Actualité des Grands Lacs – Semaine du 5 au 11 novembre 2011
+
Rubrique : Actualité


Publié le 13 Nov 2011 par Gaspard Musabyimana

Alors que le Conseil supérieur de l’audiovisuel et la CENI condamnent les dérapages et le non-respect du code de conduite et que le président Kabila, très optimiste sur ses chances de l’emporter, poursuit sa campagne au Kivu et à Lubumbashi en affirmant qu’il a rempli son programme en ramenant la paix dans l’est du pays, de nombreux incidents et des violences émaillent la campagne électorale lancée le 26 octobre dernier, une campagne pour laquelle de nombreux candidats manquent de moyens financiers et logistiques. À Lubumbashi, des affrontements qui ont paralysé la ville ont eu lieu entre l’UDPS d’une part et le PPRD et l’UNAFEC, dirigé par un ancien gouverneur qui s’était naguère illustré contre une « chasse aux Kasaïens », d’autre part : le gouverneur Katumbi, qui a finalement décidé de rester en politique en a appelé à la tolérance entre communautés.

À Mbuji-Mayi, où le gouverneur a interdit l’utilisation de mineurs dans les manifestations à la suite de la mort d’une fillette de 13 ans, l’UDPS exige que la CENI annule la liste des candidats du PPRD, accusant le gouverneur d’utiliser des moyens publics pour sa campagne : la même accusation est proférée contre le gouverneur de la Province Orientale. À Kinshasa, les militants de deux partis se sont affrontés à coups de pierres dans la commune de Limete, fief d’Etienne Tshisekedi. À Goma, un chanteur très populaire a été enlevé et torturé (sans que l’on en connaisse les auteurs) dans le cadre d’une campagne marquée par l’ethnicisation. À Kindu, les bureaux de deux candidats de partis de la majorité présidentielle qui s’affrontent aux législatives ont été incendiés, tandis que, dans la même province, les partisans de deux autres candidats issus aussi de la majorité présidentielle se sont affrontés violemment. Au Sud Kivu, des partis se plaignent de harcèlement, de menaces, de vols et d’agressions : ils mettent aussi en cause l’armée qui ferait campagne pour le candidat Kabila. En Equateur, des accrochages, parfois à la machette, ont également eu lieu entre des militants de divers partis. Enfin au Bandundu, la délégation du parti de Vital Kamerhe a été attaquée par des militants du PPRD alors qu’elle entrait dans la ville de Kikwit : il y aurait eu deux morts à cette occasion.

###google###

Mais l’affaire qui a médiatiquement défrayé la chronique est l’interview de Tshisekedi par une radio congolaise appartenant à un de ses alliés (laquelle a été suspendue pour sept jours), interview au cours de laquelle le patron de l’UDPS aurait affirmé qu’il n’y avait « plus besoin d’élections puisqu’il était de facto président » et aurait invité ses partisans à « casser les prisons » où étaient détenus des militants de son parti. Tshisekedi, qui se trouvait toujours en Afrique du Sud où il cherchait des appuis auprès de l’ANC et d’hommes d’affaires, était attendu cette semaine à Kisangani par des dizaines de militants, est finalement arrivé à destination, l’avion sud-africain qui le ramenait ayant reçu l’autorisation d’atterrir, contrairement à ce qu’avait précédemment affirmé son parti. Tout en niant avoir appelé à la violence, il a maintenu ses déclarations « fortes », son entourage tentant cependant de les atténuer.

