L’épuration ethnico-sociale dans la ville de Kigali est à son paroxysme
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Rubrique : Actualité


Publié le 11 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

Depuis quelques semaines, la presse tant gouvernementale que privée rapporte que le dernier quartier de la ville de Kigali où habitaient encore quelques natifs de cette ville et d’autres modestes citoyens vient d’être rasé. Ce quartier porte le nom de Kimicanga. Il est pris en sandwich entre Nyarugenge, le quartier des affaires où est située la résidence officielle de Paul Kagame qui occupe désormais tout l’ancien quartier Kiyovu, et Kacyiru, le quartier des ministères et des bureaux de la présidence (Village Urugwiro).

L’expulsion des habitants de Kimicanga et le rasage de leurs maisons pour donner place aux parcelles destinées aux sociétés commerciales appartenant à l’élite dirigeante et à ses satellites vient ainsi parachever le processus de déracinement de la population autochtone du Rwanda en le coupant de ses racines et en ne lui laissant aucune possibilité de posséder une propriété ou un bien immeuble sur la terre de ses ancêtres. Ce projet cynique, inscrit dès le départ dans l’agenda caché du FPR avant sa guerre de conquête de 1990, est pleinement ainsi réalisé dans ses grandes lignes.

« Step by step » !

Tout a commencé avec le financement de la guerre d’agression déclenchée par les éléments de l’armée régulière de l’Ouganda le 01 avril 1990.  Certes, l’Etat ougandais devait soutenir les efforts financiers de cette guerre injuste, mais pour acculer ceux-ci à ne faire la guerre que dans le seul but de s’emparer du pouvoir en excluant l’hypothèse d’une paix négociée, leurs sponsors les ont poussés à hypothéquer le patrimoine national du Rwanda avant même de conquérir le pays. C’est ainsi que les entreprises étatiques, les richesses naturelles ainsi que les usines et les plantations de thé furent données en garantie à ceux qui leur fournissaient les armes et les équipements militaires.

Ceci explique pourquoi les négociations d’Arusha n’étaient, aux yeux des agresseurs, qu’un moment de répit et une manœuvre pour endormir l’adversaire avant l’assaut final lancé le 6 avril 1994. Dès le début de l’occupation en juillet 1994, une politique bien coordonnée de squatter les biens immeubles des Hutu alors jetés hors des frontières du Rwanda fut appliquée par les nouvelles autorités incarnées par le désormais parti-état FPR. Dans des régions propices à l’élevage, activité chère aux nouveaux-arrivants, des paysans furent chassés de leurs terres pour donner place aux ranches des généraux qui venaient de conquérir le pays. Parallèlement, les rares entreprises publiques qui n’avaient pas été hypothéquées avant la prise du pouvoir furent « privatisées au rabais » et vendues aux mêmes généraux ou à leurs proches.

Enfin les fameux tribunaux populaires Gacaca finiront par rattraper les quelques biens immeubles des autochtones qui étaient parvenus à passer entre les mailles du filet. En effet, les paysans hutu étaient massivement convaincus par ces Gacaca qu’ils étaient coupables et que désormais leurs parcelles étaient saisies pour dédommager leurs voisins tutsi. Les plus fortunés, qui avaient fui le pays, ont vu, par le truchement de ces « tribunaux », leurs propriétés saisies au titre de dommages et intérêts suite aux condamnations arbitraires et par contumace par les Gacaca.  Par l’opération « Gacaca » se réalisait ainsi l’un des objectifs du FPR à savoir : ramener le Hutu à la servitude comme du temps de la féodalité notamment en faisant de lui un citoyen de seconde zone sans droit de bien ou de patrimoine au Rwanda. Les taxes récentes exorbitantes sur les propriétés foncières sont en train de parachever cet objectif machiavélique. Les champs des pauvres paysans qui n’ont pu s’acquitter de ce nouvel impôt seront vendus aux enchères et achetés par les nouveaux-riches qui peuplent la capitale.

La symbolique de « Kigali la Capitale »

D’une légitimité contestable et de surcroit minoritaire, le régime installé en juillet 1994 à Kigali se devait de relever ce défi. Pour réaliser cet exploit, il a opté pour faire de Kigali un « village Potemkine », une vitrine destinée à la consommation de l’opinion externe. Tout est donc fait pour montrer au monde extérieur que le Rwanda se développe mieux que d’autres états africains, qu’il est autosuffisant, que le Rwandais est propre et bon gestionnaire,… Pour ne pas ternir cette image trompeuse, l’élite dirigeante se doit donc de débarrasser Kigali de tout ce qui peut refléter l’image réelle du Rwanda : la faim, l’injustice, la pauvreté,… Dans le reste du pays, les populations manquent de tout et meurent de faim, de pauvreté et de maladies depuis longtemps éradiquées ailleurs dans le monde. Pour mettre en pratique cette cynique politique, le pouvoir du FPR a rasé et chassé sans ménagement et sans indemnisations ou aux prix dérisoires, des habitants de Kigali et de ses faubourgs pour laisser la place aux entreprises appartenant à la clique venue d’Ouganda et à ses favoris. Le rasage du quartier populaire de Kimicanga s’inscrit dans ce cadre.

Une situation irréversible et sans précédent !

En déniant aux populations conquises tout droit à la propriété et en rendant la capitale inhabitable par les autochtones, le mouvement politico-militaire du FPR qui a conquis le Rwanda à partir de l’Ouganda vient d’inscrire un chapitre inédit dans l’Histoire de l’Humanité. Il entend ainsi pérenniser son règne et marginaliser à jamais les populations conquises. Quand on sait que tout ceci se passe au 21è siècle et avec la bénédiction des puissances dites « démocratiques », on ne peut que s’indigner en constatant que dans le monde moderne, le mal a pris le dessus  sur le bien et sur la justice. Hélas ! Les Rwandais l’apprennent à leurs dépens.

Ghislain Mikeno
11/03/2012

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