RDC/Rwanda : la montagne aurait-elle accouché d’une souris à Kampala ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 8 Août 2012 par Gaspard Musabyimana

Aux dates du 7 et 8 juillet 2012, s’est tenu à Kampala un sommet regroupant les Chefs d’Etat de la région des Grands-Lacs comme il en avait été décidé à Addis-Abeba en marge du sommet annuel de l’Union Africaine. Ce mini-sommet avait abouti à un accord de principe de déployer une « Force neutre » pour contrôler la frontière entre le Rwanda et la RDC et démanteler les groupes armés notamment le M23 soutenu ouvertement par le Rwanda d’après les rapports des experts de l’ONU, la MONUSCO et les ONG opérant au Nord- Kivu. Le sommet de Kampala devait seulement définir les contours de cette « Force neutre » et avaliser son opérationnalité.

De la poudre aux yeux ou aveu d’échec ?

Le communiqué publié mercredi 8 août 2012 à l’issu de ce sommet régional de Kampala fait transparaître l’impasse dans laquelle se trouve le conflit initié par le régime de Kigali à l’Est de la RDC par une rébellion dite du M23 interposée. Loin de définir les contours de la « Force neutre »  comme décidé à Addis-Abeba, les Chefs d’Etat n’ont trouvé mieux que de créer une Nième sous-commission qui doit soumettre son rapport dans deux semaines et inviter à un autre sommet dans un mois. Certains disent que la meilleure façon d’enterrer un problème est de l’envoyer en commission. Il semble que ce soit le cas !

Du déjà vu !

L’histoire se répète. L’on se souviendra que quand les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda ont envahi le Rwanda le 01 octobre 1990, le gouvernement ougandais a, contre toute évidence, continué à nier son soutien à cette entreprise de conquête alors que les combattants étaient ses propres soldats dûment immatriculés dans sa propre armée et dont le commandant des troupes d’invasion n’était autre que le vice-ministre ougandais de la Défense, le général Fred Rwigyema. Après son décès au combat, il fut remplacé par l’ancien chef des Renseignements militaires de l’armée ougandaise qui s’appelait…Paul Kagame. Donc, les dénégations du régime rwandais actuel allant jusqu’à nier l’évidence, sont inscrites dans ses gênes.

Autre similitude troublante : la manœuvre qui consiste à requérir les bons offices d’un « pompier-pyromane ». Dans le cas de la guerre de conquête du Rwanda, la Tanzanie s’est proposée comme « médiateur », puis « facilitateur » lors des négociations, alors que tout indiquait qu’elle soutenait les conquérants dont certains avaient obtenu la nationalité tanzanienne et évoluaient dans son administration ou les services de sécurité et  au plus haut niveau. Aujourd’hui dans la crise à l’Est de la RDC, c’est le président ougandais Yoweri Museveni qui se présente comme « médiateur » alors qu’il est lui-même impliqué dans la déstabilisation du Kivu ses troupes entrant allégrement en RDC ou fournissant des appuis matériels au M23. Bien mieux, la sous-commission mise en place par le sommet de Kampala sera présidée par le ministre ougandais de la Défense. Plus « pompier-pyromane » tu meurs.

Quelles perspectives ?

La balkanisation du Congo est en marche. Le régime tutsi rwandais et l’Ouganda par les « rebelles » du M23 interposés, sont en train de consolider leurs positions au Nord-Kivu. Ils installent leur administration et tentent d’organisent une « vie normale » dans les territoires conquis. Entre temps la diplomatie rwandaise et ougandaise continuera de travailler pour au moins le maintien du statu-quo ou alors pour créer les meilleures conditions de conquérir plus d’espace si par imprudence l’armée de la RDC se hasardait à vouloir reconquérir le Nord Kivu alors qu’elle n’en a ni la volonté ni les moyens. Ainsi, le Nord-Kivu administré parle le M23 (Rwanda-Ouganda) paraîtra, aux yeux du monde, comme une « entité viable » et aura droit à réclamer à la Communauté internationale son « autonomie » à l’instar du Kosovo en Serbie, autonomie qui ne tardera pas à lui être accordée. Même si la « Force neutre » décidée à Addis-Abeba et entérinée à Kampala venait à être déployée au Kivu, elle servirait à laisser naître et croître une force armée qui assurerait la sécurité de la nouvelle entité du Kivu qui serait désormais un protectorat et « un espace vital » du régime tutsi du Rwanda. Les sommets d’Addis-Abeba de juillet 2012 et de Kampala d’août de la même année seront peut-être d’un amer souvenir dans l’histoire de la RDC.

Emmanuel Neretse
09/08/2012

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