Ce climat de tension et de violence n’est pas sans inquiéter les partenaires de la RDC : la Belgique, qui a octroyé 1,3 millions d’euros pour l’observation des élections, la France, la Grande-Bretagne, la MONUSCO, le Conseil de Sécurité et le Bureau conjoint des N.U. aux droits de l’homme ont réagi dans ce sens. À cette occasion, le ministre congolais de la Justice a déploré le fait que le rapport rédigé par la dernière institution tendait à « victimiser à outrance » l’opposition et à « diaboliser » la majorité. De son côté, le primat de la RDC a condamné des violences qui, selon lui, s’apparenteraient à de la barbarie, et a appelé les candidats à « rassurer » les populations. Dans la foulée de ces interventions, des déclarations apaisantes et des appels à la tolérance ont été prononcés par le porte-parole de l’UDPS, dont trois militants ont été libérés de prison, et le conseiller politique du président Kabila. De son côté, le président et le vice-président de la CENI ont confirmé une nouvelle fois le calendrier des élections, élections qui se tiendraient le même jour, alors que, selon un observateur, les bulletins de vote pour les élections législatives ne sont toujours pas arrivés : à ce sujet, le président de la CENI a toutefois affirmé que tous les bulletins seraient arrivés pour le 15 novembre et que tous le matériel électoral serait déployé avant le 25.

Dans le reste de l’actualité électorale, on signalera que le candidat présidentiel Kengo Wa Dondo a déclaré une fois de plus que l’opposition allait perdre si elle ne s’entendait pas sur un candidat commun, qu’une trentaine de patrons d’entreprises publiques, candidats aux élections législatives, ont démissionné de leur mandat et que la mission d’observation électorale, qui comprendra environ 10.000 personnes (sans compter les 30.000 observateurs mobilisés par l’épiscopat), a été officiellement lancée à Kinshasa.

Dans le domaine de l’armée et de la sécurité, une vingtaine de soldats des FARDC lourdement armés, qui auraient été à la poursuite de rebelles, ont été arrêtés à la frontière tanzanienne pour être entré illégalement en Tanzanie. Au Kivu – Maniema, des accrochages ont eu lieu entre FARDC et Maï-Maï Yakutumba au sud d’Uvira et entre FDLR et armée régulière en territoire de Kabambare au Maniema. Au Sud Kivu, le calme est revenu après des affrontements armés entre des Maï-Maï et des FARDC en territoire de Shabunda. Au Nord Kivu, l’attaque ADF/NALU du camp militaire de Beni, qui a été repoussée par les FARDC, a causé la mort de 9 assaillants.

Dans le domaine de la justice, le président Kabila a nommé 18 magistrats au rang de juge au CSJ et 14 avocats au Parquet, ce qui est jugé insuffisant par les uns et contesté par les autres. Par ailleurs, Mathieu Ngudjolo, chef de la milice FNI en Ituri, a comparu à la CPI où il a nié toutes les charges contre lui.

Dans le domaine économique, la société anglo-australienne Billeton a signé un protocole d’accord avec la RDC pour la construction d’un (ancien) projet de fonderie d’aluminium dans le Bas Congo lequel dépendra de la réalisation de la troisième phase (contestée) du projet Inga. On trouvera enfin dans cette livraison un article sur les accords de l’entreprise chinoise SINECO avec la RDC, accords qui ont, selon l’auteur, des aspects positifs pour le Congo. Au Burundi, le président de la République a procédé à un important remaniement du gouvernement.

En Ouganda, l’ex-vice-président du gouvernement, poursuivi pour malversations a été finalement relaxé, mais pourrait répondre ultérieurement d’autres accusations. Par ailleurs, le meurtrier d’un militant homosexuel a été condamné à trente ans de prison : cet assassinat avait fait grand bruit au début de l’année dans ce pays où l’homosexualité est condamnée par la justice.

Au Rwanda, on observe une augmentation sensible des revenus du tourisme pendant les huit premiers mois de cette année. Dans le domaine des relations extérieures, les comptes de l’ambassade rwandaise à Bruxelles ont été bloqués du fait d’un litige entre parties rwandaises : en réponse, le gouvernement rwandais a bloqué ceux de l’ambassade de Belgique au Rwanda.

Kris Berwouts
EurAC
11/11/2011

Share on Facebook0Tweet about this on Twitter0Share on LinkedIn0Share on Google+0Pin on Pinterest0Email this to someone
Pas de commentaire
1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading...Loading...

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire