Actualité des Grands – Lacs – Semaine du 3 au 9 mars 2012
+
Rubrique : Actualité


Publié le 9 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, trois mois après des élections jugées peu crédibles, la « normalisation institutionnelle » se fait toujours attendre. Le Premier ministre Muzito, après un ultime conseil des ministres, a donné sa démission pour permettre au Chef de l’Etat, jugé par certains comme très isolé, de constituer un nouveau gouvernement : les supputations font toujours bon train sur le nom de son successeur. En attendant, Joseph Kabila a désigné un intérimaire, Louis Koyagialo, ancien secrétaire général de l’AMP et originaire de la région de Mobutu, mais n’a pas nommé de nouveaux ministres : la plupart des membres du gouvernement ont à cette occasion fait le choix de siéger à l’Assemblée nationale. En fin de semaine toutefois, on apprenait que le président de la République avait nommé le Katangais, Charles Mwando Simba, ex-ministre de la Défense, comme informateur chargé d’identifier une coalition gouvernementale.

Du côté de l’UDPS, devenu premier parti d’opposition, un groupe de députés de ce parti et de ses alliés ont choisi de siéger à l’Assemblée nationale, allant à l’encontre de la décision d’Etienne Tshisekedi. Pour leur part, les évêques catholiques tentent, après la marche des Chrétiens interdite, de mener une médiation : une délégation de ces évêques a rencontré le président de la République et trois des opposants (Tshisekedi, Kamerhe, et Kengo). Le dialogue n’a pas à ce stade abouti : le président Kabila et son parti ont salué l’initiative pour autant qu’elle se situe « dans le respect des lois et de la constitution », mais l’UDPS, qui l’a aussi saluée, indique que le dialogue doit aboutir à une reconnaissance de la victoire d’Etienne Tshisekedi. En ce qui concerne la CENI dont une délégation s’est rendu à Moscou pour l’observation des élections dans ce pays, son vice-président a salué le travail accompli et a annoncé un travail de synthèse qui servira à une évaluation du processus électoral à mener avec les partenaires.

Le pouvoir reste sur le qui vive. À preuve, le maire de Kindu, fief du président, a interdit une manifestation pacifique de femmes congolaises qui visait à encourager un leadership féminin aux prochaines élections, tandis qu’un magistrat reste poursuivi pour offense au chef de l’Etat sur facebook et dont une ONG des droits de l’homme demande la libération immédiate, le président de la République n’ayant même pas porté plainte lui-même.

Dans le domaine de la sécurité à l’est, la représentante adjointe du Secrétaire général des N.U. se dit préoccupée par la recrudescence des activités des groupes armés nationaux et étrangers au Nord Kivu, tandis que la société civile du Sud Kivu dénonce l’insécurité croissante au Sud Kivu où des Maï-Maï recruteraient intensivement dans un contexte post-électoral tendu. Sur le terrain, des hommes armés, dont l’un a été lynché par la population, ont investi une localité en territoire de Rutshuru. Par ailleurs, des affrontements ont eu lieu entre Maï-Maï et FARDC en territoire de Masisi, tandis que d’autres ont opposé les forces armées et des combattants FDLR en territoire de Walikale. Au Sud Kivu, qui va recevoir de la Commission européenne plus de la moitié des 59 millions d’euros destinés à l’aide humanitaire aux déplacés, la société civile dénonce des enlèvements et des pillages par des FDLR dans le territoire de Kalehe où des affrontements armés ont eu lieu entre une milice Maï-Maï et des FDLR qui attendaient leur rapatriement et ont fait plusieurs victimes civiles.

En Province Orientale, des miliciens réfractaires ont tué et pillé au sud de Bunia depuis le retrait dans la région des FARDC. Quant à la LRA, elle continue à opérer en petits groupes, à tuer et enlever des civils sans défense : plusieurs ONG ont écrit à son sujet au président américain tandis que le clip d’une ONG américaine contre son chef, Joseph Kony, fait un « buzz » (contesté) sur internet.

Dans le domaine de la justice, on signalera que la demande de libération provisoire de Jean-Pierre Bemba emprisonné à La Haye a été refusée pour la seconde fois.

Dans le domaine économique, une ONG américaine dénonce la pratique de l’esclavage des creuseurs dans les mines de l’est du pays, tandis que la multinationale Banro, qui va rendre opérationnelle une seconde mine d’or dans le Sud Kivu, entend réinsérer socialement les creuseurs en leur octroyant des crédits et une formation. On signalera enfin que la FEC s’inquiète d’une loi destinée à « renforcer l’agriculture » en RDC, mais qui stipule que l’exploitation agricole doit être détenue en majorité par des Congolais, ce qui s’apparente selon elle à une semi-nationalisation. Enfin, on mentionnera que l’Agence française au développement a effacé une partie de la dette de la Gécamines dont le passif s’élève à plus d’un milliard $.

En matière de santé, OCHA signale que le choléra touche désormais 9 des 11 provinces et a fait plus de 850 morts.

Dans le domaine des relations extérieures, la Belgique a expulsé 19 Congolais, dont certains ont participé aux manifestations violentes à Bruxelles dans la foulée des élections congolaises, ce qui inquiète la Ligue des droits de l’homme et le CIRE : rapatriés « dans le cadre de la coopération » (?), selon l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa, ils auraient été conduits en bus dans leur famille, information non confirmée toutefois. Par ailleurs, l’ambassade de Belgique confirme la visite prochaine du ministre des Affaires étrangères qui discutera entre autres du dossier de la nouvelle compagnie aérienne belgo-congolaise. En attendant, le ministre s’est élevé contre l’autorisation accordée à une société sud-africaine par le ministre de l’Environnement congolais d’un projet d’exploration pétrolière dans le parc naturel des Virunga, projet qui avait d’abord été suspendu sous la pression de l’UNESCO et qui est « contraire à la législation congolaise et aux engagements internationaux de la RDC ». De son côté, le parti nationaliste flamand (NVA) a exprimé son « incompréhension » par rapport à la visite du ministre des Affaires étrangères en RDC, visite que deux députés de ce parti estiment être motivée « par des intérêts personnels et de la nostalgie » et qui confère une légitimité à un chef d’Etat réélu dans le contexte d’élections contestées.

Au Burundi, trois policiers ont été tués par des hommes armés provenant de la RDC où le FNL a créé de nouvelles bases. Par ailleurs, trois ONG internationales ont déposé un rapport sur la stigmatisation par le pouvoir de défenseurs de droits humains.

En Ouganda, les députés du parti présidentiel ont blanchi le gouverneur de la Banque centrale dont la démission était demandée par un rapport parlementaire.

Au Rwanda, un Rwandais établi au Canada, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international et soupçonné d’avoir fait partie des milices Interahamwe, mais qui a été blanchi par les tribunaux « gacaca », a été libéré.

EurAC
09/03/2012

###google###

Related Files

Share on Facebook0Tweet about this on Twitter0Share on LinkedIn0Share on Google+0Pin on Pinterest0Email this to someone
Pas de commentaire
1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading...Loading...

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire