RDC : guerre au Nord-Kivu ou le paradoxe congolais
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Rubrique : Actualité


Publié le 25 Mai 2012 par Gaspard Musabyimana

Aussi déroutant que cela puisse paraître, les deux belligérants dans cette nième guerre, à savoir les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC en sigle), autrement dit l’armée régulière, et le mouvement dit M23 (la nouvelle rébellion tutsie), souhaiteraient tous les deux mais chacun de son côté, l’intervention ouverte de l’armée du Rwanda en RDC. Les deux entendent faire prévaloir le prétexte « imparable et inattaquable » qui justifie toute intervention de l’armée du Rwanda en RDC à savoir : « combattre les rebelles hutu des FDLR ».

Ce prétexte a toujours été évoqué pour justifier toutes les guerres qu’a subies le Zaïre, devenu la RDC, depuis 1996. La diabolisation réussie de ce mouvement politico-militaire fondé par les réfugiés rwandais en RDC l’a rendu incontournable dans la justification de toute guerre dans la région.

La première invasion du Zaïre par le Rwanda fut justifiée par les nouveaux maîtres du Rwanda comme une légitime défense préventive avec comme objectif le démantèlement des camps des réfugiés abritant bon nombre de miliciens Interahamwe « qui avaient pris la population en otage et qui menaceraient le nouveau pouvoir installé à Kigali en 1994 ». Ces justifications furent avalisées sans nuance par la communauté internationale et répercutées par la presse du monde entier. Quelques mois plus tard, ce qui était au départ une opération de démantèlement des camps situés à 2000 km de la capitale Kinshasa se terminait par la destitution du président Mobutu et l’installation à Kinshasa d’un nouveau régime. L’officier rwandais qui avait commandé le corps expéditionnaire rwandais pour démanteler les camps de l’Est de la RDC, le colonel (à l’époque) James Kabarebe, devint Chef d’Etat Major de l’Armée congolaise à Kinshasa.

La deuxième guerre de la RDC fut déclenchée et justifiée presque de la même façon. Sous prétexte que Mzee Laurent-Désiré Kabila installé dans le fauteuil présidentiel en mai 1997 se révélait incontrôlable jusqu’à s’allier aux miliciens Interahamwe et aux ex-Forces Armées Rwandaises qui vont par après s’organiser en FDLR, il fallait le renverser.. Cette guerre qui mit aux prises pas moins de sept pays africains et qui, au passage, vit le président Laurent Désiré Kabila assassiné en 2001, se termina par un accord de paix qui faisait la part belle aux factions des protégés du Rwanda.

La troisième intervention officielle de l’armée du Rwanda en RDC en 2007 faisait suite à des accords passés avec le gouvernement de la RDC sous le prétexte de faire la chasse aux FDLR par des opérations « communes » ayant comme noms de code « Kimya I– II et Umoja Wetu ». Jusqu’aujourd’hui, on ne peut pas savoir avec certitude si les troupes rwandaises se sont réellement retirées et surtout en totalité car les effectifs engagés ne furent jamais connus même pas par les services de sécurité du pays hôte, la RDC.

Une nouvelle guerre vient d’éclater dans le même Nord-Kivu. Elle survient après qu’enfin Kinshasa se soit décidé à mettre fin à la protection qu’il avait garantie au général Bosco Ntaganda, un officier tutsi congolais qui avait remplacé un autre à la tête du CNDP (rébellion tutsi de l’Est de la RDC) et neutralisé par le Rwanda en 2009 à savoir le général Laurent Nkunda. Intégré dans l’armée régulière, Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », n’en était pas moins recherché par le CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et qui a lancé un mandat d’arrêt international en son encontre. Voyant leur chef traqué et contraint de vivre en clandestinité, les soldats fidèles à Bosco Ntaganda intégrés dans les FARDC mais qui n’ont jamais voulu être mutés ailleurs que dans leur fief de Masisi, se mutinent et fondent un nouveau mouvement : le M23 qui entend désormais en découdre avec l’armée régulière congolaise. Rebelote donc : une nouvelle rébellion tutsie vient de naître sur les cendres du CNDP comme il a en avait été le cas pour ce dernier né sur les cendres du RCD-Goma.

Nouvelle guerre : vieux prétexte

Dans les combats mettant aux prises les FARDC et la nouvelle rébellion du M23, chaque partie se souvient du joker que constituent les FDLR et s’en sert pour appeler au secours des troupes de Kigali. Au début du conflit début mai 2012, l’armée congolaise a accusé la nouvelle rébellion de s’être alliée aux FDLR qui combattraient désormais à ses côtés. Traduction : l’armée rwandaise est en droit légitime de venir combattre ces FDLR aux côtés des FARDC. Récemment la rébellion M23 a affirmé avoir des preuves que les FDLR combattaient aux côtés des FARDC. Traduction : l’armée rwandaise est en droit légitime de venir combattre ces FDLR aux côtés du M23.

Voici comment les FDLR, diabolisées à outrance, sont devenues un mythe qui constitue une aubaine pour quiconque veut s’assurer les services de l’armée rwandaise dans la région des Grands Lacs surtout en RDC au grand bonheur de Kigali. Les acteurs en usent et en abusent. Ainsi, il semble que même le criminel de guerre présumé Bosco Ntaganda à travers ses protégés aurait exigé que sa traque par la CPI se déroule concomitamment avec celle du commandant en chef des FDLR, le général Sylvestre Mudacumura. C’est dans ce cadre que le Procureur de la même CPI vient de lancer en catimini un mandat d’arrêt international contre Mudacumura en ce mois de mai 2012 comme s’il venait seulement d’apprendre son existence. 

Sacrées FDLR ! Bouc émissaire idéal et mythe insaisissable aux contours flous, mais dont tout le monde a besoin pour défendre ses intérêts dans le drame qui secoue la région des Grands Lacs. Le Rwanda les évoque pour justifier l’occupation illégale permanente mais déguisée de l’Est de la RDC avec tout ce qui va avec en termes économiques. Le gouvernement de la RDC les évoque pour justifier « l’injustifiable » devant la tranche nationaliste de son opinion publique à savoir la présence d’une armée étrangère sur son territoire, et enfin différentes rebellions plus ou moins sérieuses et téléguidées pour s’assurer du soutien militaires et matériel sans limite du Rwanda. Ainsi survivent les mythes, telles les FDLR, qui, de surcroit, constituent des boucs émissaires destinés à expier tous les péchés d’Israël !

Emmanuel Neretse
25/05/2012

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