Mutara Charles Rudahigwa : un monarque controversé
Rubrique : Photos anciennes du Rwanda


Publié le 17 Nov 2011 par Gaspard Musabyimana

palais royal réplique de 1922Né à Nyanza en 1911, Mutara III Rudahigwa, est le fils aîné de Yuhi Musinga et de Kankazi Radegonde Nyiramavugo. Pendant 9 ans, il fit l’école primaire de notables et fut secrétaire de son père avant d’être nommé, à 18 ans, chef du Marangara, tout près de l’évêché de Kabgayi, tenu alors par Mgr Classe. Il fut investi roi le 16/11/1931 à la place de son père. Celui-ci venait d’être déporté. Rien ne devait plus être comme avant. Depuis que Kabare avait intronisé son neveu sans le consentement Rudahigwa-ph. C. Lamottedes Abiru (gardiens du code ésotérique), le pouvoir royal était démystifié et soumis à la merci de n’importe qui. La gestion du pouvoir par Rudahigwa ne fut pas du tout aisé. Il devait se plier aux injonctions de la Tutelle mais également affronter les revendications du menu peuple qui en avait marre avec la féodalité.

Intronisé par l’autorité administrante belge le 16 novembre 1931, Rudahigwa mit en exécution des réformes que l’autorité coloniale avait à son programme. Il procéda notamment à l’unification et au rachat des prestations coutumières et mit sur pied un recensement démographique avec l’appui de la Belgique.

En 1933, il reçut la visite du Prince Léopold et de la princesse Astrid au Rwanda. En 1953, il épousa à Shyogwe Nyiramakomari de la dynastie du Gisaka et en secondes noces Baptême de Rudahigwa avec son parrain Pierre Ryckmans(18/01/1942), Rosalie Gicanda. En 1936, il fit une visite aux mines de Kilo-Moto au Congo belge et à la ferme expérimentale de Nyoka. En 1943, il fut baptisé par Mgr Classe, en même temps que sa mère Kankazi Radegonde Nyiramavugo. Le 27/10/1946, il consacra son pays au Christ-Roi. Le 20/04/1947, il reçut la médaille de Commandeur de l’Ordre de St Grégoire-le- Grand par le pape Pie XII. Lors de sa visite officielle au Rwanda en juillet 1949, le prince Charles, Régent de Belgique, remit à Rudahigwa la médaille de Grand Croix de l’Ordre Léopold II et lui donna également la médaille de guerre 1940-1945.

passeport de Rudahigwa

En avril-mai 1949, il se rendit en Belgique avec 4 de ses notables dont le chef
Kamuzinzi. Il fut de ce fait le premier chef d’Etat rwandais à effectuer une visite dans ce pays. A cette occasion, il se rendit également en Allemagne qui lui fit cadeau d’une voiture connue au Rwanda sous le nom d’Impala. Son chauffeur était un certain Muhikira.

En août 1950, il participa à Kagbayi à la cérémonie de fondation de cetteRudahigwa en visite à l'université coloniale d'Anvers fin avril 1949 mission catholique. Le 19/2/1952, il reçut au Rwanda le chef Kabaka du Buganda. Il assista, le 01/07/1952, à Nyundo, au sacre de Mgr Aloys Bigirumwami, premier évêque du Rwanda.

Le 14/07/1952, le décret institua une nouvelle réforme politique dont la création des conseils consultatifs auprès des diverses autorités coutumières. Il fut suivi, le 01/04/1954, par l’arrêté sur la suppression du servage pastoral ubuhake. Ce fut un acte d’une haute importance après plusieurs siècles qu’avait duré cette institution. En juin 1955, Rudahigwa accueillit le roi Baudouin au Rwanda. En septembre 1995, Mutara Rudahigwa effectua une nouvelle visite en Belgique en compagnie de plusieurs notables. Le 30/06/1957, il fêta ses 25 ans de règne. En 1958, à l’occasion de l’Exposition universelle Internationale de Bruxelles, il se rendit pour la 3è fois en Belgique.

Insigne de la royautéAu cours de son règne, il n’avait plus le droit de glaive dont disposaient ses ancêtres. Cela était un pas important vers la concorde. Il eut aussi le Conseil supérieur du pays (CSP), pour également limiter ses pouvoirs. Cette sorte de parlement était élu au suffrage indirect et était dominé en grande majorité par les dignitaires tutsi. Rudahigwa en présidait les débats, assisté d’un conseil commis par les autorités belges administrantes. Ses différents conseillers furent : successivement Drijvers, Dens, Kirssch et Pochet.

En juillet 1959, des violences politiques furent initiées par son parti, l’UNAR, qui s’en prenait aux leaders des autres formations politiques et aux agents de la Tutelle. Rudahigwa ne put se mettre au dessus de la mêlée et déclara la guerre à ceux qui soulevaient le problème hutu-tutsi pour pérenniser le système féodal.

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Le roi Charles Léon Pierre Mutara III Rudahigwa mourut inopinément le 25Rudahigwa avec son conseiller Drijvers juillet 1959 à Bujumbura (Burundi). Les rumeurs allèrent bon train sur les causes de cette mort subite. L’hypothèse avancée par les médecins fut celle d’un accident cérébral dû à une incompatibilité des médicaments qu’il prenait contre la stérilité et pour la désintoxication à l’alcool. Quant aux milieux de la cour, ils propagèrent des suspicions selon lesquelles le roi aurait été empoisonné par son médecin traitant. Une autre piste avancée par les fins connaisseurs du code ésotérique fut celle d’un suicide rituel, justifié par le fait que le roi ne maîtrisait plus les rênes du royaume et devait donc céder le pouvoir.

En effet, il était tiraillé devant une montagne de difficultés qu’il ne parvenait pas à s’en dégager. Il était en train de batailler fort contre la fronde hutu et ne parvenait pas à la freiner. Ses relations avec les autorités coloniales étaient exécrables. Il leur reprochait de ne pas accorder au Rwanda une indépendanceRudahigwa et son conseiller Marcel Pochet immédiate qui aurait donné libre cours à maintenir les Hutu en esclavage. Finalement, il en voulait même à Mgr André Perraudin, vicaire apostolique de Kabgayi et à l’Eglise catholique en général, qu’il n’était pas parvenu à dompter en vue d’en faire une église nationale sous les ordres de la dynastie nyiginya.

Dans son propre camp, il s’y était créé des ennemis dont le chef de file était Prosper Bwanakweri. Enfin, il y avait sa stérilité qui le complexait car il ne parvenait pas à donner au pays un héritier. Sa première femme, Nyiramakomari fut répudiée car elle faisait de fausses couches. La seconde, Rosalie Gicanda ne lui donna pas non plus d’enfants.

Comme  le roi est mort sans héritier, sa succession fut problématique. Il a fallu le forcing des unaristes le jour de Rudahigwa avec un chef des Batwa, avec le danseur Buteral’enterrement pour désigner de force son jeuneDans l'attente du prince Charles frère Jean Baptiste Ndahindurwa, alors sous-chef au Rukondo dans le territoire d’Astrida (Butare)Rudahigwa jouant au tennis.

17/11/2011

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