Rwanda : Retour sur les éléctions de 2010
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Rubrique : Actualité


Publié le 20 Juin 2012 par Gaspard Musabyimana

Les élections après les élections historiques.
2010 : annus horibilis pour Paul Kagame

Elu en 2003 pour une période de 7 ans, Paul Kagame était en fin mandat en 2010. Les élections présidentielles ont été organisées le 9 août. Comme en 2003, le climat pré-électoral était très tendu. Dans une première phase, ces tensions se sont focalisées surtout autour de l’opposition classique : le Parti Social Imberakuri (PSI) présidé par Bernard Ntaganda et créé par des ex-membres du Parti Social Démocrate (PSD) ; le Green Democratic Party (GDP) avec un leadership principalement issu du milieu anglophone et qui, selon de nombreuses personnes, était une émanation du mécontentement au sein du FPR ; les Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkingi), enfin, avec comme candidate à la présidentielle sa présidente Victoire Ingabire,  rentrée au pays à la mi-janvier 2010 , après une absence de 17 ans.

Les leaders des trois partis d’opposition ont fait face à une hostilité et une agression verbale importante de la  part des autorités et des médias : les messages clairs et le style direct de la flamboyante Victoire Ingabire lui ont attiré beaucoup d’attention nationale et internationale. Dès son arrivée au Rwanda, elle a visité le Mémorial du génocide de Gisozi pour y déposer une gerbe de fleurs. Dans son discours, elle a dit entre autre : « Le chemin de la réconciliation est encore long. Ce Mémorial ne rappelle que le génocide perpétré contre les Tutsi mais reste muet sur d’autres crimes contre l’Humanité ciblant des membres d’ethnie Hutu ».  Elle lançait ainsi une allusion claire aux crimes commis en 1994 par des membres de l’ex-rébellion tutsi, le FPR, aujourd’hui au pouvoir. « Les Hutu qui ont tué les Tutsi doivent comprendre qu’ils doivent être punis. Il en va de même des Tutsi qui ont tué les Hutu ». Cette déclaration a déclenché la fureur des victimes du génocide, des médias pro-gouvernementaux et des autorités, qui l’ont accusée de propager le négationnisme.

Finalement, aucun de ces candidats n’a formellement pu déposer sa candidature à la présidence. Les autorités ont mis en place différentes stratégies pour empêcher leur participation aux élections : l’affaiblissement de leurs partis de l’intérieur par une politique d’infiltration ; un cadre administratif  visant à empêcher l’opposition de se faire enregistrer, de s’implanter ou de se faire connaître auprès du grand public et un cadre légal qui permet au régime d’entamer à très court terme une démarche juridique contre laquelle l’opposition peut difficilement se défendre (puisque les notions de diffusion de l’idéologie génocidaire, du divisionnisme et du négationnisme sont très larges et mal définies dans la loi). Ces stratégies ne signifiaient pas nécessairement que le régime veuille absolument interdire l’opposition. Il aurait pu le faire. Il a plutôt cherché à ralentir l’opposition, à l’empêcher d’atteindre la base avec un message différent du sien et éviter ainsi qu’elle ne gagne en crédibilité.

Tout ceci a créé rapidement un climat pré-électoral comparable à celui de 2003 ; néanmoins, déjà en mars 2010, les tensions changeaient fondamentalement de nature, avec la dissidence du général Faustin Kayumba Nyamwasa, compagnon de route de longue date du Président Kagame et  une des personnes les plus puissantes de l’armée rwandaise. Chef des renseignements militaires pendant toute la guerre, il était perçu comme l’homme fort après Kagame au moment de la victoire militaire de l’ancienne rébellion. En 2001, il a été remplacé à la tête de l’armée par le général Emmanuel Habyarimana, lui-même remplacé plus tard par James Kabarebe. Quand les premiers clivages ont fait surface, Kagame a fait plusieurs tentatives pour l’éloigner : Nyamwasa a été envoyé en formation au Royaume-Uni, et en 2004, il est nommé ambassadeur du Rwanda en Inde. Fin février, il profite d’un passage au Rwanda pour quitter le pays. En passant par l’Ouganda, il cherche asile en Afrique du Sud où il rejoint le général Patrick Karegeya, également un ex-chef des renseignements, mais surtout l’homme central dans le fonctionnement du Congo Desk, service du Département de la sécurité extérieure, créé pour gérer l’exploitation des richesses naturelles de l’est de la RDC, dont les recettes n’apparaissaient pas dans les comptes officiels de l’Etat. Ce système a permis à l’armée et aux dirigeants politiques de dissimuler d’énormes sommes d’argents.

