La France persévère-t-elle dans l’erreur dans le cas du Rwanda ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 26 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

Dans son billet publié dans la "Tribune juive" n° 40 septembre 2008, François Léotard, ministre de la Défense au moment de l’Opération Turquoise, se posait pertinemment la question de savoir pourquoi le pouvoir français, notamment élyséen « éprouve une timidité de jeune fille à soutenir l’honneur d’une République à laquelle il a participé? Sa mémoire est-elle défaillante ? »

Cette interrogation est plus que jamais d’actualité. Il y a une quinzaine de jours, le Rwanda a chassé de son territoire une commission rogatoire française qui venait poursuivre ses enquêtes en rapport avec le génocide rwandais de 1994 au motif que les enquêteurs font perdre du temps à la justice rwandaise selon le Procureur général rwandais Marin Ngonga. C’est la nième fois que la France se fait éconduire au Rwanda ou y reçoit un traitement humiliant.

Le 07/04/2004, la France a délégué le secrétaire d’Etat Renaud Muselier aux cérémonies de commémoration du 10è anniversaire du génocide. L’envoyé français a été pris à partie publiquement par le président Paul Kagame lors de son discours de circonstance. L’émissaire français est sorti précipitamment des gradins du stade et a pris son avion pour retourner à Paris avant la fin des cérémonies.

En novembre 2006, Kigali a pris les devants et a rompu les relations diplomatiques avec la France après la sortie du rapport du juge français Jean-Louis Bruguière accusant le président Paul Kagame d’être le commanditaire de l’attentat contre l’avion de son prédécesseur Juvénal Habyarimana.

Dans les cérémonies du 07/04/2007, le président Paul Kagame a accusé les militaires français de l’Opération Turquoise d’avoir construit sciemment un terrain de volley-ball sur une fosse commune des victimes du génocide. Il a ajouté qu’ils ont même participé aux tueries.

Le 7/4/2008, le président Paul Kagame a lancé des insultes aux juges Merrelles et Bruguière en les traitant de « Kabwera », expression rwandaise qui signifie « vagabond », « prostitué ».

En août 2008, la commission Mucyo créée par le président Paul Kagame a déposé son rapport. Bricolé de toutes pièces et se basant sur de faux documents, le rapport met en cause 13 personnalités politiques françaises et 20 officiers français dans le génocide de 1994.

Malgré cette escalade faite d’insultes et de mépris, à son avènement à la tête de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a voulu à tout prix renouer les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. Il s’est déplacé à Kigali en janvier 2008 et a reconnu que la France avait commis « une faute politique » lors du génocide rwandais de 1994.

Le 09/11/2008, le major Rose Kabuye, chef du Protocole du président Paul Kagame, s’est faite arrêter en Allemagne dans le cadre des mandats d’arrêts internationaux du Juge Bruguière et transférée en France où elle fut mise en examen. Mais très vite, on a appris qu’il ne s’agissait que d’une mise en scène arrangée par les soins du ministre français des Affaires étrangères d’alors, Bernard Kouchner, pour pouvoir avoir accès au dossier d’instruction. D’ailleurs, alors que Rose Kabuye était inculpée pour « acte de terrorisme… » elle a été laissée en liberté malgré la gravité du crime pour finalement être relâchée et rentrée triomphalement au Rwanda.

Une après cette mise en scène, du 6 au 8 janvier 2010, B. Kouchner s’est rendu encore une fois au Rwanda où il fut humilié car il n’a été reçu à l’aéroport que par la même Rose Kabuye. Aucun ministre ne s’était déplacé.

Comme si cela ne suffisait pas, le Rwanda a banni le français comme langue d’enseignement au Rwanda. Seul l’anglais est d’usage dans les écoles depuis janvier 2009. En novembre de la même année, le Rwanda a tourné le dos à la francophonie et a adhéré au Commonwealth.

Après tout ce que le Rwanda a montré d’inimitié, d’arrogance et d’insultes contre la France, le président Sarkozy s’est rendu en visite officielle au Rwanda en février 2010.

Lors de la commémoration du génocide en avril 2011, Bernard Kouchner se rendit au Rwanda. Laurent Contini, son poulain, y était encore ambassadeur. Il prononça, dans l’enceinte de l’ambassade de France à Kigali le 9 avril 2011, un discours fustigeant officiellement l’action des armées françaises au Rwanda en 1994, se mettant ainsi en porte à faux avec la position de son nouveau ministre des Affaires étrangères Alain Juppé pour qui les soldats français ont fait leur devoir et qu’en aucun cas leur honneur ne pouvait être sali.

Ces déclarations d’un représentant de la France au Rwanda faites au moment où un ancien ministre des Affaires étrangères de France se trouvait dans ce pays, a choqué plus d’un parmi la classe politique et les officiers français.

Pour remplacer l’ambassadeur Contini, le choix fut porté sur Hélène Le Gal alors consule de France au Québec. Mais Kigali refusa, à la mi-février 2012, cette nomination, au motif que la diplomate serait trop proche du ministre Alain Juppé, qui avait juré de ne jamais serrer la main de Paul Kagamé tant qu’il continuera de dénigrer injustement la France. Il a tenu parole car lors de la visite du président rwandais en France en septembre 2011, il s’était rendi en mission à l’étranger.

Début janvier de cette année, la tentative de manipulation de l’enquête sur l’attentat de l’avion du président Habyarimana est un autre signe qui ne trompe pas. Le battage médiatique a été orchestré avant même la sortie du rapport balistique avec l’idée d’exonérer Paul Kagame dans cet acte terroriste. Le juge Trévidic doit être aujourd’hui dans de mauvais draps car il a à concilier les pressions politiques et l’éthique judiciaire.

Alors qu’il est de notoriété publique que les relations diplomatiques entre deux pays ne peuvent être basées que sur un respect mutuel, rien de cela entre la France et le Rwanda. Et pour cause ! La France n’a pas encore compris que le Rwanda a un régime politique avec des survivances du maquis et qu’il s’embarrasse donc peu des usages diplomatiques en application dans des pays avec une grande culture démocratique.

Jane Mugeni
26/03/2012

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