Actualité des Grands-Lacs / Semaine du 24 au 30 mars 2012
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Rubrique : Actualité


Publié le 31 Mar 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, la situation institutionnelle se décante lentement. D’une part, l’Assemblée nationale se prépare à approuver son bureau définitif dans lequel seraient représentés la majorité, l’opposition, les indépendants et les non-alignés. D’autre part, après avoir rencontré certains candidats non élus à l’élection présidentielle, l’informateur a remis son rapport au Chef de l’Etat Trois propositions ont été formulées par les formations d’opposition dont l’une, qui consisterait en un gouvernement d’union nationale dirigée par un Premier ministre issu de l’opposition, a été jugée irrecevable. Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent en faveur d’une démission et d’une réforme du bureau de la CENI, laquelle a déclaré que les résultats définitifs des élections législatives seraient publiées par la CSJ le 6 avril.

Du côté de l’UDPS, le parti a décidé que ses députés élus avaient 72 heures pour choisir entre siéger à l’Assemblée nationale et obéir aux directives d’Etienne Tshisekedi qui le leur a interdit : les trois-quarts d’entre eux auraient choisi la première option. Par ailleurs, la mission européenne d’observation des élections a remis son rapport définitif qui conclut au manque de crédibilité des élections présidentielles et législatives de 2011 : pour les futures élections, elle recommande entre autres la mise en place immédiate d’une Cour constitutionnelle, l’audit et la révision du fichier électoral, la recomposition de la CENI ainsi que la clarification sur les violences survenues pendant la période électorale

C’est dans ce contexte que le ministre belge des Affaires étrangères a été la première personnalité occidentale à se rendre à Kinshasa pour une visite qualifiée de « controversée » et à « hauts risques », une visite qui est désapprouvée par le parti d’Etienne Tshisekedi lequel a été empêché de recevoir la presse belge. Certaines personnalités de ce parti ont toutefois rencontré discrètement le ministre belge avec des représentants des deux autres partis d’opposition (UNC et MLC). Le ministre, qui a salué le projet de réforme de la CENI et qui a précisé que sa visite ne légitimait pas les élections, a promis de débloquer 3 millions d’euros pour les élections provinciales et locales.

Au terme de sa visite, il s’est félicité de la « très forte volonté des autorités congolaises » de regagner une crédibilité endommagée par les élections, ainsi que de « faire fonctionner les institutions ». Il a aussi salué l’organisation d’une enquête conjointe sur les violences commises lors de la période électorale, une enquête qui a été acceptée par la MONUSCO et qui est aussi demandée par Amnesty International pour lequel elle doit être indépendante et approfondie. Au Parlement congolais, le ministre a évoqué l’affaire Bosco Ntanganda dont l’arrestation est réclamée par des ONG des droits de l’homme du Nord Kivu.

Par ailleurs, toujours dans le domaine des relations belgo-congolaises, on signalera que deux autres personnalités belges, l’eurodéputé Louis Michel et le ministre de la Coopération, Paul Magnette, n’ont pas souhaité participer à la projection du film de Thierry Michel sur l’affaire Chebeya, un refus que le réalisateur a mis sur le compte de la visite du ministre belge des Affaires étrangères en RDC.

Cette visite n’a pas porté sur l’insécurité dans l’est du pays qui reste très problématique. Au Sud Kivu, où une nouvelle opération militaire, qui crée l’inquiétude, a été lancée par les FARDC, on dénombre plus de 9.000 nouveaux déplacés du territoire de Shabunda qui se rendent en territoire de Mwenga. Au Nord Kivu, où la société civile de Beni – Butembo dénonce la persistance de l’insécurité, une embuscade a eu lieu contre les FARDC en territoire de Rushuru, tandis qu’un affrontement violent a eu lieu entre les forces armées et des bandits armés au sud de Butembo et que des combats ont eu lieu entre les FARDC et les bandes armées d’ADF-NALU en territoire de Beni.

À Masisi, les Maï-Maï APCLS exigent une indemnisation pour avoir combattu le régime Mobutu avec l’AFDL de l’ancien président Kabila. En Province Orientale, trente adultes ont été enlevés en territoire de Bondo par la LRA contre laquelle une force régionale de l’Union africaine (5.000 hommes) va être déployée dans le cadre de la lutte contre ce mouvement rebelle tandis qu’un détachement d’une force spéciale uruguayenne a été mise en place en territoire de Dungu. En Equateur enfin, on note la montée de conflits fonciers entre communautés locales dans le territoire de Kungu d’où était partie la rébellion des Enyele en 2009.

Officiellement, il n’a pas non plus été question lors du passage du ministre belge de l’affaire de l’octroi très contesté, voire illégal, d’une concession d’exploration de pétrole dans le Parc des Virunga à la société française basée à Londres, Soco International, et qui est dénoncée par les autorités coutumières de Rutshuru, ni du manque de transparence dans le secteur minier qui est une fois de plus critiquée par l’ITIE, ni de la mauvaise gouvernance économique constatée dans un récent rapport de la Banque mondiale.

Toujours dans le domaine économique, on signalera qu’en plus de la mise en route le 16 avril de la nouvelle compagnie aérienne belgo-congolaise, Korongo Airlines, une nouvelle compagnie congolaise, FlyCongo, s’est substituée à Hewa Bora interdite d’exploitation depuis le crash de Kisangani l’an dernier. Par ailleurs, le ministère des Mines a réouvert l’exploitation de 11 sites miniers sur 21 dans le Masisi : ces sites ne sont plus classés dans la catégorie des « minerais du sang ».

Dans le domaine de la santé, MSF-Belgique appelle le gouvernement congolais à débloquer les fonds nécessaires pour lutter contre le sida et à rendre effectif la gratuité des soins à laquelle il s’était engagé.

Au Burundi, le gouvernement demande à la RDC de renforcer ses contrôles aux frontières pour que ce pays ne devienne pas une base arrière aux rebelles du FNL. Par ailleurs, les deux principales centrales syndicales appellent à une journée de grève contre la vie chère.

En Ouganda, alors que le principal opposant au président Museveni, Kizza Besigye, a été libéré sous cation, cinquante-trois personnes ont été inculpées pour préparation d’un coup d’Etat.

Au Rwanda, les autorités ont expulsé une nième mission rogatoire française venue pour enquêter sur des Rwandais vivant en France et qui sont suspectés de génocide : le procureur estime que les autorités judiciaires françaises multiplient les missions au Rwanda – il y en a déjà eu plus de trente –, missions qui n’aboutissent jamais.

EurAC
30/03/2012

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