Rwanda : RDF, une milice du parti FPR ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 18 Avr 2012 par Gaspard Musabyimana

L’actualité de ces derniers jours pousse les observateurs à se poser la question de savoir si l’armée rwandaise est vraiment nationale ou si c’est une milice du parti FPR et aux ordres d’un seul homme, Paul Kagame.

Parodie d’arrestation

Au mois de janvier de cette année, le porte-parole de l’armée rwandaise (Rwanda Defence Force=RDF) annonçait avec fracas l’arrestation de quatre officiers supérieurs pour indiscipline, à savoir les généraux Richard Rutatina et Fred Ibingira, le brigadier-général Wilson Gumisiliza et le colonel Dan Munyuza. Ils avaient alors été assigné à résidence.

Le 14 avril, des bruits ont circulé comme quoi le général Ibingira aurait fui le pays. La nouvelle avait été relayée par des médias étrangers dont Chimpreports en Ouganda. Pour couper court à ces rumeurs, une décision tomba comme un couperet : la mesure frappant Ibingira a été levée et il est autorisé à reprendre son travail. L’urgence de la levée de la décision tient de la magie. On dirait un prestidigitateur qui manipule sa baguette magique ! Le général fautif aurait demandé pardon, une pratique en usage au sein du FPR et transposable au besoin dans le règlement militaire !

Cette mise en scène d’arrestation et de libération est du déjà vu. En avril 1995, le même général Ibingira dirigea les massacres de Kibeho qui ont fait plus de 10.000 morts, femmes, enfants, vieillards, etc. Sur pression des organisations de défense des droits de l’homme, l’armée rwandaise fut contrainte d’organiser un « procès ». Ibingira fut jugé pour ce crime le 19/12/1996. Ce procès fut qualifié de simulacre par Human Right Watch/Africa et la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme dans leur déclaration du 30/12/96. Celle-ci soulignait qu’après les massacres de Kibeho, cet officier censé avoir a été relevé de ses fonctions et prétendument mis aux arrêts de rigueur, a été vu participer à une  réception donnée par la présidence rwandaise pour commémorer le premier anniversaire de la libération de Kigali. Il avait donc toute sa liberté de mouvement.

En juin 1994, des militaires dirigés par le général Wilson Gumisiliza ont assassiné à Kabgayi trois évêques ainsi que neuf prêtres. Sur pression du Tribunal International pour le Rwanda, un simulacre de procès a lieu et les assassins ont reçu des peines symboliques. La justice militaire rwandaise a acquitté le général Gumisiriza et le major Ukwishaka au motif qu’ils ne savaient pas que leurs troupes allaient assassiner les évêques ! En appel, l’acquittement fut confirmé et la Cour a réduit de huit à cinq ans la peine de prison infligée aux capitaines Dieudonné Rukeba et John Butera qui plaidaient coupables pour le meurtre de ces ecclésiastiques.

Armée hypertrophiée et monoethniqe

Dans un article publié le 22 avril 2011, Emmanuel Neretse faisait alors remarquer que l’armée rwandaise était hypertrophiée et monoethnique.

Dans cette analyse, Neretse relevait que l’armée de ce petit pays de 26.336 km2 avec une population d’environs 10 millions d’habitants n’était pas construite pour les nécessités de la défense de ce territoire coincé entre des pays plus grands dans tous les domaines. D’après les spécialistes, en considérant le nombre de généraux que compte cette armée (une centaine après les dernières nominations), les effectifs de l’armée du Rwanda dépasseraient en effet ceux des pays voisins pourtant plus étendus et plus peuplés comme la République Démocratique du Congo (2.345.000 km2 avec environs 50 millions d’habitants), la Tanzanie (945.037 km2 et environs 30 millions d’habitants) et l’Ouganda (241.034 km2 et environs 20 millions d’habitants). La question est de savoir quelle est sa mission dans la région !

L’article dont il est question soulignait en outre que l’armée rwandaise était monoethnique. Il révélait que la quasi-totalité des officiers supérieurs sont d’ethnies tutsi. Il ne croyait pas si bien dire !

La presse officielle fait état des nominations survenues au sein de cette armée le 13 avril 2012. Le constat est ahurissant : le nombre de généraux continue de croître exponentiellement. En effet plus d’une vingtaine de nouveaux généraux viennent d’être nommés s’ajoutant à la cinquantaine déjà comptabilisée dans cette catégorie. De même, l’on constatera avec effarement qu’aucun officier d’ethnie hutu n’a été promu, même pas aux grades inférieurs (colonel, lieutenant-colonel…). Dans le passé, à l’occasion de telles nominations-fleuves, quelques officiers hutu étaient symboliquement nommés et cela était grandement médiatisé pour faire passer la pillule. Il semble à présent que le régime n’ait plus besoin de cette mise en scène et entend désormais assumer entièrement la politique d’exclusion des Hutus des instances de commandement de l’armée. Dont acte. On note aussi des nominations fantaisistes et/ou de complaisance comme celle de cet ancien colonel admis depuis plusieurs années à la retraite de l’armée, et député à l’Assemblée nationale depuis lors, mais qui, pour de raisons d’ordre personnel et médical doit se retirer de la vie publique, mais pour « gonfler » sa retraite et assurer l’avenir de sa progéniture, vient d’être momentanément repris dans les cadres actifs de l’armée et nommé « Général-major » !

Un débat raciste

Les propagandistes du régime du FPR tentent d’évacuer ce débat mais se faisant, ils se tirent une balle dans le pied ! Ils se réfugient derrière un argument qui conduit tout droit à les identifier tels qu’ils sont : des racistes primaires. Ils prétendent en effet que les nominations au sein de l’armée de Kagame ne tiennent pas compte du facteur ethnique mais qu’elles sont uniquement basées sur les mérites et les compétences des lauréats. Ainsi donc, dans ce syllogisme, puisque les officiers supérieurs de l’armée rwandaise sont presque tous des Tutsi, la conclusion à tirer des prémisses est que les Hutu ne sont, ni méritants ni compétents pour devenir des officiers supérieurs.

On n’aurait voulu que le régime justifiât cette situation pour le moins bizarre et scandaleuse par autre chose (par exemple en invoquant une volonté politique ou les conséquences de la conquête du Rwanda par une armée venue d’Ouganda) au lieu de tomber dans un racisme primaire croyant trouver une explication logique et rationnelle à une discrimination manifeste et indéfendable. Mais la propagande et la manipulation sont le propre des maîtres du Rwanda actuel et jusqu’ici ça leur a plutôt réussi. D’où la légèreté avec laquelle ils entendent justifier une discrimination criante qui pourtant et malheureusement, aux yeux de tout observateur averti et de bonne foi, ne peut déboucher à long terme que sur une situation explosive.

Zédoc Bigega
18/04/2012

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