RDC : J-M N’Senga se trompe. Il n’y a rien de vrai dans les revendications du M23
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Rubrique : Actualité


Publié le 15 Juil 2012 par Gaspard Musabyimana

Monsieur Jean-Mobert N’Senga nous avait habitués à des remarques judicieuses et à des analyses pointues de la situation dans la région des Grands-Lacs. Hélas, son dernier article fait transparaître une naïveté jusqu’ici insoupçonnable chez cet observateur avisé de la problématique de la guerre au Kivu.

En effet, nous osons à peine croire que J-M N’Senga ignore que les idéologues des rébellions dans cette région, que ce soit le FPR de 1990, le RCD-Goma, le CNDP et récemment le M23, sont rompus dans l’art d’impressionner l’opinion en se présentant comme des « combattants de la liberté » défendant les bonnes causes comme les droits de l’homme ou la démocratie… pour légitimer leur lutte armée. A titre d’exemple, les éléments tutsis de l’armée régulière ougandaise qui ont attaqué le Rwanda le 01 octobre 1990 ont évoqué le droit au retour des réfugiés, alors que le Rwanda, le HCR et les pays hôtes venaient de conclure un accord dans ce sens. De même, le FPR a clamé haut et fort qu’il luttait pour la démocratie notamment pour le multipartisme, alors que celui-ci venait d’être envisagé. En réalité, il visait la prise du pouvoir et tout le pouvoir par la force. Ce qui fut fait en juillet 1994. Le reste n’était que de l’enfumage de l’opinion.

Les revendications du M23 ne devraient pas impressionner outre mesure Monsieur J-M N’Senga ou tout autre Congolais. Ces revendications telles qu’elles sont formulées montrent clairement que ce mouvement armé sert plus les intérêts du Rwanda que ceux des Congolais. En effet, exiger de mettre fin au phénomène des FDLR, alors que c’est Kigali qui les maintient artificiellement en vie, est absurde. Des centaines de combattants hutus des FDLR que la MONUSCO et les FRDC rapatrient au Rwanda chaque mois, sont aussitôt renvoyés en RDC pour combattre sous d’autres appellations. Le maintient du « mythe FDLR » au Kivu sert les intérêts du Rwanda et lui sert de prétexte pour intervenir quand et où il veut au Congo.

Quant au retour des réfugiés tutsi congolais installés au Rwanda, comment le M23 peut l’exiger au gouvernement de la RDC qui ne s’est jamais opposé à leur retour mais qu’au contraire c’est Kigali qui les tient en otage en posant des conditions irréalistes comme par exemple l’acquisition des terres dans les deux Kivu alors que celles-ci appartiennent aux autochtones des ces régions (Hunde, Nande, Shi, Fulero, Lega, Bembe, etc.) ?

Le M23 va même jusqu’à exiger l’autonomie des provinces pour justifier sa lutte armée. On se demande combien de rébellions éclateraient en RDC si dans chaque province, pour exiger l’autonomie, chaque tribu prenait des armes contre le pouvoir central. Ce n’est pas sérieux !

Nous osons espérer que notre ami N’Senga n’est pas tombé sous le charme des combattants tutsi qui sont passés maîtres dans la communication politique. Mais il ne serait pas le premier car les politiciens rwandais de l’opposition des années 1990 l’ont appris à leurs dépens en suivant aveuglément le FPR qu’ils prenaient pour « libérateur » venu d’Ouganda et actuellement ceux qui ont survécu le regrettent amèrement dans leur exil ou en prison.

Emmanuel Neretse.
Bruxelles, 15/7/2012

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