D’un coup, le premier souci du régime n’était plus l’opposition classique. Quand vous avez un contrôle quasi-total sur les institutions législatives, exécutives et judiciaires, quand la presse indépendante a presque entièrement disparu, quand la partie de la société civile qui n’a pas été explicitement récupérée par vous a atteint un raffinement extraordinaire dans l’art noble de l’autocensure, quand vous incarnez pour une partie importante de l’opinion publique nationale et internationale la fin du génocide et le retour à la stabilité, vous ne risquez pas de perdre les élections. Par contre, ces dissidences, à partir de début mars 2010, ont menacé l’inner circle du pouvoir dans sa cohérence et l’ont amené à se battre contre sa propre désintégration.

La fuite de Kayumba Nyamwasa a marqué le début d’une accumulation de violences : des attentats (notamment celui contre Nyamwasa lui-même, le 19 juin à Johannesburg), des arrestations (notamment des généraux Emmanuel Karenzi Karake et Charles Muhire) et des assassinats : le 24 juin à Nyamirambo, du journaliste Jean-Léonard Rugambage du journal indépendant Umuvugizi, suspendu en avril 2010et un plus tard, du vice-président du Green Party, André Kagwa Rwisereka, dont le corps décapité a été retrouvé le 14 juillet dans les marais autour de Butare, pour ne citer que ceux-là.

Finalement, le 9 août 2010, les élections ont été gagnées par le Président sortant Paul Kagame, candidat du FPR, avec un résultant écrasant de 93% des votes contre trois candidats décrits par l’opposition comme des candidats « satellites » figurants d’une opposition de façade destinée à maintenir l’illusion de pluralisme. Les trois candidats se présentaient autour d’un programme commun : la poursuite de la politique sociale et économique réussie du Président sortant.

Quelques semaines après les élections, le draft du Mapping report des Nations unies sur les violations des droits de l’homme en RDC entre 1993 et 2003 a commencé à circuler. Le rapport dresse un bilan d’une décennie (1993-2003) de crimes en RDC (jusqu’en 1997 le Zaïre) contre des civils et des réfugiés. L’objectif était de définir la responsabilité de tous les pays et de tous les mouvements impliqués dans la guerre. L’une des conclusions des experts des Nations unies était que le Rwanda avait commis pendant la guerre de 1996-1997, avec son allié l’AFDL, des actes de violences systématiques à grande échelle contre des Hutus. Les auteurs ne se considéraient ni compétent ni mandaté pour décider si le terme « génocide » était d’application sur ces actes, mais ils confirmaient que certains faits commis par l’armée rwandaise pourraient, s’ils venaient à être jugés par un tribunal compétent, être qualifiés de génocide.

Ce rapport a choqué le gouvernement rwandais. Ce gouvernement avait toujours pu compter sur la loyauté de certains pays et institutions internationales – une loyauté basée au moins partiellement sur un sentiment de culpabilité de la communauté internationale pour n’avoir pas pu éviter le génocide (et, tout franchement, n’avoir pas trop essayé de l’éviter). Pour maintenir cette loyauté, il était très important pour le régime rwandais de veiller à contrôler la lecture que le monde allait faire de l’histoire récente du pays.

Mais même si le rapport a affaibli le gouvernement sur la scène internationale, il a contribué à ce que soit maîtrisé son problème le plus préoccupant du moment : le rapport a aidé à mettre fin à la désintégration du noyau du régime. Il a permis à la classe dirigeante de resserrer les rangs.

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