Décès de Mgr Misago : la fondation d’«une église patriotique rwandaise» est en marche
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Rubrique : Actualité


Publié le 13 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

Monseigneur Augustin Misago, Evêque du diocèse de Gikongoro, est décédé le lundi 12 mars 2012 d’après un communiqué de la Conférence Episcopale du Rwanda par la voix de son Président, Mgr Smaragde Mbonyintege.

Selon des observateurs, la cause de la mort de ce prélat reste floue : pour les uns, il aurait succombé à une crise cardiaque, dysfonctionnement dû aux séquelles de son emprisonnement injuste entre avril 1999 et juin 2000.

Par contre, d’autres sources révèlent qu’il venait de recevoir une femme rescapée qui s’est éclipsée quand Mgr Misago allait lui chercher des frais de voyage pour le retour à son domicile. La femme serait depuis lors disparue et activement recherchée par la police rwandaise.

Par ailleurs, la mort de Mgr Misago était voulue par le pouvoir et l’ex-président Bizimungu avait dévoilé très tôt ce dessein. Lors de la commémoration du cinquième anniversaire du génocide à Kibeho dans la commune de Mubuga au sud de Gikongoro, il avait déclaré que même s’il était prouvé que cet évêque était innocent, il devrait être exilé.

Il faut souligner aussi que le FPR est une organisation foncièrement anticatholique. Son acharnement contre cette Eglise a été une constante depuis le déclenchement de la guerre en octobre 1990 jusqu’aujourd’hui. Tout au début de la guerre, le FPR a assassiné une religieuse française, Renée Popin et une aspirante rwandaise dans la paroisse de Rushaki, tout près de la frontière ougandaise. Le 10 février 1992, à Rukomo, seize prêtres des quatre paroisses du Mutara, dans leur lettre, dénoncèrent un terrorisme à l’encontre de la population civile par le FPR. L’un des signataires de cet appel, le père espagnol Vallmajo sera assassiné par le FPR en 1994 à Kageyo. Dans le diocèse de Byumba, en pleine zone du FPR, on estime que plus de la moitié des prêtres ont été tués. Dans le diocèse de Nyundo, on déplore plus de 30 prêtres tués sur les 53 présents au moment des massacres. Dans le diocèse de Kabgayi, le FPR procéda à l’assassinat, en juin 1994, de trois évêques ainsi que de neuf prêtres qui avaient refusé d’être évacués parce qu’ils avaient peur de la sécurité de Tutsi sous leur protection. Mgr Vénuste Linguyeneza était à Byimana là où les évêques ont été assassinés par les militaires du FPR. Son témoignage est poignant.

Ces ecclésiastiques martyrs étaient :
– Mgr Vincent NSENGIYUMVA, archevêque Hutu de Kigali,
– Mgr Joseph RUZINDANA, évêque Hutu de Byumba, 
– Mgr Thaddée NSENGIYUMVA, évêque Hutu de Kabgayi et président de la conférence épiscopale rwandaise,
– Mgr Jean Marie Vianney RWABILINDA, vicaire général Hutu du diocèse de Kabgayi,
– Mgr Innocent GASABWOYA, ancien vicaire général Tutsi, 
– l’Abbé Hutu Emmanuel UWIMANA, recteur du Petit Séminaire,
– l’Abbé Hutu Sylvestre NDABERETSE, économe général,
– l’Abbé Hutu Bernard NTAMUGABUMWE, représentant préfectoral de l’enseignement catholique,
– l’Abbé Hutu François Xavier MULIGO, curé de la cathédrale de Kabgayi, avec
– son vicaire Hutu Alfred KAYIBANDA et
– son vicaire Tutsi Fidèle GAHONZIRE, tous du même diocèse,
– l’Abbé Tutsi Denis MUTABAZI du diocèse de Nyundo ainsi que
– le Frère Tutsi Jean Baptiste NSINGA, Supérieur Général Tutsi des Frères Joséphites.

En avril 1994, le FPR avait déjà assassiné à Rwesero les abbés hutu : 
– Joseph Hitimana, 
– Athanase Nkundabanyanga, 
– Gaspard Mudashimwa, 
– Christian Nkiliyehe, 
– Alexis Havugimana, 
– Faustin Mulindwa, 
– Fidèle Mulinda, 
– Célestin Havugimana et
– Augustin Mashyenderi. 

Le 17 octobre 1994, le FPR a assassiné le père canadien Guy Simard, curé de Ruyenzi à Butare ; le 1er août 1995, il a tué l’Abbé Pie Ntahobari, curé de Kamonyi à Gitarama. En 1996, il a fait disparaître Monseigneur Phocas Nikwigize, Evêque de Ruhengeri, de retour des camps de l’ex-Zaïre. C’est dans le cadre de cette politique qu’il a précipité la mort de Monseigneur André Sibomana, en lui refusant un document de voyage à temps pour aller se faire soigner à l’étranger. Le 11 mai 1997, deux prêtres de la paroisse catholique de Cyahinda (Butare) furent mis à mort. Début août 1997, il y a eu l’assassinat de l’Abbé Ignace Mubashankwaya de la paroisse de Mushaka en préfecture Cyangugu. Toujours en 1977, le père canadien  Guy Pinard fut abattu à Ruhengeri dans son église après avoir donné la communion à son assaillant, un ex-militaire du FPR. Le 31/01/1998, le père Croate, Vijeko Curic, a été assassiné par un militaire du FPR à Kigali. Le 28 avril 1998, ce fut l’assassinat du Curé de la paroisse Ruhengeri, l’Abbé Boniface Kagabo, un grand ami de Mgr Phocas Nikwigize. Dans la nuit du 7 au 8 janvier 1998, 6 sœurs de la Résurrection du Christ furent assassinées à Busasamana. La liste peut être allongée. 
Tous ces crimes restent impunis!

Cet acharnement s’expliquerait par la poisition des dirigeants de l’Eglise catholique qui, déjà en 1957, ont signé une lettre pastorale demandant la justice sociale dans la gestion des rapports hutu/tutsi. Pour ces évêques, dont André Perraudin et Aloys Bigirumwami, l’injustice compliquait les relations sociales entre les divers groupes de la population rwandaise.

Depuis juillet 1994, selon le journaliste Jerzy Bednarek, des informations persistantes font état du plan du FPR de fonder une « Eglise patriotique rwandaise » calquée sur le modèle chinois. Ce journaliste ne croyait pas si bien dire. 

Jane Mugeni
13/03/2012

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