RDC-Rwanda : Des relations en dents de scie à la mise sous tutelle de fait
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Rubrique : Actualité


Publié le 1 Juil 2012 par Gaspard Musabyimana

Depuis l’indépendance du Congo belge le 30 juin 1960, le nouvel Etat a eu des relations difficiles avec son minuscule voisin le Rwanda qui est resté jusqu’en 1962 sous tutelle de la même Belgique qui avait colonisé le grand et riche Congo. La première République Rwandaise entretiendra des relations non chaleureuses avec le Congo qui deviendra le Zaïre, tout en évitant des confrontations directes. Quant à la Deuxième République survenue le 5 juillet 1973, elle va renforcer ces relations de telle sorte que le Zaïre et le Rwanda d’alors deviendront des exemples des pays amis dont les peuples respectifs tiraient profit de ce climat instauré par leurs gouvernements. Hélas, le dessein de réinstaller, quoiqu’il en coûte, les Tutsi au pouvoir au Rwanda a aussi sonné le glas du Maréchal Mobutu du Zaïre et les deux régimes condamnés d’avance partiront dans la foulée l’un après l’autre. Depuis 1997, les nouveaux maîtres du Rwanda venus d’Ouganda (ou leurs commanditaires) ont fait main-basse sur le Zaïre (redevenu le Congo) qui n’est en fait qu’un territoire sous tutelle des puissances anglo-saxonnes et dont le mandat est exercé par le pouvoir  de Kigali. Comment en est-on arrivé là ? C’est ce que nous allons voir dans les lignes qui suivent.

Révolution populaire au Rwanda, indépendance au Congo

En novembre 1959, la masse populaire hutu se révolte contre la féodalité tutsi et demande à l’autorité tutélaire belge de ne pas l’abandonner aux mains des seigneurs tutsi. La monarchie féodale est déchue et une « République » est proclamée le 28 janvier 1961, bien avant l’accession à l’indépendance. Entretemps, les féodaux ont quitté le pays et ont trouvé asile dans les pays voisins d’où ils organisent des milices armées en vue de reconquérir le pouvoir par les armes. Le 30 juin 1960, la Belgique accorde l’indépendance au Congo et Patrice Lumumba forme son premier gouvernement. Quelques jours après, la Force Publique, devenue l’Armée Nationale Congolaise, toujours encadrée par des officiers belges, se mutine. Pour mater la mutinerie, il sera fait appel à un certain…Joseph Désiré Mobutu nommé pour la circonstance Colonel. Entretemps, au Rwanda, les Belges s’appliqueront à former une armée rwandaise car, jusque là, l’ordre et la sécurité étaient assurés par des soldats congolais qui, bien entendu, sont rentrés dans leur pays après le 30 juin 1960. En 1961, le Premier Ministre du Congo Lumumba sera assassiné et plusieurs de ses partisans prendront le maquis. C’est à cette époque que les milices féodales qui se sont baptisées du sobriquet « INYENZI » ont lancé plusieurs attaques au Rwanda à partir du Congo notamment dans la région de Bugarama au sud-ouest (Cyangugu) ou du Parc des volcans au Nord. Quelques années plus tard, en 1966-1968, des mercenaires conduits par un certain Colonel Schramme ont tenté de contrôler certaines provinces du Congo. Ils furent battus et durent se replier au Rwanda via Bukavu leur dernier bastion. Le Congo alors dirigé par le général Mobutu faillit envahir le Rwanda en invoquant le principe de « poursuite de l’ennemi à chaud ». La crise fut évitée de justesse.

Nouveau régime au Rwanda et nouvelles relations avec le Congo

L’accès au pouvoir du Général Major Juvénal Habyarimana en juillet 1973 allait « booster » les relations entre les deux pays. Ce réchauffement fut illustré par l’intégration des ressortissants rwandais vivant au Congo (devenu Zaïre depuis 1971). Des cadres d’origine rwandaise, surtout d’ethnie tutsi, ont alors occupé des postes importants jusqu’au sommet de l’Etat et d’autres ont mené des affaires florissantes jusqu’à être parmi les plus riches d’Afrique. Au Rwanda, le régime était au moins sûr qu’aucune menace ne viendrait plus de l’Ouest pour le déstabiliser. Bien plus, une coopération militaire agissante avait cour car des parachutistes rwandais furent formés à N’Djili, des commandos à Kota-Koli, des troupes blindées à Mbanza-Ngungu, etc. Si bien que quand survint l’agression du 01 octobre 1990, le Zaïre de Mobutu était le seul allié du Rwanda dans la région qui d’ailleurs n’a pas hésité à envoyer un contingent pour stopper la progression des troupes ougandaises dans le Mutara (Nord-Est). Cependant, le contingent zaïrois ne restera au front que pendant quelques jours avant de retourner dans son pays.

