

          D’être poussées d’envoyer le trop-plein des troupes pour déstabiliser les pays voisins notamment la RDC ;

          De faire vivre ces milliers de soldats sur le dos de la population déjà démunie ;

          De retenir un pourcentage important sur la solde de chaque soldat pour alimenter la caisse noire du parti au pouvoir le FPR. Ceci ne peut à la longue que provoquer un mécontentement des hommes en armes qui le feront payer toujours à la pauvre population.

Nous avons eu une chance unique de nous entretenir avec  un haut gradé de l’actuelle Armée Rwandaise (RDF) qui a bien voulu éclairer notre lanterne sur ce problème hautement sensible qui touche la sécurité tant interne qu’externe du Rwanda.

Une démobilisation menée tambour-battant !

D’après le responsable rwandais, la démobilisation qui a touché près de 70.000 combattants a été menée selon plusieurs approches. Certains enfants-soldats ont été remis dans le circuit scolaire normal pour poursuivre leurs études. D’autres ont reçu des formations professionnelles qui leur permettent de bien se réintégrer dans la vie civiles ; d’autres enfin sont versés dans la Force de Réserve récemment créée. C’est parmi ces réservistes que les services de gardiennage devraient recruter, tout comme les fameux Local Defense Force qui quadrillent les collines et que d’aucuns assimilent aux miliciens du parti au pouvoir. La Réserve devrait aussi avoir la priorité pour obtenir des contrats pour des travaux à haute intensité de main d’œuvre comme le reboisement dans la forêt naturelle de Gishwati ou la clôture du parc de l’Akagera. Bien entendu, comme dans le meilleur des mondes, ce sont les plus chanceux ou ceux qui ont de « fortes relations » qui sont bien casés.

Epargne ou cotisation ?

Concernant les retenues sur soldes effectuées mensuellement par le commandement sur chaque militaire, notre interlocuteur ne pouvait pas le nier tant les témoignages des « cotisants » sont unanimes, mais il en a donné une autre explication. Le haut gradé de RDF a catégoriquement démenti que cette retenue à la source sur la solde soit une cotisation versée au parti au pouvoir FPR par les militaires. Pour lui, il s’agit d’une épargne obligatoire imposée à chaque militaire qui doit verser 7 % de son salaire dans une banque créée à cet effet et dénommée : Zigama Credit Savings Society (CSS). Avec cette épargne, la banque pourrait accorder au militaire un crédit à long terme au taux d’intérêt le plus bas du pays pour ainsi permettre aux militaires d’acquérir des propriétés, de se construire des logements ou des crédits à court terme pour faire face aux dépenses circonstanciées (mariage, scolarité des enfants,…).

Mauvaise communication ou volonté de dissimulation ?

A entendre le discours de ce haut gradé, la gestion de l’après guerre aurait été mené de façon rigoureuse et responsable et avec comme objectif d’assurer la sécurité de la population tout en veillant à la réintégration des anciens combattants. Cependant dans l’esprit de beaucoup de rwandais ces efforts ne viseraient en réalité que d’encadrer encore plus militairement la population déjà traumatisée pour faire du Rwanda un Etat- garnison. De même, l’idée même d’une caisse d’épargne solidaire pour les militaires est louable et les objectifs déclarés très nobles, mais pourquoi est-elle toujours perçue par l’opinion comme une manœuvre politique pour constituer une caisse noire du parti au pouvoir le FPR ?

De deux chose l’une : ou notre interlocuteur ne nous a pas dit la vérité sur la problématique la gestion de l’après guerre au Rwanda ou bien les autorités ont fait preuve d’un manque de pédagogie pour faire adopter les mesures décrétées par ceux dont elles étaient destinées ou d’une mauvaise communication pour les expliquer à l’opinion tant interne qu’internationale.

Le constat est sans appel : plusieurs décisions des autorités de Kigali tombent sur la tête de ceux qui doivent les subir ou les appliquer sans au préalable en avoir expliqué le bien fondé et ainsi obtenir leur adhésion. On peut multiplier les exemples des décisions imposées sans explications ou sans transition nécessaire ce qui a pour conséquence de donner  le champ libre à l’opposition pour les critiquer et le faux sentiment au régime d’avoir l’appui total de la population. On peut citer : le programme « bye bye Nyakatsi », le passage brutal du français à l’anglais, le projet de planning familial par vasectomie (gukona), le vaccin controversé des adolescentes contre le cancer de l’utérus, l’interdiction de mélanger certaines cultures vivrières,…

17 ans après leur sortie du maquis, les autorités de Kigali devraient réaliser que le réflexe guerrier d’imposer une mesure, si bénéfique soit-elle, sans au préalable un plan pédagogique et de communication, n’est plus de mise.  

Emmanuel Neretse
25/10/2011

 ###google###

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire