Actualité des Grands-Lacs du 29/10 au 04/11/2011
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Rubrique : Actualité


Publié le 6 Nov 2011 par Gaspard Musabyimana

En RDC, la campagne électorale, officiellement ouverte depuis le 28 octobre et ouverte à Kindu par le président Kabila et à Kinshasa par l’UDPS, a débuté dans la tension. À Kinshasa, par « provocation » ou pur banditisme (?), des hommes armés ont ouvert le feu sur des personnes dont l’une au moins distribuait des affiches d’Etienne Tshisekedi. À Mbuji-Mayi, des affrontements ont eu lieu entre la police, les militants du PPRD et de l’UDPS, lequel n’a toujours pas accepté de signer le code de bonne conduite tant que ses militants arrêtés n’ont pas été libérés, tandis que deux branches de ce dernier parti se sont affrontées à coup de pierres à Kisangani. À Lubumbashi, on a pu noter des discours incendiaires, des affiches déchirées, des injures, tandis qu’à Bukavu l’intolérance mutuelle s’accroît : beaucoup de candidats peinent aussi à trouver des avions pour se déplacer. Le président de l’UDPS, qui rentrait d’Afrique du Sud, et celui de l’UFC, Kengo wa Dondo, dénoncent également les autorités de l’aviation civile qui auraient empêché leur avion d’atterrir, ce que ces autorités démentent catégoriquement.

Pour ce qui regarde la CENI, à laquelle la MONUSCO a mis à disposition 80 avions et hélicoptères pour le transport des urnes dont seulement un premier lot est arrivé de Chine, elle dispose d’un budget de 250 millions $ (sur les 350 promis). La CENI, auquel des candidats reprochent des erreurs dans l’impression des bulletins, a également décidé d’accroître le nombre de bureaux de vote qui passent de 62.000 à près de 64.000. Elle a en outre organisé une rencontre entre candidats présidentiels (ou leurs représentants) et a invité les fonctionnaires ou mandataires candidats aux élections à démissionner d’urgence. On signalera aussi que, selon un organe de presse britannique, la société belge chargée de l’informatisation des élections aurait finalement reconnu des irrégularités dans le fichier électoral qui comporterait de nombreux doublons et des électeurs fantômes, irrégularités qui bénéficieraient au président sortant : beaucoup d’observateurs étrangers et congolais restent par ailleurs sceptiques sur la réalité d’élections transparentes. Selon un sondage dont on ne peut garantir la fiabilité, ce dernier est donné gagnant à un peu plus de 30 % : il est suivi de Vital Kamerhe (22,9 %) d’Etienne Tshisekedi (20,5 %), les autres candidats ayant des scores inférieurs à 10 %. 

Du côté, des partenaires internationaux, la responsable de la mission d’observation électorale de l’UE a évoqué les problèmes logistiques qui menacent, selon elle, de bloquer le processus électoral, tandis que le Parlement flamand a décidé de ne plus financer le voyage de députés observateurs, la RDC n’étant plus considéré comme un pays prioritaire par la Flandre qui privilégie désormais les actions en faveur du Mozambique, de l’Afrique du Sud et le Malawi. Pour sa part, un ambassadeur américain, coordinateur d’une mission d’observation des élections, marque sa satisfaction sur le travail abattu jusqu’ici par la CENI.

Dans le domaine de la sécurité, les formateurs de l’armée belge, chargés de la formation d’un second bataillon FARDC sont arrivés à Kindu, tandis qu’au niveau régional, la Conférence internationale de la région des Grands Lacs a créé un service de renseignement qui devrait lutter contre les « forces négatives » dans la région. Au Kivu, le commandement des opérations « Amani Leo » a appelé toutes les milices armées à déposer les armes. En ce qui concerne le Sud Kivu, la police affirme disposer de tous les moyens nécessaires pour sécuriser les élections. Au Nord Kivu, un changeur de monnaies a été abattu par des hommes armés non identifiés à Beni, tandis la milice ougandaise de l’ADF/NALU a attaqué un camp des FARDC dans le même territoire. Enfin, en Province Orientale, un convoi du parti MSR est tombé dans une embuscade près de Bunia.

Dans le domaine de la justice, une dizaine de militaires des FARDC ont été condamnés à perpétuité pour meurtre en Province Orientale. À Kinshasa, le ministère public et la BCC réclament 150 millions $ à l’ancien président de la Banque congolaise accusé de faux en écriture et d’augmentation fictive du capital. Enfin, Human Rights Watch demande l’arrestation du chef Maï-Maï Sheka qui, sous mandat d’arrêt pour viols massifs et meurtres en territoire de Walikale, se présente à la députation nationale, une demande que veut ignorer la CENI qui invoque le fait qu’il n’a pas été condamné et que la CSJ n’a pas été saisie.

Dans le domaine économique, la part belge majoritaire dans la société SUCRAF a été appropriée indûment par une société tanzanienne : SUCRAF parle d’une « affaire de nature criminelle ». Par ailleurs le Centre Carter a créé un website pour promouvoir la transparence dans le secteur minier. On signalera aussi que les partenaires de la compagnie aérienne belgo-congolaise, Korongo, ne renoncent pas à leur projet qui a pris du retard. Enfin, on trouvera dans cette livraison un document qui compare les mesures américaines et européennes en ce qui concerne les paiements au gouvernement pour le pétrole, le gaz, le bois et les minerais.

Dans le domaine de l’enseignement, les enseignants de l’Université de Kinshasa sont partis en grève : ils ne sont pas satisfaits des mesures prises par le gouvernement en ce qui concerne les contrats de vente des véhicules qui leur sont destinés.

Au Burundi, le numéro deux de l’opposition a été arrêté par les services de renseignement pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

En Ouganda, l’incarcération de Kizza Besigye, principal opposant au président Museveni, a été déclarée illégale par une cour de justice ougandaise. L’intéressé a été relâché par la police alors qu’Amnesty International déplore le harassement et la répression dans ce pays. Par ailleurs, le Parlement a créé une commission qui se penchera sur l’affaire des trois ministres accusés de corruption.

Au Rwanda, 80 tonnes de minerais volés en RDC ont été remis aux autorités de ce pays, ce qui est considéré comme un signal de plus de la normalisation des rapports entre les deux pays. Par ailleurs, les réfugiés rwandais réfugiés dans les autres pays africains et qui risquent de perdre leur nationalité en vertu d’une décision récente du Rwanda ne souhaitent pas rentrer car ils disent ne pas se sentir en sécurité dans leur pays d’origine. Enfin, on notera qu’une cour fédérale américaine a annulé la poursuite lancée contre Paul Kagame par les veuves des deux présidents dont l’avion a été abattu en avril 2004 : elle a estimé que le président rwandais bénéficiait de l’immunité de juridiction. 

Dans le domaine régional et dans un contexte où il existerait un désengagement politique à l’égard de la RDC, un diplomate belge a été nommé comme coordinateur principal de l’UE pour les Grands Lacs, mais sera aussi chargé de la Corne de l’Afrique, de l’Afrique de l’est et de l’Afrique australe : il remplace en quelque sorte l’envoyé spécial dans les Grands Lacs qui a quitté ses fonctions en septembre 2010.

Kris Berwouts
EurAC
04/11/2011

 

 

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