Froduald Karamira, Agnes Ntamabyariro et Léon Mugesera, même sort ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 26 Jan 2012 par Gaspard Musabyimana

La saga judiciaire de Léon Mugesera, cet universitaire qui vivait au Canada depuis 1993, vient de prendre fin avec sa déportation au Rwanda le 24 janvier 2012. Pour un discours prononcé en 1992 au plus fort de la guerre menée à partir de l’Ouganda et à l’intérieur du pays en pleine lutte politique entre les opposants au régime du président Habyarimana, Léon Mugesera, présenté à l’opinion internationale comme un grand criminel, est donc finalement livré à ses adversaires politiques qui se sont emparés du Rwanda depuis juillet 1994. Pourtant, ce professeur d’université avait quitté le pays en 1992 et donc n’était pas présent au Rwanda en 1994 quand le génocide a eu lieu. Ensuite son « speech » n’avait pas été diffusé sur les ondes de la radio nationale en 1992 et donc n’avait eu aucun impact dans l’opinion mais aussi rien n’indique que les tueurs de 1994 se sont inspirés du discours de Mugesera.

Le Canada justifie sa décision de remettre Léon Mugesera au Rwanda par le fait que ce pays a aboli la peine de mort, que depuis lors il respecterait les Droits de l’Homme, que Mugesera serait assuré d’avoir un procès équitable et qu’il ne serait pas torturé.

Pourtant en analysant les cas des seuls politiciens livrés à Kigali par certains pays, force est de constater que le sort de Mugesera ne sera pas meilleur.

  1. Froduald Karamira : exécuté sommairement après un simulacre de procès.

Froduald Karamira était vice-président du parti d’opposition MDR. En 1993, il s’opposa à la mainmise du FPR à son parti. Karamira prit le chemin de l’exil en 1994. En juin 1996, il fut déporté de l’Inde via l’Ethiopie et livré à Kagame, son ennemi politique d’hier qui venait de prendre le pouvoir par les armes au Rwanda en juillet 1994. Après un simulacre de procès, il fut exécuté 24 avril 1998 au stade régional de Kigali à Nyamirambo devant une foule de badauds rassemblée pour venir acclamer sa mise à mort. Il s’est affaissé après qu’un peloton de jeunes combattants du FPR eut tiré sur lui à bout portant en pleine poitrine sous les acclamations de la foule surexcitée par la propagande des médias gouvernementaux.

  1. Agnès Ntamabyariro : kidnappée

Agnès Ntamabyariro est une des rares femmes qui se sont engagées en politique dans les années 90. Juriste de formation, elle a rejoint le Parti Libéral (PL) dès sa fondation. Elle a alors occupé des postes ministériels dans les gouvernements de coalition dans lesquels le PL faisait partie. En avril 1994, elle était ministre de la justice. Après la victoire du FPR en juillet 1994, elle s’est exilée en Zambie. En 1997, on apprendra que l’ancienne ministre Ntamabyariro avait été déportée au Rwanda et qu’elle y serait détenue. La nouvelle fut confirmée, quand en août 2006, elle fut aperçue au TPIR comme témoin à décharge. A cette occasion, elle a imploré, en vain, le Tribunal et le gouvernement tanzanien de ne pas la laisser retourner au Rwanda. Elle fut réembarquée vers Kigali. Elle fut condamnée à la prison à vie en janvier 2009 après un simulacre de procès.

  1. Léon Mugesera : quel sort ?

Léon Mugesera vient d’être livré à Kagame après 16 ans de lutte procédurale. Il a perdu la partie parce que l’adversaire est beaucoup plus fort quand il met en jeu les intérêts financiers des sociétés minières canadiennes opérant à l’Est de la RDC et dont la sécurité est confiée au Rwanda. Mugesera ne sera pas fusillé sur la place publique comme le fut Froduald Karamira. Le régime de Kigali le fera languir en prison avant de le condamner à la prison à perpétuité. Vu son âge et les mauvaises conditions de détention qui seront les siennes dans les prisons rwandaises, il ne tardera pas à rendre l’âme.

Voilà le calcul machiavélique qu’effectue le régime FPR pour les cas de Madame Agnès Ntamabyariro et Léon Mugesera : à défaut d’être exécutés publiquement, les prisonniers meurent à petit feu dans les geôles rwandaises, loin des regards indiscrets.  

Moralité : les pays étrangers, partenaires du Rwanda de Paul Kagame et de son mouvement totalitaire FPR devraient d’abord apprendre à connaître ce qu’est le régime rwandais qui ne s’inscrit pas du tout dans le schéma des régimes des Etats démocratiques mais qui maîtrise tous les leviers pour bénéficier des avantages et qualifications des Etats civilisés.

Ghislain Mikeno
26/01/2012

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