Actualité des Grands Lacs – Semaine du 18 au 24 août 2012
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Rubrique : Actualité


Publié le 28 Août 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, la mutinerie du M23, qui n’a connu aucune progression ces dernières semaines, continue à alimenter la chronique diplomatique. Les ministres de la Défense de la CIRGL ont décidé que l’Ouganda, le Rwanda et la RDC ne feraient pas partie de la « force neutre », tandis qu’au sommet de la SADC à Maputo, les chefs d’Etat ou leurs représentants ont condamné le Rwanda pour l’aide apporté aux mutins, mais n’ont fait aucune allusion à cette force dans leur communiqué final. De son côté, le ministre belge des Affaires étrangères, qui, en visite dans la région, a été interpellé à l’hôpital de Panzi par l’auteur des « Monologues du vagin », s’en tient toujours à la nécessité d’un « dialogue entre le Rwanda et le RDC », alors que cette dernière, par la voix de son Premier ministre et du président de l’Assemblée nationale, demande avec insistance que des sanctions soient prises contre son voisin. Le ministre belge qui, au cours de sa visite à Kinshasa et à Lubumbashi où il a été reçu avec retard par le président congolais, a aussi évoqué l’affaire Chebeya et les réformes de la commission électorale, a marqué son accord à un renforcement du mandat de la MONUSCO à laquelle pourraient éventuellement se joindre d’autres forces. N’avalisant des sanctions contre le Rwanda que si elles étaient concertées au niveau de l’Union européenne ou de l’ONU à peine de n’être que des effets d’annonce, il a surtout plaidé pour une réforme de l’armée congolaise, réforme à laquelle la Belgique pourrait apporter son concours en matière de formation.

Il faut dire que cette armée de plus de 130.000 hommes[1], qui sera accrue par une décision de l’Etat major de lancer une campagne de recrutement de jeunes de 18 à 25 ans, continue à être la proie de désertions, notamment dans le chef du chef d’Etat major de la 4ème région militaire du Kasaï Occidental activement recherché et de groupes armés qui ont rejoint les troupes du chef de guerre Cobra Matata ou d’autres déserteurs en Ituri. Par ailleurs, selon une source onusienne, les FARDC ne disposent plus de munitions et d’approvisionnement pour faire face à seulement 400 à 600 mutins du M23, lequel s’est doté d’un « cabinet politique » dont le secrétaire exécutif est l’ancien ministre de la Justice du Nord Kivu. Selon un reportage de l’AFP publié ci-dessous, face à cette armée démunie et désorganisée, des notables locaux et des représentants de la MONUSCO courtiseraient des Maï-Maï locaux qui sont hostiles à tout ce qui est tutsi

Sur le terrain, la société civile du Nord Kivu signale que les combats entre les mutins et les FARDC ont eu pour conséquence le pillage et l’incendie de plus de 250 écoles. Toujours au Nord Kivu, des affrontements ont eu lieu entre des Maï-Maï hutu et des forces de défense locale dans le Masisi. Au Sud Kivu, les FDLR et les FARDC se sont affrontés dans le territoire de Walungu, tandis que des combats ont eu lieu entre des rebelles burundais du FNL et des FARDC dans le territoire d’Uvira. Enfin, au Katanga, on notera un accrochage entre les FARDC et des miliciens Maï-Maï dans le centre de Pweto et que les habitants du territoire de Mitwaba demande l’établissement d’une base de la MONUSCO pour faire face aux exactions des Maï-Maï du chef de guerre Gédéon.

Dans le domaine politique, la CSJ a entamé l’examen du contentieux électoral, mais uniquement pou ce qui regarde les erreurs matérielles. Par ailleurs, alors que les syndicats indépendants de l’administration publique dénoncent la privation des salaires dont sont victimes certains agents et fonctionnaires de l’Etat, le gouvernement a décidé de payer par voie bancaire les enseignants, puis les fonctionnaires et l’armée, mais cette décision est rendue difficile par la faiblesse du réseau bancaire national.

Dans le domaine de la justice, le président de la CSJ a déploré le laxisme des magistrats : ceux-ci rétorquent en évoquant leurs conditions de travail et leurs salaires indécents. De leur côté, les défenseurs des droits humains réclament la réhabilitation de près d’une centaine de magistrats arbitrairement révoqués ou mis à la retraite. Dans le procès Bemba, le procureur a lancé le contre-interrogatoire de l’officier français à propos du contrôle que l’accusé avait de ses troupes en Centrafrique. Enfin, pour ce qui regarde le procès en appel du militant Chebeya, les parties civiles ont demandé la libération provisoire du principal inculpé, qui avait été condamné à mort au premier degré ainsi que des garanties de sécurité pour un autre condamné en fuite qui pourrait témoigner contre le chef de la police, présumé commanditaire du meurtre de Floribert Chebeya et de son chauffeur.

Dans le domaine économique, la société d’aviation belgo-congolaise Korongo souhaite se muer en une véritable compagnie aérienne régionale à partir de sa base à Lubumbashi. Toujours au Katanga, qui représente plus de 20 % du budget national, le président de la province insiste pour que la loi sur la décentralisation et sur la répartition des recettes soit rapidement appliquée.

Enfin dans le domaine de la santé, le virus Ebola s’est répandu d’Ouganda à la Province Orientale où il a déjà fait déjà sept victimes.

Au Burundi, une commission d’enquête diligentée par le procureur général a nié qu’il y ait des exécutions extra-judiciaires, contrairement à ce qu’a dénoncé le Conseil de Sécurité. Dans le domaine économique, le collectif contre la vie chère qui comprend 470 associations a préconisé un boycott de la principale brasserie du pays, la bière étant considéré au Burundi comme le principal « ciment social » dans le pays.

Au Rwanda, le parti d’opposition FDU a demandé au procureur de la CPI de poursuivre le président Kagame pour crimes de guerre commis en RDC dans le cadre de la mutinerie du M23. De son côté, le Rwanda a décidé d’instaurer un fonds de développement baptisé « Dignité » pour faire face aux mesures de gel d’aides au développement par un certain nombre de pays : ce fonds est sensé être alimenté par les citoyens, certains ministres ayant montré l’exemple en versant à ce fonds l’équivalent de 43.000 euros. Enfin, dans la foulée de violences commises par des ressortissants congolais contre des Rwandais, on signalera qu’une centaine de Rwandais ont manifesté à Bruxelles pour une pacification des relations entre les communautés rwandaise et congolaise.

EurAC


[1] Pour rappel, les armées sud-africaine et nigériane ne comportent pas plus de 70.000 hommes. Celle du régime Mobutu n’en comptait officiellement que 80.000 à la fin des années 80. Celle du régime actuel a du intégrer, outre les restants de l’armée de Mobutu, les composantes de l’AFDL de Laurent Kabila ainsi que les membres de nombreux groupes armés rebelles (MLC, RCD, etc) conformément aux accords de Sun City (2002) : officiellement, quelque 130.000 hommes ont été recensés « biométriquement » par EUSEC, mais certaines sources (IISS) parlent de plus de 150.000 hommes.

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