Rwanda : pourquoi la date du 6 avril continue-t-elle de diviser ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 9 Avr 2012 par Gaspard Musabyimana

La date du 6 avril 1994 restera dans l’histoire comme étant le jour de l’attentat terroriste qui coûta la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira. Cet attentat ignoble sera le déclencheur de massacres qui prendront l’allure de génocide. Cette date est diversement appréhendée selon les intérêts des acteurs sur la scène rwandaise. 

– La communauté internationale, incarnée par l’ONU et les puissances ayant soutenu l’agression du Rwanda en 1990, tout en reconnaissant que l’attentat fut l’élément déclencheur du génocide, a tout fait pour que la vérité ne soit pas révélée sur cet attentat. Le tribunal mis en place par la même communauté internationale (ONU) pour juger les crimes commis au Rwanda en 1994 s’est vu interdire de se saisir de cet attentat. Tout est fait pour que ses auteurs, de toute évidence ceux qui se sont emparés du pouvoir en juillet 1994, ne répondent pas de leurs crimes.

– Le pouvoir du FPR du général Paul Kagame qui a conquis militairement le Rwanda à la suite de l’attentat du 6 avril 1994 ne veut pas entendre parler de ce même attentat. Pour lui, c’est un non événement. Et dans une des ses interviews, le général Kagame a déclaré que l’avion abattu ne contenait rien d’important et il considère qu’en avril 1994, c’était en période de guerre ce qui, en tant que soldat, lui donnait le droit de tuer son ennemi. Evidemment, l’ancien maquisard oublie qu’en août 1993, il avait lui-même signé un accord de paix qui stipulait en son article premier : « La guerre est finie entre le Gouvernement rwandais et le Front Patriotique Rwandais ».

– Pour les familles des victimes de cet attentat, leur vie a changé à partir de cette date ; pour cela, elle ne saurait être occultée, d’autant qu’elles attendent toujours de connaître la vérité sur cet attentat qui a enlevé brutalement leurs maris, pères ou frères de qui ils attendaient encore beaucoup de choses.

Intérêts divers

Ces réactions divergentes des parties prenantes à cette affaire peuvent s’expliquer par les intérêts divergents qu’elles défendent.

– La communauté internationale doit faire l’omerta sur cet attentat pour protéger le FPR qu’elle a porté sur les fonds baptismaux mais aussi pour se donner bonne conscience face à la gestion calamiteuse et criminelle de la crise rwandaise entre 1990 et 1994. Ayant en effet opté pour le camp du FPR, tout a été fait pour lui assurer la conquête du pouvoir en fermant les yeux sur ses crimes de guerre, mais surtout en lui donnant un coup de main au moment décisif.

– Le régime de Paul Kagame, de toute évidence responsable de cet attentat, entend s’en défendre pour ne pas apparaître comme ayant été à la base du génocide et pour légitimer sa conquête militaire du pays. En même temps, il ne rate aucune occasion pour culpabiliser la communauté internationale afin qu’elle ferme les yeux sur sa dictature et ses violations des droits de l’homme.

– Les victimes ne réclament que la vérité et que justice soit rendue, mais leurs voix semblent trop faibles pour être entendues.

Polémique et récupération de la date

Pour Kigali, évoquer la date du 06 avril 1994 équivaut à afficher son négationnisme, ce qui est lourdement sanctionné. Quant aux partis d’opposition en exil, ils sont aussi divisés sur la symbolique du 06 avril 1994. Certains voudraient s’en saisir pour rebondir politiquement espérant ainsi rallier le plus grand nombre de victimes du FPR, d’autant qu’il n’y a pas longtemps, ils étaient perçus comme des traîtres pour avoir collaboré avec ce mouvement rebelle avant et après 1994. D’autres pensent que cette date devrait être réservée aux familles des victimes de l’attentat pour qu’elles se recueillent tranquillement et en toute dignité en mémoire des leurs en dehors des projecteurs de la politique politicienne. Les tenants de cette vision des choses refusent de s’enfermer dans la logique qui veut que le 06/4 soit pour les Hutu et le 07/04 pour les Tutsi et préfèrent commémorer la mémoire de toutes les victimes à une autre date.

Il est indéniable que la date du 6 avril 1994 a marqué l’histoire du Rwanda et ne peut donc pas être occultée ou ni exploitée au compte de qui que ce soit, qui ne tarderait pas à l’apprendre à ses dépens.

Ghislain Mikeno
09/04/2012

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