Actualité des Grands Lacs – Semaine du 25 février au 2 mars 2012
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Rubrique : Actualité


Publié le 3 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, on signalera d’abord la publication du deuxième rapport du Centre Carter consacré surtout aux élections législatives, rapport qui fait valoir que celles-ci manquent aussi de crédibilité (mais qui contient certaines incohérences et approximations – NDA). Du côté de l’Assemblée nationale, qui se met en place et dont le président sortant est accusé d’avoir détourné les primes destinées aux membres du personnel administratif – certains de ces agents ont été attaqués à cette occasion par des jeunes du PPRD –, on relèvera la visite impromptue du président Kabila qui a voulu se rendre compte de l’évolution des travaux de validation des mandats des députés. Cette validation a effectivement eu lieu cette semaine, y compris pour ceux de l’UDPS qui se refusent toujours pourtant à siéger. Le patron de ce dernier parti, Etienne Tshisekedi, a quitté pour la première fois sa résidence pour une rencontre avec l’ambassadeur d’Allemagne, tandis que le numéro 2 du parti, Jacquemain Shabani a porté plainte pour « arrestation arbitraire » et « tentative l’assassinat » lorsqu’il a voulu quitter le Congo la semaine passée.

On mentionnera que les deux élus du parti d’Eugène Diomi Ndongala (DC) ont refusé eux aussi de siéger à l’Assemblée nationale. Ces différents boycotts ont été déplorés par l’ASADHO qui invite tous les élus nationaux à siéger dans la nouvelle assemblée et qui exige également que ce soit cette assemblée qui évalue les travaux de la CENI avant l’organisation des élections à venir.

Du côté du PPRD, un séminaire de formation des nouveaux élus a été organisé : des militants de ce parti ont envahi le siège de la CSJ, laquelle a déjà rejeté une cinquantaine de plaintes jugées non-fondées, pour soutenir le secrétaire général du parti et président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab, contre les partisans de deux partis de l’opposition, l’UNC et l’Ecidé, qui contestent son élection comme député, mais qui n’ont pas eu gain de cause. Enfin, on signalera que le député de l’UNC, arrêté pour avoir entretenu une milice pendant la période électorale, a été condamné par la CSJ à un an de prison pour « haine tribale ».

Sur le plan international et toujours à propos du processus électoral, on signalera que le président de la Ligue belge des droits de l’homme affirme que « Kabila n’est pas fréquentable » et que le ministre belge des Affaires Etrangères, qui a évoqué au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU les conséquences bénéfiques de la coopération même s’il y a eu des dérapages durant le processus électoral, « ne devrait pas le fréquenter ». Par ailleurs, le gouverneur du Katanga considéré comme proche du président réélu, a échappé de justesse à une agression par des membres de la diaspora congolaise à Bruxelles.

Parmi les autres nouvelles politiques, on signalera que plus de 64.000 fonctionnaires ont été validés biométriquement dans le cadre d’un projet lancé par la Banque mondiale.

En matière de sécurité, les deux Kivu demeurent toujours des lieux d’affrontements violents. Cette semaine, une attaque des FDLR a eu lieu dans le territoire de Kabare au Sud Kivu en guise de représailles contre les populations et ce dans le cadre de la nouvelle opération de paix lancée par la MONUSCO et les FARDC. Toujours au Sud Kivu, où l’ONG Caritas estime que 300 cas d’assassinats ont eu lieu pendant l’année 2011, les FARDC ont opéré un bouclage d’Uvira pour venir à bout des groupes armés réfractaires, tandis qu’une opération a été lancée contre les FDLR à l’ouest de Sange, en territoire d’Uvira. Dans la province du Nord Kivu, on a assisté dans des localités proches de Beni à des déplacements de populations  qui craignent les exactions des forces armées, tandis que dans le Masisi, où un chef de quartier a été assassiné par des hommes armés à Kitchanga, plus de 10.000 déplacés ne peuvent rentrer chez eux du fait que leurs terres sont occupées par d’autres.

Au Maniema, un groupe de Maï-Maï a volé du matériel électoral de la CENI et pillé des biens en territoire de Kibombo. En Province Orientale, des accrochages ont eu lieu entre les FARDC et des milices incontrôlées à Getty en Ituri, tandis que le chef des FRPI, Cobra Matata, a déclaré être prêt à se rendre avec ses 1.500 hommes pour autant qu’ils soient intégrés à l’armée.

Dans le domaine de la justice, la Voix des Sans Voix s’inquiète du gel de la procédure d’appel dans l’affaire du meurtre du militant Chebeya. Par ailleurs, le verdict de l’affaire du chef de milice Thomas Lubanga interviendra à la CPI le 14 mars prochain. En matière des droits humains, quatre journalistes congolais ont reçu le prix des droits de l’homme 2011 octroyé par le Centre Carter associé à deux autres ONG. De son côté, le gouvernement a décidé d’autoriser la réouverture d’une station de radio-télévision proche de l’UDPS, sans émettre des excuses pour une mesure « injustifiée », a fait remarquer JED qui parle aussi d’une mesure de rétablissement du signal « tardive ».

Dans le domaine économique, le gouvernement, qui a signé un contrat de performance avec deux sociétés qui ont connu de nombreuses défaillances, la Regideso et la Snel, a décidé de bloquer les exportations de certains produits miniers (étain, or, coltan) qui ne seraient pas certifiés comme ne provenant pas de zones de conflits.

Au Burundi, où les violences politiques n’ont pas cessé, la visite du roi des Belges à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance est espérée par le pouvoir, mais aucun signal n’a encore été donné par la Belgique à ce sujet : le ministre belge des Affaires étrangères se rendra prochainement à Bujumbura pour apprécier la question.

Au Rwanda, un ancien ministre arrêté en 2002 pour avoir créé un parti politique et jugé de manière inéquitable a été libéré après dix ans de prison : il déclare vouloir continuer son combat pour la vérité, Amnesty International demandant que le pouvoir cesse de pourchasser les opposants. Par ailleurs, le TPIR a décidé du renvoi d’un deuxième prévenu accusé de génocide vers la justice rwandaise. On signalera enfin que, selon des sources officielles, plus de 39.000 personnes ont été condamnées ou sont en attente de jugement pour crimes de génocide : un père blanc qui a passé 75 jours en prison pour « implication dans le génocide » et qui raconte ses souvenirs dans un livre attire l’attention sur ses « compagnons d’infortune » qui n’ont jamais été jugés.

Donatella Rostagno
EurAC

02/03/2012 

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