Actualité des Grands Lacs – Semaine du 3 au 10 août 2012
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Rubrique : Actualité


Publié le 10 Août 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, la mutinerie du M23 continue à occuper une large place dans l’actualité politique et diplomatique. Sur le plan diplomatique, la réunion des Chefs d’Etat de la CIRGL, qui devait préciser à Kampala la composition de l’improbable « force internationale neutre » chargée de neutraliser les « forces négatives », n’a pas donné de résultats significatifs bien que le M23 salue les décisions de la réunion qui n’a abouti qu’à annoncer une nouvelle rencontre des chefs d’Etat dans quatre semaines et la création d’une « sous-commission ministérielle » chargée de « fournir des détails sur la mise en œuvre de la force en question. Le Rwanda et l’Ouganda, lequel nie tout soutien aux mutins, privilégient « une force composée de militaires de la région », tandis que la RDC, qui refuse toute négociation avec le M23, ne veut pas entendre parler d’une utilisation des forces rwandaises et entend renforcer la MONUSCO qui s’adjoindrait des forces des pays de la SADC dont une délégation d’officiers s’est rendue à Goma. De son côté, le Conseil de Sécurité appelle le M23 à cesser son avance vers Goma et condamne tout appui extérieur aux mutins, alors que le Rwanda a publié un très long rapport sur sa non-implication dans la mutinerie et que l’association de défense des victimes du génocide, Ibuka, condamne le coordinateur du groupe d’experts des N.U. qu’il accuse d’être un partisan des FDLR.

Sur le terrain, le porte-parole des FARDC déclare que l’armée contrôle la ville de Goma, tandis que le M23 met en place une administration dans les zones qu’il contrôle en territoire de Rutshuru où les fonctionnaires ont cessé d’être payés. De son côté, la MONUSCO dénonce le recrutement des jeunes par les mutins tandis que l’ONG Oxfam évoque la situation catastrophique dans « les vastes étendues des régions sous leur contrôle ». La crainte de l’expansion du mouvement va au-delà du Kivu puisque la société civile de l’Ituri met en garde contre « l’invasion » du M23 dans la foulée d’une augmentation de l’insécurité dans le territoire d’Irumu et que le commissaire de district, qui appelle la population à dénoncer les complices du M23, fait état d’ « infiltrations » de ce mouvement en Ituri.

L’insécurité continue aussi à être le fait des groupes Maï-Maï. À Kasindi, au Nord Kivu, ces derniers ont attaqué le camp militaire ce qui a entraîné la fermeture de la frontière proche par l’Ouganda. En territoire de Lubero, d’autres Maï-Maï ont capturé le chef de guerre Morgan, qui avait occupé le parc d’Epulu, et ont exigé 10.000 $ en échange de sa remise aux FARDC, mais l’intéressé a réussi à s’évader. Près de Walikale, deux groupes Maï-Maï se sont affrontés entre eux : un tiers seulement de ce territoire serait contrôlé par les FARDC qui sont surtout occupées à empêcher toute avancée des mutins du M23.

Au Sud Kivu, des éléments d’un régiment des FARDC se sont affrontés dans le territoire de Shabunda : l’instigateur de l’affrontement avait tenté de déserter avec ses hommes.

Le profond malaise au sein des FARDC s’est aussi exprimé en Ituri où le commandant d’un bataillon des FARDC a rejoint le FRPI de Cobra Matata, une milice qui s’est coalisée avec d’autres groupes armés composés de militaires déserteurs et qui, à l’instar du M23, réclame la constitution d’une région militaire commandée par un ressortissant du district.

Toujours dans le domaine de la sécurité, on notera que des Maï-Maï du chef de guerre Gédéon, qui terrorisaient le territoire de Mitwaba, ont déposé les armes. Par ailleurs, dans la capitale du Katanga, des hommes armés qui relèveraient d’un mouvement indépendantiste ont attaqué l’aéroport de Luano. Enfin, plusieurs officiers des FARDC en formation dans un centre de brassage à Kisangani ont été incarcérés : ils sont accusés d’incitation à la mutinerie.

Dans le domaine politique, c’est toujours le processus électoral qui demeure à l’avant-plan de l’actualité. La CENI a déclaré à ce sujet qu’il lui est impossible d’organiser de nouvelles élections dans le territoire de Masisi, où les élections avaient été annulées, du fait de la présence de bandes armées. La même CENI annonce également l’organisation prochaine de l’élection des gouverneurs de la Province Orientale, du Bas-Congo et du Kasaï Occidental qui sont devenus membres de l’Assemblée nationale : elle n’a toutefois pas précisé de date alors qu’en vertu de la loi électorale, ce type d’élection doit avoir lieu dans les 30 jours suivant « l’indisponibilité constatée » des chefs des exécutifs provinciaux.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, le maire de Butembo a fermé une station radio qui avait interviewé un porte-parole du M23, ce que dénonce Amnesty International qui appelle ce dernier à protéger les défenseurs des droits humains. Par ailleurs, des leaders de l’opposition mettent en cause l’ANR dans la disparition du député de l’opposition, Eugène Diomi Ndongala, président de la DC et soutien d’Etienne Tshisekedi. Dans le procès de l’assassinat de Floribert Chebeya, les parties se sont affrontées à propos de la comparution du chef de la police, John Numbi. Enfin, dans la foulée de la condamnation de Thomas Lubanga, la CPI a ordonné le principe de réparation aux victimes des crimes de guerre commis par ce dernier.

Dans le domaine économique, l’ONG américaine Enough estime que la loi Dodd-Frank, qui oblige les sociétés à fournir l’origine des minerais extraits en Afrique centrale mais qui n’est pas encore appliquée, a diminué de plus de 60 % les ressources des groupes armés : l’ONG affirme par ailleurs que l’augmentation des exportations des minerais du Rwanda aurait augmenté de 65 % entre 2010 et 2011 alors que sa production propre n’a augmenté que d’un peu plus de 20 %.

Dans le domaine  des relations extérieures, le président Français n’a pas donné sa réponse quant à sa participation au sommet de la francophonie qui doit se tenir à Kinshasa en octobre : la ministre française déléguée à la francophonie a précisé que la France attend la tenue d’un procès Chebeya crédible et une réforme de la loi électorale.

Au Burundi, le gouvernement, cédant à une pression nationale et internationale, a décidé de créer une commission sur les exécutions extra-judiciaires et a procédé à des arrestations dans ce cadre, mais accuse la société civile de collusion avec l’opposition.

EURAC
10/08/2102

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