Sur le plan diplomatique, le Zaïre n’a rien épargné pour soulager le Rwanda du poids de la guerre d’agression. La Maréchal Mobutu a offert ses bons offices pour les négociations entre le gouvernement rwandais et le FPR, ce qui a abouti aux accords dits de N’Selé signés en 1991 mais jamais appliqués, le FPR ayant rompu unilatéralement le cessez-le-feu.

Effondrement des deux régimes

Quand le président Habyarimana fut assassiné le 6 avril 1994 et que dans la foulée, le FPR lançait une offensive généralisée sur tous les fronts pour conquérir finalement le pays à moins de 100 jours, le Maréchal Mobutu devait se douter que lui aussi il était dans l’œil du cyclone. C’est naturellement au Zaïre que les débris des Forces Armées Rwandaises vaincues par une coalition « africaine » constituée et conseillée par la superpuissance mondiale, ainsi que les représentants des institutions chassées du pouvoir, ont trouvé refuge en juillet 1994.

En novembre 1996, la deuxième phase de la guerre initiée en 1990 démarra. Sous le prétexte de démanteler les camps des réfugiés hutu, les Tutsi rwandais vont conquérir ville par ville, province par province, tout le Zaïre jusqu’à Kinshasa. Ils installeront Laurent Désiré Kabila dans le fauteuil présidentiel mais lui colleront le tutsi rwandais James Kabareba comme Chef d’Etat major des Armées.

Une mise sous tutelle « rwandaise » de fait

Depuis 1997, le Zaïre- rebaptisé entretemps République Démocratique du Congo- est devenu de fait un territoire sous tutelle des puissances anglo-saxonnes ayant confié à Paul Kagame l’exercice du pouvoir sur le terrain. Dès que Mzee Kabila a levé le petit doigt pour se défaire de la tutelle rwandaise, Kigali organisa une nouvelle invasion qui fut déclenchée en 1998 et sous le couvert d’une nouvelle rébellion créée de toute pièces, le RCD-Goma. En quelques mois, les soldats de Kagame s’emparèrent d’une grande partie du pays. Mzee JD Kabila reçut le soutien de certains pays africains et parvint à stabiliser le front.  Mais en se désolidarisant des Tutsi, il avait signé son arrêt de mort. Il sera assassiné dans son bureau en janvier 2001. Il fut remplacé à la tête de l’Etat par son fils Joseph Kabila qui dut s’incliner aux conditions de paix qui lui étaient imposées. Malgré ces concessions (une vice-présidence au Tutsi Azarias Ruberwa…), malgré son élection en 2006 après une transition chaotique, Kagame n’hésita pas à lancer une nouvelle rébellion dénommée CNDP et conduite par le tutsi Laurent Nkunda. Celui-ci obtiendra, en 2009, que ces hommes soient intégrés dans l’armée congolaise mais sans être déplacés ni mélangés avec d’autres unités. Ils ont pour seules missions de défendre la communauté tutsi des deux Kivu. Pas moins ! Quand on pense que le Congo compte plus de 400 tribus, on se demande comment ce pays pourra avoir une armée nationale si chaque tribu entend n’être défendu que par les siens et que chaque militaire ne devait opérer que dans son village natal.  Mais pour avoir la paix, les congolais avaient tout accepté.

Insatiable, le régime de Paul Kagame (que certains analystes assimilent faussement au Rwanda éternel) vient de lancer encore une nouvelle rébellion, le M23 et entend de nouveau exiger quelques énormités au gouvernement de Kinshasa pour qu’il ait la paix. Attendons voir ce que Kigali mettra dans la balance pour qu’il neutralise ses jokers du M23. Rappelons qu’il avait obtenu qu’il soit officiellement autorisé d’entrer en RDC soi-disant pour traquer les FDLR, ce qu’il a fait dans les opérations dénommées Umoja Wetu et Kimya I et II. Personne, même pas le gouvernement de Kinshasa, n’a jamais su les effectifs qui sont entrés en RDC ni combien en sont revenus. Les négociations autour du M23 viseront éventuellement à déployer plus de soldats de Kagame dans le Nord Kivu en renfort aux troupes spéciales qui s’y trouvent déjà, pour enfin affermir la main mise de la colonie tutsi dans cette province.

Pour nos frères congolais martyrisés, qu’ils sachent bien que le Rwanda ne se résume pas au FPR, le parti totalitaire au pouvoir et encore moins à Paul Kagame qui est l’incarnation de la dictature et de l’oppression. Les Rwandais et les Congolais sont deux peuples frères qui survivront aux accidents de l’Histoire comme celui qui est survenu en 1994 et dont ils souffrent des séquelles.

Emmanuel Neretse
01/07/2012

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