Bruxelles : les jeunes belgo-rwandais contre la monopolisation de la Mémoire
+
Rubrique : Actualité


Publié le 21 Avr 2012 par Gaspard Musabyimana

Jambo asbl est une association de jeunes rwandais de Belgique. Elle est surtout connue par son site Jambonews qui traite l’actualité rwandaise. Par contre, sa branche « Mpore » (ne pleures pas) dédiée à la commémoration de toutes les victimes de la région des Grands Lacs, est moins connue. C’est elle qui a organisé, ce vendredi le 20/04/2012, une soirée de commémoration de la mémoire de toutes les victimes de la tragédie rwandaise. L’événement a rassemblé une centaine de Rwandais et d’étrangers.

A l’ordre du jour, il y avait entre autres une conférence, des témoignages et des moments de recueillement et de rédaction de messages d’espoir par le public.

Intitulée « Les blessures invisibles de la guerre », la conférence a porté sur les traumatismes et a été donnée par le docteur Frodouald Gatarayiha, un psychiatre d’origine rwandaise. Ceux-ci surviennent après un événement horrible comme la guerre et apparaissent après une période de latence, c’est-à-dire qu’ils prennent un temps pour se manifester.

Les traumatismes sont étudiés depuis surtout la première et la deuxième guerre mondiale mais surtout après la guerre du Vietnam. Scientifiquement, l’état de stress post traumatique est caractérisé par tout un tas de facteurs dont notamment des pensées intrusives qu’un individu essaie d’évacuer mais sans y parvenir car elles reviennent constamment. Il ne peut donc les éviter, ni les chasser, ni les maîtriser. Un traumatisme impose un encodage spécial des informations et les événements sont racontés par épisodes car la mémoire est fragmentée. Le conférencier a souligné que quand le psychologique souffre, le physique souffre aussi. Ce sont donc les manifestations somatiques qui sonnent souvent l’alerte, dont une hypervigilance caractérisée par un manque de sommeil, des troubles de la mémoire, …

Malgré la technicité du sujet, le public a suivi la conférence avec intérêt, en témoignent les nombreuses questions posées dont notamment celle de savoir si la commémoration du génocide opérée chaque année au Rwanda au mois d’avril et au cours de laquelle des os sont déterrés et exposés n’est pas une façon de réactualiser les traumatismes. Dr Gatarayiha a s’est dit ne pas avoir de réponses adéquate à la question. Celles-ci sont venues du public. Déterrer les os permet d’enterrer dignement un membre de famille une fois qu’il est reconnu soit par ses habits soit par un autre signe, selon un participant. Joseph Matata, un activiste des droits de l’Homme, a éclairé le public en montrant que dans la culture rwandaise, aucune personne ne peut exposer les os de ses parents ou d’un membre de famille. Il les enterre. Pour lui, le but de cette exposition ne peut qu’avoir des fins politiques, dont celle de terroriser les survivants, de rappeler aux uns et autres que la mort peut toujours les frapper, bref d’empêcher la population d’avoir la paix.

La conférence a été suivie de témoignages. Alice Nsabimana, la fille de feu-général Déogratias Nsabimana, Chef d’Etat-Major des ex-Forces Armées Rwandaises, a longuement parlé des séquelles laissées par la parte de leur père, qui a trouvé la mort dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Cela devient dur à supporter surtout que la célébration de la mémoire des victimes a un caractère sélectif car une partie de la population n’a pas droit d’honorer la mémoire des leurs qui ont trouvé la mort soit en 1994 soit dans les camps de réfugiés de l’ex-Zaïre.

Quant à Pudentienne Seward, née d’un couple mixte, de père tutsi et de mère hutu, elle a raconté comment en avril 1994, alors qu’elle était dans sa région natale de Butare, elle a failli être tuée plusieurs fois par des Interahamwe, mais que grâce à Dieu elle a survécu et a pu retrouver son mari anglais au mois de juin. Ils ont quitté le Rwanda et la dame y est revenue en août 1994. Elle est retournée à Butare mais elle a trouvé sa mère et bon nombre des membres de sa famille assassinés par les militaires du FPR qui contrôlaient la région. Actuellement en Angleterre, elle a fondé une association dénommée Pax qui prône un dialogue entre Hutu et Tutsi notamment en organisant des conférences et des séances de réconciliation entre les Rwandais.

Les moments de recueillement furent marqués par une intense émotion perceptible dans la salle éclairée aux bougies sous une musique choisie pour la circonstance.

Gaspard Musabyimana
 21/04/2012


Témoignage de Pudentienne Seward
###NEWS_VIDEO_1###

###google###

Share on Facebook0Tweet about this on Twitter0Share on LinkedIn0Share on Google+0Pin on Pinterest0Email this to someone
Pas de commentaire
1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading...Loading...

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire