Paul Rusesabagina : “un homme ordinaire…” qui dérange !
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Rubrique : Actualité


Publié le 16 Nov 2011 par Gaspard Musabyimana

Sauf coup de théâtre de dernière minute, Paul Rusesabagina recevra ce 16 novembre 2011 à Washington le prestigieux Prix Tom Landos de Landos Foundation for Human Rights, édition 2011.

Paul Rusesabagina est ce rwandais aujourd’hui âge de 57 ans et qui, en 1994, avait accueilli à l’Hôtel des Milles Collines de Kigali dont il était gérant, des centaines de Rwandais tutsi fuyant les massacres, les sauvant ainsi d’une mort certaine.

Son histoire a inspiré le cinéaste Terry George qui en a tiré un film sorti en 2004 sous le titre “Hôtel Rwanda”. Le rôle de Rusesabagina est joué par l’acteur américain Don Cheadle.

Dès la sortie du film, Paul Rusesabagina fut considéré comme un héros non seulement par le régime installé à Kigali en 1994 et qui tire sa légitimité dans le génocide, mais aussi par la communauté internationale dont plusieurs ONG ou des gouvernements des états. C’est ainsi qu’il fut décoré par George W. Bush, alors Président des Etats Unis d’Amérique.

Devenu désormais célèbre, Rusesabagina ne va pas tarder à constater que la défense des Droits de l’Homme et l’Action Humanitaire ne se font pas toujours sans heurter les tenants du pouvoir politique. Dès qu’il a commencé à dénoncer la dérive dictatoriale du régime mis en place en 1994, Rusesabagina devint subitement la bête noire du même régime qui l’avait encensé. Il passera sans transition du statut de “héros’’ à celui de “menteur”, “d’escroc” et surtout de”négationiste”.

Pour corser le tout, Rusesabagina s’engagea ouvertement dans l’action politique en lançant, avec d’autres cadres rwandais en exil, un mouvement politique, the Party for Democracy in Rwanda (PDR-Ihumure) résolument critique envers le régime de Paul Kagame et qui dénonce la nature dictatoriale de ce régime. A partir de ce moment, la guerre fut ouverte entre Paul Rusesabagina et Paul Kagame. Pour le discréditer et s’il le faut le neutraliser, le régime de Kigali ne lésine pas sur les moyens. Ne pouvant pas l’accuser de «génocide » comme il est d’usage lorsqu’il faut mettre hors jeu n’importe quel Hutu qui était au Rwanda en 1994, l’appareil juridico-policière de Kigali entend le toucher avec les accusations de « négationnisme » et surtout de “collaboration avec des groupes terroristes” (pas moins !). C’est ainsi qu’il a déjà été interrogé par le Police belge sur demande du Parquet général de Kigali et que ce même Parquet continue de demander à la justice américaine de l’arrêter pour “terrorisme’’.

Ces derniers jours, la tension est montée de quelques crans quand la fondation Landos Foundation for Human Rights annonce que son prix pour 2011 sera attribué à Paul Rusesabagina. Kigali reçut la nouvelle comme une douche froide et déploya des efforts énormes pour faire revenir la Fondation sur sa décision. La presse pro-gouvernementale se déchaîna contre Rusesabagina, des pétitions furent signées et envoyées à la Fondation lui demandant de ne pas décerner un prix à un “négationniste”. Plusieurs personnalités du régime dont certains affirment avoir séjourne à l’Hôtel des Milles Collines à Kigali en 1994 furent sollicitées à témoigner “spontanément” pour dire que Paul Rusesabagina ne les avaient pas sauvées mais plutôt “escroquées”. La redoutable association IBUKA mit tout son poids dans la balance en écrivant directement à la direction de la Fondation pour lui signifier qu’en décernant un prix à Rusesabagina, elle insulterait la mémoire des victimes du génocide !

Mais aux dernières nouvelles, la Fondation serait restée inflexible refusant de se plier aux manœuvres politiques venant de la part d’un régime qui ne supporte aucune critique même celle venant d’un homme de bien mondialement reconnu.

Nous avions eu l’occasion de discuter avec un responsable rwandais et à l’occasion nous nous étions étonnés de cet acharnement à ternir l’image des personnalités comme Rusesabagina alors qu’en réalité elles ne sont ni “negationistes” ni “terroristes” comme les instances du régime veulent le faire croire à l’opinion internationale. Nous avions eu alors droit à un exercice de “langue de bois” classique : non, les organisations comme IBUKA sont independantes et leurs points de vue ne refletent pas toujours les vues des gouvernements ; oui la justice peut poursuivre quiconque est soupçonné d’avoir commis un crime même si par le passé il aurait plutôt bien agi, etc.

L’événement de ce 16 novembre 2011 fera date. En résistant aux pressions énormes du régime de Kigali visant à faire annuler l’attribution du prix à un homme que le régime en place dans son pays natal considère comme un opposant et donc un ”ennemi”, la Fondation Landos pour les Droits de l’Homme fait preuve d’un courage  et d’un sens de pédagogie remarquable, qui jusqu’aujourd’hui, avaient manqués chaque fois que le régime de Kigali s’adonnait à ses caprices « d’enfant gâté » pour imposer à la Communauté Internationale ses propres vues.

Emmanuel Neretse
15/11/2011

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