Critiques de M. Ngirumpatse au livre « Inkundura » de JB Nkuliyingoma
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Rubrique : Livres


Publié le 18 Déc 2011 par Gaspard Musabyimana

Matthieu NGIRUMPATSE                                         Arusha le 7 décembre 2011PO BOX 6016
ARUSHA- TANZANIE

A Monsieur Jean Baptiste NKURIYINGOMA

Objet : Mon opinion sur votre livre : INKUNDURA

Cher Nkuriyingoma, 

J’ai lu avec attention et intérêt, votre livre INKUNDURA. D’emblée, je voudrais vous féliciter pour tant d’efforts de recherche et pour avoir écrit ce livre en kinyarwanda. Ainsi chaque lecteur ne parlant pas français (et ils sont nombreux au Rwanda), peut-il le lire et se faire une idée de ce qui s’est passé.

Je saisis également cette occasion pour répondre à votre invitation faite à tout lecteur qui le souhaite, de vous donner des observations éventuelles, car, écrivez-vous, vous n’êtes pas informé sur tout. Comme vous le savez, j’ai été l’un des principaux acteurs de cette période en ma qualité de Secrétaire National, puis de Président du MRND. J’ai participé à beaucoup de réunions et événements pendant toute la durée de la guerre. Arrêté le 5 juin 1998, j’ai suivi les procès qui se déroulent auprès du TPIR depuis le 10 juillet 1998 jusqu’à ce jour. C’est pourquoi il m’a semblé utile de rectifier, dans le document en annexe, certaines affirmations qui ne sont étayées du reste par aucune preuve, si je me réfère aux situations réelles que j’ai vécues et observées.

J’ai également constaté que vous vous êtes largement inspiré du livre d’André Guichaoua, intitulé RWANDA, DE LA GUERRE AU GENOCIDE. Les politiques criminelles au Rwanda (1990-1994), Editions La Découverte. Je récuse certaines des affirmations du professeur Guichoua, son objectif étant de salir et diffamer mes compagnons et moi-même. La plupart de ses thèses ne sont que des ragots sans aucune base scientifique. Son attitude, si l’on n’y prend pas garde, pourrait entraîner les Rwandais dans une mésentente définitive, ce qui n’est évidemment pas souhaitable. Le fait de prendre son livre comme une référence pourrait induire en erreur et avoir des conséquences irréversibles pour l’avenir.

Sans entrer dans les détails, parce que le document en annexe est assez explicite, je voudrais vous indiquer les points qui ne sont que des ragots, calomnies ou diffamations. La liste n’est pas exhaustive. Loin de constituer une critique uniquement, mes considérations devraient compléter vos recherches dans l’intérêt de l’Histoire et du lecteur. Ma réflexion condensée dans le document en annexe se concentrera, principalement, sur les points suivants.

1. La révocation de Dismas NSENGIYAREMYE de son poste de Premier Ministre n’est pas le fait du MRND. La réalité est qu’il ne s’entendait plus avec ses camarades des FDC. En outre le problème était principalement interne au MDR, où il y avait manifestement un conflit d’intérêts entre des individus ainsi que de sérieuses divergences idéologiques.

2. La prétendue présence de Matthieu NGIRUMPATSE chez Agathe
UWIRINGIYIMANA en compagnie d’autres personnalités pour la persuader de ne pas démissionner de son poste de Premier Ministre, est une invention de Guichaoua.

3. Il n’y a pas eu de réunion entre BAGOSORA et l’équipe dirigeante du MRND, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994. Par ailleurs, Matthieu NGIRUMPATSE, Edouard Karemera, Ferdinand KABAGEMA et Joseph NZIRORERA ne se sont pas réfugiés à la Garde Présidentielle à Kimihurura, la même nuit.
4. Il n’y a pas eu de lutte pour le pouvoir entre Joseph NZIRORERA et Matthieu NGIRUMPATSE.

5. Les quatre dirigeants du MRND ne sont nullement impliqués dans l’assassinat du Premier Ministre UWIRINGIYIMANA ou d’autres personnalités assassinées après l’attentat du 06 avril 1994.
6. BAGOSORA n’a pas mis en place le gouvernement intérimaire. Ce sont les responsables des partis politiques qui ont arrêté son programme et désigné ses membres. Ce n’était pas non plus un coup d’état, ce gouvernement était réclamé par les Nations Unies.

7. Les dirigeants du MRND ne sont pas ces monstres que décrit Guichaoua dans les encadrés de son livre (n° 1 pour Joseph NZIRORERA à la page 50, n° 3 pour Edouard KAREMERA à la page 88 et n° 7 pour Matthieu NGIRUMPATSE à la page 161). En affirmant que Matthieu NGIRUMPATSE n’avait aucune valeur intrinsèque, Guichaoua lui a manqué de respect et l’a particulièrement blessé.

Comme vous le constaterez, ce sont ces mensonges qui ont constitué la base de l’histoire de ce qui s’est passé au Rwanda depuis la nuit du 6 avril 1994. C’est une histoire faussée, mais qui risque de s’imposer et je ne souhaite pas que des intellectuels jeunes et intelligents comme vous, relaient les mensonges construits par le FPR et par les mercenaires payés par le TPIR.

Je voudrais vous référer à la conclusion de mon document où je parle du discours de Léon Blum relatif aux dangers da la calomnie. Il dit en effet : « Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoi qu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue…Tous les bruits infâmes sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler. » C’est une situation qui s’applique parfaitement au Rwanda. Le FPR a lancé les faux bruits, la calomnie et le mensonge pour les besoins de sa guerre. Il a utilisé les plumes et les bouches des personnes corrompues et sans scrupules. Il le fait toujours. Les intellectuels rwandais n’ont aucun intérêt à adopter l’Histoire écrite par le FPR et ses parrains. Ils n’ont aucun intérêt à aider le FPR à marginaliser, par le biais de la calomnie et du mensonge, une grande catégorie de Rwandais.

Les intellectuels rwandais doivent sortir du lot des hommes de la rue et vérifier les informations qu’ils reçoivent pour ne pas légitimer la calomnie et le mensonge.

Si les Rwandais veulent que le dialogue réussisse, ils doivent accepter le langage de la vérité.

Ils doivent dénoncer tous les mensonges construits jusqu’à ce jour et, surtout, cesser de les relayer. La crédulité risque de les légitimer et les faire considérer comme la véritable Histoire de notre pays, ce que, j’en suis sûr, vous ne souhaitez pas.

Je vous souhaite bonne réception de ce document, avec le souhait de vous lire le plus vite possible.

Amicalement,

Matthieu NGIRUMPATSE

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