Burundi et Rwanda: 50 ans d’indépendance. Quel bilan ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 14 Juin 2012 par Gaspard Musabyimana

Le 1er juillet 2012, le Burundi et le Rwanda célébreront chacun 50 ans d’indépendance. Le bilan qu’on pourrait dresser aujourd’hui doit tenir compte du processus long, lent et douloureux vers la démocratisation que les deux pays ont connu. Ce processus de démocratisation a été ralenti d’un côté par le système du parti unique (de 1966 à 1992 au Burundi ; de 1965 à 1991 au Rwanda) et de l’autre côté par des violences politico-ethniques qui ont toujours caractérisé la vie des deux pays depuis la monarchie jusqu’à nos jours.

Les processus électoraux qui ont suivi ce qui aurait du être la période de transition ont tout de suite souffert d’une forte carence de culture démocratique des acteurs au pouvoir, ce qui a eu un impact négatif sur la capacité des partis politiques d’opposition de jouer un rôle fort dans la vie politique des deux pays.

Dans le même temps, un rôle très important a été joué par les organisations de la société civile burundaise et rwandaise qui se sont battues dès le début pour obtenir un espace démocratique qui leur permettrait de jouer leur rôle de « watchdog » dans leurs pays respectifs.

A l’occasion des 50 ans de l’indépendance, le bilan qu’on pourrait dresser n’est malheureusement pas très positif. Au Rwanda, le manque de la liberté d’expression et la fermeture de l’espace démocratique sont la cause de l’agonie d’une société civile qui n’ose plus s’exprimer parce qu’elle a été mutilée. En effet, même ses représentants les plus courageux, qui osaient encore s’exprimer il y a quelques années par rapport à la vie politique et sociale de leur pays, se sont tus.

Dans le même temps, l’opposition politique a pratiquement été rayée du paysage politique suite aux arrestations de Mme Victoire Ingabire des FDU (actuellement en jugement), de Déo Mushayidi du Pacte pour la Défense du Peuple (PDP) qui vient d’être condamné à perpétuité et au jugement de Bernard Ntaganda du Parti Social (PS-Imberakuri) condamné à 4 ans de réclusion.  Il y a donc un clair besoin d’ouverture de l’espace politique et de garantie de sécurité pour les représentants des partis politiques d’opposition pour que le Rwanda puisse renouer avec la culture démocratique.

En ce qui concerne le Burundi, nous avons plusieurs fois évoqué dans les pages de ce bulletin la situation de menaces de plus en plus préoccupantes qui pèsent sur la société civile et l’affaiblissement des libertés d’expression pour les ONG et les représentants des médias burundais.  Nous avons été aussi témoins du départ en exil quasi forcé des représentants des partis politiques de l’opposition, ce qui a, de facto, replongé le pays dans une sorte de système à parti unique qui ne semble pas vouloir ouvrir l’espace politique et assurer la sécurité des représentants de l’opposition. 

Face à ces situations, nous observons que, pour le Rwanda, l’Union Européenne (UE) et ses Etats membres pratiquent une acceptation presque aveugle du «statu quo » au nom d’un développement économique qui, en réalité, profite à une infime minorité de la population. En ce qui concerne le Burundi, l’UE et ses Etats membres osent une critique plus ouverte de l’action du gouvernement et nous assistons en même temps à l’abandon de ce pays comme partenaire de développement.  Il nous semble que cette attitude de «deux poids deux mesures» décrédibilise l’action de l’UE. Nous sommes plutôt convaincus que les partenaires internationaux des deux pays devraient continuer à exercer sur ceux-ci la même pression pour éviter qu’ils ne retombent 50 ans en arrière.

Donatella Rostagno, Secrétaire Exécutif AI d’EurAc

Lire le bulletin Eurac en fichier attaché, ci-dessous.

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