Rwanda : l’urbanisation rapide chasse les plus pauvres des villes
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Rubrique : Actualité


Publié le 26 Mai 2012 par Gaspard Musabyimana

À Kigali comme dans les autres villes rwandaises, le prix des terrains grimpe rapidement repoussant toujours plus loin les familles pauvres. Celles-ci sont expropriées par l’État ou vendent leurs champs ou maisons aux plus riches qui y construisent, sans toujours savoir où elles pourront s’installer ensuite.

Les petites maisons, bars, kiosques qui caractérisaient le quartier Kimicanga de la ville de Kigali ont presque tous disparus. D’un moment à l’autre, les derniers encore debout peuvent être démolis : ″Nous pouvons voir les caterpillars venir détruire les maisons restantes, disent, désespérés, les derniers habitants du quartier . Nous avons reçu des frais d’expropriation mais nous n’avons pas encore trouvé où aller car les terres sont chères dans les campagnes″. Depuis quatre ans les habitations du quartier Kiyovu (appelé quartier des pauvres) et Gacuriro ont déjà été détruites. Selon le plan directeur de la ville, elles doivent être remplacées par de nouveaux bâtiments commerciaux ou résidentiels. Mais à Kiyovu, seuls trois bâtiments en étage sont construits ou en cours, tandis que la brousse a repris ses droits à Gacuriro. ″La cherté des parcelles, expliquent les autorités de la ville qui les vendent, a freiné les activités″. En effet, en 2009 un m2 coutait 110 000 Frw (180 $) à Kiyovu. Vu la réticence des investisseurs, ces prix ont baissé de moitié en 2011. Mais, à part, les routes macadamisées aménagées sur ce grand terrain, rien ne bouge. 

Les riches s’installent dans les campagnes 

L’appétit de terrains à construire n’est pas propre à la capitale rwandaise d’autant qu’ils sont moins chers dans les villes de province. Certains aussi veulent fuir le bruit et l’agitation de la grande ville. Les plans directeurs des villes prévoient d’ailleurs la création de nouveaux quartiers. Ainsi il ya quelques années, Ruyenzi, un quartier du district Kamonyi de la province du sud était une petite colline de la campagne à 5 km du centre ville. On pouvait voir le long de la route les gens cultiver leurs terres comme ailleurs dans les endroits retirés. Mais actuellement de belles maisons aux toits de tôles rouges ont été construites sur ces champs et, la nuit, des lumières y brillent comme si on était dans un quartier urbain. ″Il n’y a plus ici de kavukire (autochtones), les riches d’ici et là achètent leurs parcelles. Ils sont obligés d’aller acheter eux aussi d’autres terrains ailleurs″, assure un paysan originaire du coin encore en attente de vendre ses terres à un prix qui, dit-il, lui permette de s’acheter un terrain, des champs ou une maison ailleurs. 

Du jour au lendemain en effet, les prix du terrain augmentent dans ce quartier comme dans bon nombre d’autres à Muhanga au sud, à Musanze au nord ou Nyabihu à l’ouest. ″Ici en dessous de deux millions et demi (près de 4000 $), vous ne pouvez pas trouver un terrain pour construire une belle maison. Pourtant ’il y a deux ans on en trouvait à un million ou moins (1800 $)″, assure un commissionnaire qui renseigne les acheteurs sur les terrains en vente à Ruyenzi. 

Dans les villes, les pauvres ont du mal à suivre. ″Parfois vous vous retrouvez entre deux châteaux et vous vous demandez si votre maison est une maison en chaume au milieu d’eux, témoigne un habitant de Kacyiru. Des fois on est soi-même obligé de négocier qu’ils vous payent pour quitter, vous voyant ne pas être du même rang qu’eux″. Les autorités de la ville de Kigali expliquent qu’il existe un plan d’aménagement de quartiers pour les populations à faible revenu comme celui construit par la ville de Kigali dans le district de Gasabo en 2008, pour ceux qui habitaient Kiyovu des pauvres. Le coût d’une maison équivalait alors à 3,5 millions de Frw (près 6 000$). Un prix estimé cher par ceux qui y habitent qui ont du recommencer leur vie quand ils s’y sont installés. 

Construire aussi pour les pauvres
 

Quitter les villes pour aller habiter les campagnes ne plait pourtant pas à tout le monde. Raison qui pousse l’Office rwandais de l’habitat (RHA) à proposer qu’à l’avenir dans les lieux expropriés soient aussi construits des appartements pour les anciens habitants qui ne veulent pas partir. ″Construire pour toutes les catégories de gens à défaut de voir la ville de Kigali n’appartenir qu’aux seuls riches″, a précisé Pierre Damien Habumuremyi, premier ministre lors de l’inauguration, en janvier, de 100 maisons construites par l’Office rwandais de la sécurité sociale. Celles-ci sont très chères pour les gens à revenu moyen. Certaines coûtent 59 millions de Frw (100 000$). Bâtir des immeubles avec plusieurs appartements permet de mieux valoriser le terrain que lorsque de grandes parcelles sont occupées par une seule maison, de larges clôtures et des jardins. Une nécessité dans un pays où les terres ne sont pas suffisantes, dont la population augmente vite – 11 millions d’habitants 3 millions de plus qu’en 2002 – et qui présente les plus fortes densités d’Afrique (plus de 430 h/km2).

Selon le plan directeur de Kigali, établi pour les cinquante années à venir par des architectes américains, les vieilles maisons de commerce, ou les bidonvilles, doivent laisser la place à la construction ordonnée de quartiers résidentiels ou commerciaux et d’infrastructures. Ceux qui doivent quitter les lieux et qui n’ont pas d’autres choix ont cependant un souhait. L’État doit réduire l’intervalle entre la date de recensement de leurs biens et la réception des frais d’expropriation qui est long et qui ne correspond pas aux conditions de la vie actuelle. 

Fulgence Niyonagize

Syfia Grands Lacs 

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